Enfin les vacances ! On va pouvoir travailler !

Publié le par Mr le prof

Parmi les nombreux préjugés que l'on peut trouver sur les enseignant-chercheurs figurent en bonne place le temps de travail et les vacances. Je reviendrai plus tard sur le temps de travail et profiterai des vacances de Pâques pour développer ce deuxième point. C'est bien là une des conséquences du peu de vocabulaire populaire pour distinguer parmi les enseignants. Comme je le disais ici, il y a "prof" des écoles, de collège, de lycée, de fac... et pour monsieur tout-le-monde tous les profs ont exactement le même temps de vacances : les fameuses vacances scolaires pendant lesquelles ils ne font rien !

Je ne parlerai pas au nom des enseignants du secondaire, du primaire et des maternelles car je ne connais pas du tout leur situation et 'jimagine que chaque catégorie est un cas particulier. Voici donc la situation pour les enseignant-chercheurs. Niveau "vacances", il n'y a pas la toussaint car une grande partie des étudiants ne démarrent que courant octobre, de ce fait on ne les lâche pas si vite en vacances. Ensuite il y a effectivement Noël (deux semaines), février (une semaine), Pâques (deux semaines) et les fameuses vacances d'été. Contrairement aux idées reçues, ces vacances ne durent pas deux mois mais un seul. En effet, l'université ferme ses portes fin juillet et les ouvre autour du 1er septembre. Bien sûr, les cours s'arrêtent bien avant fin juillet (en général dès le mois de juin tout est terminé sauf cas particuliers). Mais alors démarre toute la série des rédactions de sujets d'examens, de surveillance de ces mêmes examens, des corrections des copies de ces examens, des jurys pour faire le bilan des examens, des commissions, des jurys du bac (eh oui ! je reviendrai là dessus bientôt), des sélections de dossiers pour l'année suivante, de conception et de correction des concours d'entrée pour l'année suivante, du suivi des listes principales, des listes d'attentes, de rendez-vous avec les étudiants ou leurs parents pour ceux qui redoublent, sont exclus, ou ne sont pas sélectionnés pour l'année suivante, etc., etc. Alors ceci dit, si on compte ce que je viens de dire, avec les 4 à 5 semaines d'été on a donc sur l'année : 2+1+2+5 = 10 semaines environ. Vu comme cela, ça parait beaucoup plus (le double) que les salariés du privé. Mais est-ce que ce sont 10 semaines de vacances ?

Lorsque je préparais ma thèse, et donc que j'étais étudiant (on dit doctorant pour la thèse) j'ai du sacrifier bien des moments entre amis ou en famille lors des vacances. Les doctorants qui me lisent le savent : même si on s'accorde une semaine sur la plage, à la montagne, ou à l'étranger, on prend toujours avec soi des bouquins ou des articles pour avancer car rester sans rien faire alors qu'on a une tonne de boulot en retard ça donne bien des remords et des angoisses. Pour les doctorants donc je dis hélas que finir la thèse ne va pas arranger cette situation. L'enseignant-chercheur comme son nom l'indique est enseignant et chercheur, et avec un peu d'expérience on se rend vite compte que durant les périodes d'enseignement, il est très difficile de conduire ses recherches. On ne peut pas s'immerger dans un sujet, établir des hypothèses, réfléchir à une problématique pendant deux heures, puis aller en cours, puis revenir et s'immerger de nouveau une heure, puis aller manger au restaurant, puis régler des problèmes administratifs de planning, de rendez vous avez des étudiants, puis de nouveau s'immerger. Cela ne marche pas comme ça. C'est un peu comme dans Shining quand Jack (Jack Nicholson) s'énerve (euphémisme !) sur sa femme qui l'interrompt sans cesse dans l'écriture de son roman pour lui demander ce qu'il veut manger ou comment elle doit redécorer une pièce. On ne peut pas ! On peut avancer sur des points méthodologiques par exemple, sur la bibliographie, mais on ne fait pas un travail très profond quand on est interrompu sans cesse. Le seul moment pour vraiment pouvoir travailler c'est les vacances ! Personne pour vous embêter ! On se lève, on va à l'ordinateur, on travaille jusqu'à avoir faim. On mange (n'importe quoi du moment qu'on peut le manger en travaillant donc en général le chercheur est un spécialiste de la pizza). On continue... Et on avance ! Le seul vrai avantage des vacances est que souvent on peut conduire ses travaux de chez soi, surtout pour la partie théorique ou de rédaction ce qui veut dire sans avoir à subir les transports en commun, les discussions de couloir et sans faire d'effort particulier sur l'apparence : aujourd'hui 11 avril, vacances de Pâques, à la maison, en tenue d'intérieur et pas rasé... mais au travail !

Publié dans La recherche

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appartement à louer taghazout 13/04/2011 14:41


Article intéressant bonne continuation :)


Mél 14/04/2009 02:10

Re-bonsoir,

Merci pour les deux liens (même si j'avais déjà parcouru le texte sur Agora) et pour votre explication. Avant de répondre consciencieusement à la question que vous m'avez posé ; il convient peut-être de vous préciser quelque peu la pensée de ma prose obscure dans le sens où ce n'est pas uniquement le point de vue politique vis-à-vis des réformes actuelles auquel je voulais vous "interpeller" mais également sur la vision que vous en avez dans votre quotidien, dans votre université ; autrement dit si celle-ci est aussi perturbée (comme Lyon 2, la Sorbonne...etc) par ce mouvement universitaire.

Effectivement, votre question est intéressante et