Mardi 8 septembre 2009 2 08 /09 /Sep /2009 07:30
Petite réaction à chaud suite à un article hier soir dans le Figaro. J'ai dit plusieurs fois que je ne ferai pas de ce blog le lieu d'un discours engagé, ce n'est pas pour autant que je ne réagis pas à l'information surtout quand elle induit le grand public en erreur (comme je l'avais déjà fait pour l'article sur le classement des universités).

Le Figaro donc, et on remarquera le titre volontairement racoleur, nous sort aujourd'hu un article intitulé "Pitte: On ne travaille pas assez à l'université". On apprend que Jean-Robert Pitte est professeur en géographie et ancien président de Paris IV. Il est en outre l'auteur d'un ouvrage intitulé "Stop à l'arnaque du bac". C'est pour dire ! A priori le Figaro a interviewé la personne la plus qualifiée pour parler de la situation...

Enfin quel que soit le statut d'observateur de JR Pitte je me méfie aussi des journalistes qui parfois, coupent des phrases ou les re-organisent comme bon leur semble. On va donc laisser le bénéfice du doute à tous ces gens et s'en tenir uniquement à ce qui est dit dans le papier.

On parle d'emblée des prépas qui "piquent les meilleurs bacheliers" à l'université. A priori, c'est pas faux, donc pas de raison de s'offusquer même si j'aurai bien aimé avoir quelques chiffres par série de bac pour que le lecteur se rende bien compte de l'étendue du phénomène. Ce qui me gêne n'est donc pas là, mais dans les soi-disant raisons qui poussent les "meilleurs bacheliers" à y aller : "Les professeurs y font leur boulot, les étudiants aussi. Tout le monde est motivé. On ne travaille pas assez à l'université même si celle-ci compte de grands professeurs. Enfin, les classes préparatoires aux grandes écoles et surtout les écoles, ensuite, fonctionnent dans l'idée de former les jeunes à trouver un job, ce qui n'est pas le cas des universités".

Les professeurs y font leur boulot.

Dit comme cela, et comme cause de fuite des bons éléments, cela sous-entend donc qu'à l'université les profs ne font pas leur boulot... Il faudrait alors savoir de quel boulot on parle. Alors le premier point est que lorsqu'on parle de classes préparatoires et de grandes écoles on ne sait pas très bien de quoi on parle... Public (X, Centrale, ENS, etc) ?  Privé ? Plus loin dans l'article on apprend que la vision est plutôt particulière puisque le seul exemple d'école que l'on a est HEC (grande école de commerce consulaire, je reviendrai plus tard sur la nuance). Alors donc si on prend juste cet exemple, qui m'arrange car j'ai deux amis qui travaillent à HEC, on fait moins le boulot à l'université que chez HEC.

La seule vraie question est ici vous vous en doutez : quel boulot ? Je vais donc prendre l'exemple simple de l'enseignant chercheur lambda : le maitre de conférences. Le maître de conférences (MCF) assure un service d'enseignement de 192h (TD), fait de la recherche et assure tout un tas de tâches administratives (bénévolement). Je n'ai jamais vu un collègue d'HEC se déplacer sur les salons de type INFOSUP ou autre pour assurer des permanences pour discuter avec les étudiants et parents. Je n'ai jamais vu un collègue d'HEC assurer les emplois du temps d'une formation dont il serait le responsable, faire la sélection des dossiers de ses étudiants, assurer toute l'administration du diplome tout simplement. Ensuite niveau heures de cours (je ne vais pas avancer des chiffres mais j'essaierai d'en avoir dans la journée) je n'ai jamais vu non plus un collegue d'HEC être en "sur-service" et devoir faire 250 ou 300 heures de cours par an (chose qui arrive très souvent à l'université quand s'ouvre une nouvelle formation, le temps de recruter, ou pour remplacer un congé maternité, etc). Donc encore et toujours... la recherche ! Car oui, là je le dis, mes collègues d'HEC publient davantage que moi ! Mais est ce que ce n'est pas la moindre des choses ? Ils font moins d'heures de cours, ils ne font aucune tâche administrative, de grandes entreprises leurs amènent les thématiques de recherche, des moyens et le terrain. Ils n'ont quasiment qu'à diriger la recherche, et rédiger. Ils ont même accès à des budgets pour faire traduire les articles ce qui leur ouvre donc toutes les revues internationales possibles. Alors finalement, heureusement qu'ils publient davantage ! Mais sous entendre que l'université ne fait pas le boulot alors que les enseignant-chercheurs croulent sous les taches administratives (sans lesquelles l'université ne pourrait pas fonctionner) et les heures de cours... c'est aller un peu loin !

Les étudiants aussi

Là je trouve cette phrase totalement déplacée. J'interviens à l'université majoritairement. Mais comme je l'ai dit dans un billet récemment, je suis compétent sur un domaine assez pointu avec un forte demande en formation, il m'arrive donc parfois d'intervenir en grande école. Je donne du travail à faire, je n'ai pas remarqué qu'il y avait plus de retardataires lors des échéances que je donne dans un cas plutot que dans l'autre. Les étudiants font ce qu'on leur demande. Cette phrase "les étudiants aussi" était donc tout à fait inutile (comme la précédente et la suivante ceci dit).

Tout le monde est motivé

Continuons dans les clichés... C'est bien connu, le fonctionnaire (MCF) arrive 5mn en retard (quand il n'est pas en arret maladie) et part 15mn avant ! Il va à reculons au travail. Dans les grandes écoles, a priori c'est le contraire, tout le monde est super content de faire du bon travail et a grand plaisir à aller bosser... Heureusement qu'on nous dit que JR Pitte a été président d'une université car on pourrait vraiment se demander s'il y a déjà mis les pieds... ou inversement s'il a déjà mis les pieds dans une grande école. Là encore je ne vois pas du tout de différence d'ambiance ou de motivation. Au niveau des étudiants c'est pareil. Que ce soit en université ou grande école, il y en aucun qui saute au plafond de joie quand je leur annonce qu'ils ont un rapport à me rendre pour la semaine suivante. Alors peut-être qu'on ne parle pas des mêmes motivations...

Pour le lecteur il est important ici donc de comprendre qu'il y a grande école et grande école. HEC est une grande école (de commerce) consulaire dont les frais de scolarité pour les étudiants avoisinent les 7000 euros l'année. Si l'on prend une grande école publique, Centrale par exemple, les frais sont de moins de 500euros l'année. Donc pour une école comme HEC 7000eu par étudiant + de l'argent qui vient des entreprises on voit bien de quelle motivation on parle. Un enseignant chercheur d'HEC gagne entre 2 et 3 fois plus qu'un MCF (selon l'échelon). Payez autant les MCF, je pense que s'il y a un écart de motivation à la base (ce dont je doute), il va immédiatement s'estomper. "Tout le monde" ca veut dire également les étudiants. Prenez les étudiants de l'université, mettez leur un emprunt de 40 000eu sur le dos, ou sur celui de leurs parents (21 000 de frais de scolarité et le reste pour le logement, et la vie étudiante) et on va voir si leur motivation ne va pas augmenter également (dans le cas encore une fois où il y aurait une moindre motivation)...

Former les jeunes à trouver un job

Là aussi c'est bien connu. A l'université on crée des formations pour le plaisir d'envoyer les étudiants au chomage !

L'université est un service public. On attend de cette université qu'elle propose aux étudiants tous les diplomes possibles. Bien entendu qu'il y a des diplomes qui donnent plus facilement un travail que d'autres. Mais on ne peut pas obliger les étudiants à aller dans certaines filières. Chacun est libre de ses choix. Si tout le monde veut aller en lettres anciennes, on n'y peut rien. Le diplome de Master en lettres anciennes est fait pour donner du travail, tout comme un diplome de Master en Marketing dans une université de Gestion. Le problème n'est pas du tout là. Etant donné que ce sont les parents et les étudiants qui choisissent finalement les filières et les diplomes si une majorité d'étudiants choisit les lettres anciennes, c'est sur qu'à l'arrivée il y en aura moins qui trouveront du travail que s'ils avaient choisi marketing. Est ce que c'est parce que le diplome est mal conçu ? Non... Les deux diplomes sont à l'université, correspondent à des métiers. Et si on regarde l'année 2009 il y a surement plus de débouchés dans le marketing que dans les lettres anciennes. L'université fournit tout, mais elle n'est qu'un service. Ce n'est pas à nous de gérer les flux. Ou alors il faut que le ministère le permette. Mais vous imaginez bien que ce n'est pas possible. Comment le peuple français pourrait accepter qu'on décide pour lui des études que doivent faire ses enfants ? Car bien entendu que ce serait possible. Dès la classe de 1ere au lycée on pourrait commencer les orientations de manière à ce que les facs recoivent exactement le bon nombre d'étudiants de manière à avoir un placement optimal dans les entreprises à la sortie. Mais ce n'est pas ce qu'on appelle une démocratie.

Allez... le prochain billet sera plus apaisé !
Par M le Prof - Publié dans : La fac et les profs
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Jeudi 3 septembre 2009 4 03 /09 /Sep /2009 19:47
J'ai eu beau m'accrocher à tout ce que je pouvais le 31 aout... à mon transat, à ma tondeuse... rien n'y a fait. Le lendemain, nous étions bien au mois de septembre et avec lui la rentrée. Pas la rentrée des étudiants encore, seulement l'ouverture de l'université. Du fait que j'ai des échéances ce mois-ci (un ouvrage et des articles), j'aurai bien aimé avoir un mois d'aout de 60 jours... mais en même temps c'est bien, c'est la vie qui repart.

Le téléphone a recommencé à sonner :

Les collègues qui se retrouvent tous seuls dans leur bureau car ils ont tenu à être présents lors de l'ouverture et qui finalement n'ont croisé personne, qui m'ont téléphoné pour me dire... "il n'y a personne, je pense que je ne reviendrai que la semaine prochaine".

Les administratifs qui préparent les emplois du temps. "Oui oui monsieur ! il va falloir se remettre à faire des cours !" Il va falloir de nouveau se raser, s'habiller mais avant faire un tour chez le coiffeur, au pressing et peut-être au passage à la pharmacie prendre des masques, mais moi, si vous m'avez suivi cet été, vous savez que j'en ai déjà un stock !

Ma secrétaire, enfin, quand je dis ma secrétaire... j'aimerai bien, ça me donnerai l'impression d'être dans un film de détective privé. En fait c'est la secrétaire de la formation dont je m'occupe. On a fait le point sur les dossiers d'inscription. Je fais tous les ans du surbooking du fait que j'ai des désistements de dernière minute. Ca me permet d'avoir moins d'étudiants de bon niveau en liste d'attente. Car en liste d'attente, l'étudiant va souvent voir ailleurs... Et cette année pour la première fois, personne ne se désiste. Il en reste encore une vingtaine à appeler ! En espérant qu'il va bien y en avoir une petite dizaine qui va me dire "non je ne peux pas venir", car sinon je vais me retrouver embêté en sureffectif. En tout cas ça va bientot être le moment de faire mon Coulmont et de faire le bilan des prénoms de ma promotion 2009 !

Et enfin... Emilie ! Oui oui, un appel tout à fait inattendue de ma "Lolita". Je vous laisse lire le billet où je parle d'elle car je ne vais pas vous la refaire... en tout cas. Un appel de la fameuse Emilie !

"Allo M le Prof ?
- oui bonjour
- c'est émilie X
- Emilie !!! Comment allez vous ?
- Très bien merci et vous ?
- Super, qu'est ce que vous devenez ?
- Après avoir quitté votre établissement je suis partie faire un master et ca fait un an que je travaille.
- Très bien !
- En fait non, pas tout à fait. C'est vrai que j'ai un bon poste dans une bonne entreprise. Mais cela ne me plait pas et chaque jour qui passe je regrette de ne pas avoir pris le parcours recherche pour faire une thèse
- C'est une autre vie, mais cela doit être également très intéressant ce que vous faites.
- En fait pas trop, c'est pour cela que je vous appelle
- Ah oui ? Dites moi
- J'aimerai que vous me preniez en thèse. Je comprends que cela ne peut pas se faire comme ça, je suis prête à repartir sur un master recherche
- ..."


Silence ! Je ne sais pas trop quoi lui dire. Pour l'instant j'ai temporisé en lui disant qu'il faut bien qu'elle réflechisse bien, qu'elle a une bonne situation, et que peut-etre que l'enseignement et la recherche ce n'est pas aussi trépidant comme vie que ce qu'elle veut bien croire. Je lui ai donc expliqué qu'il faut qu'elle soit certaine de ses motivations. etc. Et moi en même que j'essayais de la dissuader, je me disais que peut-être elle faisait bien la part des choses et qu'effectivement elle a un vrai désir de devenir enseignant-chercheur. Et dans tous les cas, je ne peux pas lui refuser de la prendre en thèse sur le seul prétexte que nous avions des affinités il y a quelques années. Mais quand même. Quelque part, j'ai pas envie de l'avoir si proche de moi. Elle est bien dans ma tête, dans son rôle fantasmagorique de Lolita à laquelle j'ai su résister. L'avoir encore à proximité, même si je sais que j'ai des nerfs d'acier, c'est quand même quelque part une épreuve ! Cela m'a fait penser à la chanson de Police "Don't stand to close to me". Pour ceux qui n'auraient jamais fait attention aux paroles de ce hit des années 80, je vous les mets ci dessous...

En attendant sa décision et ensuite la mienne... bonne rentrée à tous !


Young teacher the subject
Of schoolgirl fantasy
She wants him so badly
Knows what she wants to be
Inside him there's longing
This girl's an open page
Bookmark her - she's so close now
This girl is half his age


Don't stand, don't stand so
Don't stand so close to me
Don't stand, don't stand so
Don't stand so close to me


Her friends are so jealous
You know how bad girls get
Sometimes it's not so easy
To be the teacher's pet
Temptation, frustration
So bad it makes him cry
Wet bus stop, she's waiting
His car is warm and dry


Loose talk in the classroom
To hurt they try and try
Strong words in the staff room
The accusations fly
It's no use, he sees her
He starts to shake and cough
Just like the old man in
That book by Nabokov


Don't stand so close to me

Par M le Prof - Publié dans : Les cours et les étudiants
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Vendredi 28 août 2009 5 28 /08 /Août /2009 09:00

Comme vous vous en êtes aperçu ici et , ma préoccupation actuelle se situe dans la rédaction d'un ouvrage pédagogique dont j'ai promis le manuscrit à l'éditeur pour le début du mois de septembre. Il faut que je tienne les dates car fin septembre j'ai des papiers à soumettre pour deux congrès, donc je ne pourrai pas travailler sur tout en même temps. Donc pour l'instant, priorité à l'ouvrage. Je me rappelle encore mon dernier entretien téléphonique avec l'éditeur au mois de juin. Je lui disais que j'allais y travailler cet été, et qu'en deux mois j'allais forcément achever cela rapidement. Deux mois... cela paraissait tellement long.

Pourtant septembre, c'est la semaine prochaine, et je dois avouer que je ne suis pas tout à fait dans les temps. Et je pense que les dix jours à venir vont être très studieux. Comme certains l'ont dit en commentaire du dernier billet, on peut avoir besoin de l'état d'urgence pour donner le meilleur de soi-même. Effectivement, je pense que nombre d'entre nous a été confronté à l'urgence d'une échéance qui se traduit finalement en nuit blanche et une capacité à finaliser le travail de manière satisfaisante en peu de temps. C'est vrai que cela marche. Je vois en particulier pour les articles de congrès justement où il y a assez peu de pages (une vingtaine). Mais pour un ouvrage de 300 pages, l'urgence ne suffit pas, il faut une certaine rigueur dans le travail. Ceci dit, si je suis un peu en retard, l'état d'avancement de ce projet par rapport à ce que j'aurai été capable de faire il y a quelques années me fait constater que je me suis amélioré. L'expérience ? Sûrement... mais peut-être pas celle que vous croyez.


Depuis que j'ai quitté la ville universitaire pour la campagne, je me retrouve avec un grand jardin à entretenir. Plutôt que faire appel à un professionnel, j'ai décidé dans mon élan postmoderne de retour aux sources de m'y mettre moi-même. Aussi, je me suis équipé : tondeuse, tronçonneuse, etc.


Tout d'abord, comme moyen de procrastiner c'est carrément idéal. On DOIT le faire, alors faisons le, quitte à faire passer des choses plus "stressantes" après. Aussi, quand j'ai un article à rédiger, à évaluer, un cours ou une conférence à préparer, un tour dans le jardin n'est jamais une source de remords. Deuxième avantage, quand on est sur la tondeuse à essayer d'être précis pour ne pas couper des arbustes ou des fleurs que l'on veut épargner, aidé par le bruit du moteur, on est totalement coupé du monde. Le moindre de vos soucis est pour quelques instants oublié, on est totalement absorbé dans l'action, on est quelqu'un d'autre, un homme qui contrôle la nature, c'est plus valorisant que d'être à la merci d'une échéance ! Et enfin on observe et on tire des leçons. Il y en a sûrement bien d'autres mais dans le cas qui m'intéresse, l'entretien du sol et des arbres m'a appris quelque chose : la nature n'a aucune échéance, elle ne fonctionne pas par à-coups comme nous pouvons le faire très souvent quand nous avons quelque chose à faire, chaque jour les ronces, les branches, l'herbe, les orties, tout avance de quelques millimètres. C'est imperceptible. Pourtant en peu de temps, on voit bien que ça pousse et on n’en revient pas de ces ronces qui peuvent rapidement faire un mètre ou deux de long. La nature travaille "peu" chaque jour mais de manière indéfectible. Et pour l'homme qui l'entretient, il faut s'accorder. Avec la nature on peut difficilement remettre au lendemain. Si on laisse trop pousser, on atteint un seuil où on se fait déborder. La tondeuse ne peut plus attaquer des herbes si hautes, on passe un temps dingue à couper quelques mètre carrés car la hauteur des herbes facilite l'humidité. Combiné à la quantité de sève qui est contenue dans les herbes hautes, ce qu'on coupe est humide et du coup ne se coupe pas "net", cela s'entoure dans les lames, c'est un vrai calvaire. Alors que si on coupe régulièrement, qu'on entretient court, c'est souvent très sec, et au pire trop court pour s'emmêler dans les lames de la tondeuse. C'est la même chose quand on ramasse les feuilles mortes. Si chaque jour que je sors de chez moi je ramasse la vingtaine de feuilles qui sont tombées, je peux le faire à la main en 30 secondes. Si je laisse faire, les feuilles s'amoncèlent et il faut sortir un outil pour les ramasser et ça prend du temps, ça devient une corvée... Je pourrais multiplier les exemples mais je pense que tout le monde a bien compris.

Mais travailler régulièrement, même si l'on en comprend tout l'intérêt, ce n'est pas si facile... Si on compte, pour un ouvrage de 300 pages, deux mois de "vacances" - 60 jours - ca fait 5 pages par jour, sachant que ce ne sont pas des pages A4 mais un peu plus réduites, en tenant compte que ce n'est pas un discours "scientifique" donc moins formaté, avec peu de références, c'était comme on dit... pas la mer à boire. Mais si je regarde aujourd'hui ce que j'ai rédigé, je ne me suis pas encore tenu au bon rythme et je vais quand même avoir une montée d'adrénaline la semaine prochaine et sûrement devoir rédiger plus de dix pages chaque jour... Je pourrais me dire que je ne suis pas encore assez implanté dans ma campagne et que toute ces observations de la nature ne sont pas encore assez ancrées en moi pour faire pleinement leur effet. Mais peut-être qu'à procrastiner, j'ai finalement passé trop de temps dans le jardin plutôt qu'à rédiger... C'est compliqué !

 

Par M le Prof - Publié dans : La fac et les profs
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Mercredi 26 août 2009 3 26 /08 /Août /2009 20:51

En plus de s’extasier ou au contraire de se lamenter du nombre de lecteurs assidus parmi les jeunes et les étudiants, on nous parle de plus en plus des raisons de lire. Lit-on par plaisir ? Parce qu’on est obligé ? Je suis toujours satisfait quand il y a une légère esquisse de modélisation dans les préoccupations publiques. On constate les phénomènes, on essaie de les expliquer, c’est toujours un début… Quoiqu’il en soit, moi en ce moment, je me pose des questions sur les raisons d’écrire… Chacun ses soucis vous me direz. Et moi j’en ai un à court terme, j’ai promis un manuscrit à mon éditeur pour début septembre. Et là, alors que j’ai l’impression que cet été vient à peine de commencer, tout le monde parle de rentrée !


Il y a toujours eu une dualité dans la production « culturelle », qu’elle soit artistique (littérature, musique, peinture, etc.) ou éducative : d’un coté l’expression de soi, l’art désintéressé qui à l’instar du Parnasse doit presque paraître inutile, sans aucun objet fonctionnel et de l’autre côté le simple appât du gain. Pas d’inquiétude je ne vais pas me lancer dans une tentative de résolution de cette ambiguïté comme Freud en nous expliquant que dans tous les cas, tout n’est que sublimation. Enfin sans être philosophe, on comprend bien qu’il puisse y avoir un juste milieu entre la raison financière et l’œuvre, chacune nourrissant l’autre. Mais tout ceci trouve mieux à s’appliquer pour la création artistique. Pour la production culturelle éducative quand on est enseignant-chercheur, c’est souvent juste parce qu’on est « obligé ». D’une part, il est vrai que ça fait tout simplement partie du métier. On passe l’année à produire du discours scientifique qui n’est pas forcément accessible (ni utile) au profane et qui s’adresse au reste de la communauté scientifique. Donc de temps en temps, il faut bien « traduire » tout cela pour les étudiants ou toute personne intéressée par le domaine. On parle de vulgarisation, ou de pédagogie selon le public. Dans tous les cas, il s’agit bien du cœur du métier d’enseignant-chercheur : le transfert de connaissance. Mais il y a également autre chose : la crédibilité. Très vite j’ai remarqué quand j’ai pris mes fonctions que mes collègues qui avaient écrit des livres « grand public » bénéficiaient d’une meilleure image auprès des étudiants. J’avais beau mettre tout mon art à faire un cours intéressant, vivant, je voyais bien dans les discussions que LA référence dans la matière était mon collègue, tout simplement parce qu’on voyait son livre à la FNAC ou sur Amazon…


Confronté à la rédaction d’ouvrage par « nécessité » on se retrouve un peu comme le doctorant devant sa thèse, la dernière année, en phase de rédaction. Alors le bon côté des choses c’est que cela rajeunit un peu, mais il y a tout un ensemble de choses qui reviennent qui sont un vieux réflexe peut être acquis pendant la thèse ou peut-être est-ce quelque chose de plus fondamentalement humain : la procrastination ! Pour ceux qui ont la chance de ne pas connaître ce mot pompeux, c’est tout simplement la tendance à remettre à plus tard ce qu’on a à faire. Tous les matins je me  mets à mon bureau entre 7h et 8h du matin, je ne pense pas avoir écrit un seul mot cet été avant 10 ou 11h. Souvent je démarre enfin à l'heure du repas... et il faut donc que je reporte après le déjeuner…


Procrastiner c’est un vrai travail. Il ne s’agit pas juste de se dire, je vais le faire plus tard, il s’agit aussi de faire autre chose à la place. Quelque chose de basique mais qui rapporte une gratification rapide voire immédiate. Je pense que tous les thésards ou ex-thésards savent de quoi je parle. Jamais mon bureau n’est aussi bien rangé que quand j’ai une tâche qui me stresse à réaliser. Je balaie, je fais la cuisine, je joue de la musique, je tonds le jardin… toute ces tâches sont simples, concrètes. On a beau dire, mais dans chacune de ces activités, on a un résultat, on voit ce qu’on vient de faire, on produit quelque chose dont on peut se satisfaire. Et cet alibi est inépuisable : l’herbe pousse toujours, il faut se nourrir, et on peut toujours nettoyer un peu mieux et quand bien même on parviendrait au rangement et au nettoyage parfait, la poussière est toujours notre alliée pour qu’on s’y remette ! Le blog c’est super aussi ! On fait un billet, on y met un titre, on attend que les commentaires viennent pour y répondre. Le soir on regarde les statistiques et on voit si le sujet a plu. Un livre, une thèse, c’est plus long, il faut savoir attendre. Tous les jours quelques pages, et puis un jour enfin, c’est fini, imprimé et posé devant soi. On a enfin un objet, quelque chose de concret qui est censé valoir pour tous ces moments passé à faire autre chose. Et quand on le voit on se dit que tout ce temps pour 300 pages… en faisant le calcul, même à deux pages par jour, c’est fait en 5 mois…


Alors pourquoi reporter ? Pourquoi reculer… J’avoue que je n’en sais rien. Je pense que nous avons tous cette tendance à préférer les gratifications immédiates plutot qu'oeuvrer plus longuement pour les obtenir plus tard (même si elles sont plus grandes)...Ce n'est pas que je manque d'inspiration, ou de contenu. Au contraire. Tout est bien clair dans ma tête, ce sont des choses que j'enseigne, qui sont structurées par des heures et des heures à les expliquer aux étudiants de tous niveaux. C'est tellement bien dans ma tête en fait… qu’il faut que je me rappelle à quel point c’est important que je le sorte de là pour le coucher sur du papier.


En attendant... C’est l’heure d’aller manger... Je travaillerai plus tard !

Par M le Prof - Publié dans : La fac et les profs
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Lundi 24 août 2009 1 24 /08 /Août /2009 12:58

Les anthropologues apprécieront peut-être la contrepèterie... Désolé pour la petite absence la semaine passée mais j'ai été contraint de m'absenter quelques jours.


Ceci étant dit, je voulais juste profiter d'un petit moment de temps libre en attendant le repas pour vous raconter une petite histoire. C'était il y a assez peu de temps, au printemps, je devais aller donner un cours à la capitale. Cela m'arrive parfois car je suis compétent sur un domaine où il y a pas mal de demande en formation et nous sommes assez peu nombreux sur cette spécialité. Le cours était de 8h à 12h00 et 13h30-17h30, une journée bien remplie, mais à prendre l'avion, autant que je "rentabilise" mon déplacement.


Le cours débutant à 8h j'avais choisi d'arriver la veille car j'ai horreur de me lever à 4h du matin pour aller prendre l'avion aux aurores et être à Paris avant 7h le temps ensuite de prendre le RER et arriver à la fac. J'étais donc parti tranquillement la veille à 17h et j'en avais profité pour téléphoner à ma cousine et lui demander de m'héberger. Me voilà donc à l'aéroport comme souvent. J'avais juste pris mon cartable avec mon PC portable, une clé USB, un bouquin pour le trajet, et une mini-trousse de toilette avec tous les accessoires dans un sachet plastique comme préconisé en prenant garde de n'y mettre aucun flacon de liquide dont la contenance est supérieure à 100ml et une tenue de nuit (boxer gris & t-shirt gris...).


J'enregistre et j'arrive à l'embarquement. Comme d'habitude une file d'attente qui n'en finit pas avec, au bout, un employé qui nous oriente vers les portiques de contrôle. En patientant, je regarde ces employés qui répètent les mêmes gestes inlassablement. Une femme passe sous le portique, elle déclenche la sonnerie, l'employé se rapproche d'elle et lui demande si elle a encore sur elle ceinture, montre, etc. Rien... Il la fait mettre les bras en croix et passe un détecteur près de son corps. Rien... Elle passe. Suivant... même cirque. Je regarde ce spectacle en me disant que ces employés doivent vraiment être lassés en fin journée de faire 1000 fois la même chose. Mais au fond je crois que ça m'est un peu égal, je pense à mon vol, à ma soirée chez la cousine et à ma journée de cours du lendemain... Assis à coté du portique,, un homme qui regarde à travers un écran ce qui passe dans l'espèce de scanner qui permet de voir ce qu'il y a dans les sacs et cartables. De temps en temps il stoppe le tapis déroulant, revient en arrière, regarde de plus près, éventuellement appelle un collègue, et ca repart...  Je ne souviens au passage des cassettes videos que ce type d'instrument avait rendues inutilisables à mon retour de Cuba il y a une dizaine d'années...


Arrive mon tour, je suis habitué, j'enlève ceinture, lunettes et montre, et je sors de mes poches monnaie et clé de véhicule. Je mets le tout dans la bassine blanche avec ma veste et mon portefeuille. Je passe le portique et comme d'habitude, je ne déclenche aucune sonnerie et du coup on me laisse me rhabiller rapidement pendant que j'attends mon cartable. Et là justement... ça traîne. Le tapis est arrêté et il y a trois personnes autour de l'écran.

"C'est bien ce que je crois ?
- je pense bien
- oui sans aucun doute !"


On dirait qu'ils parlent de mon cartable ! C'est très étrange, que croient-ils voir dans ce cartable que j'utilise tous les jours pour aller à la fac ???

"Monsieur ?
- Oui ?
- Veuillez me suivre !"

Oulà ! Ca y est ! On se croirait dans un film d'espionnage... Je suis tranquille car je sais qu'il n'y a rien dans mon cartable donc j'avoue que je suis plutôt content de la situation et je me demande ce qu'il va se passer. L'employé qui me précède me laisse finalement devant un guichet et pose mon cartable sur le comptoir. Une femme est derrière ce comptoir. Elle doit s'ennuyer horriblement ! Elle est toute seule à attendre des gens comme moi, et j'ai l'impression qu'on ne lui en amène pas beaucoup ! Elle me demande poliment si elle peut ouvrir mon cartable et fouiller dedans. Je lui dis que je ne cache absolument rien et qu'elle peut fouiller tant qu'elle veut. Je comprends à son visage qu'elle est bien obligée de me poser cette question... Elle se met au travail pendant que je contemple dehors l'avion que je vais prendre et que je me remémore le début du film "Destination Finale". Elle ouvre et tombe d'entrée sur mon boxer. Elle sourit et moi aussi. Je me justifie et puis elle est souriante alors j'ai envie de lui parler. Je vous ai dit que j'étais sociable !

"Je pars juste pour la journée alors j'allais pas me trainer une valise, j'ai tout mis dans mon cartable !

Elle s'arrête de fouiller en voyant mes feutres pour tableaux blancs et mon pc portable

"Vous allez à Paris pour le travail ?
- eh oui.... J'aurais pu partir demain matin mais ça me faisait trop tôt, alors je passe la nuit là bas et je reviens demain en fin de journée
- ah oui et vous faites ça souvent ?
- Ca m'arrive, je suis prof à la fac, et je donne des cours pour la journée sur des thèmes bien précis, mais sinon j'enseigne ici, pas à Paris.
- Ah bon ? Ca doit être très intéressant. Il y a beaucoup d'étudiants ?
- Non une trentaine, ce sont des masters. Et effectivement comme vous dites c'est intéressant et  je vous l'avoue j'aime bien ce métier, on voit beaucoup de monde en toutes circonstances, vous voyez comme maintenant... on se parle, c'est agréable"
- C'est bien vrai..."


On finit par les formules de politesse et les sourires. Elle me souhaite un bon voyage. Je la remercie et je lui dis que peut-être nous nous reverrons lors d'un prochain contrôle... Je pars en me disant que la pauvre fille doit pas avoir souvent l'occasion de discuter et que je serai horriblement frustré si j'étais à sa place, car moi je suis un moulin à paroles comme on dit...


J'arrive à Paris, Taxi jusqu'au domicile de la cousine. Soirée tranquille autour d'un bon repas. Discussions de politesse avec elle et son mari car je n'ai pas l'impression d'avoir grand chose à leur dire. Leur compagnie m'aurait suffit mais comme souvent, on cherche à combler le silence. Finalement, je vais dans ma chambre. Je sors mes affaires. Ma trousse de toilette, un casque audio pour écouter un peu de musique... et là au fond du cartable je vois un objet que j'avais mis là deux jours auparavant (il fallait que je découpe une page dans un magazine) et que j'avais oublié... Ce qu'avaient vu les trois employés à l'écran c'était bien la lame d'un cutter ! Et cette fille, dont les journées doivent être tellement longues sans parler, a préféré discuter avec moi plutôt que fouiller en détail mon cartable. Comment lui en vouloir ?

Par M le Prof - Publié dans : Général
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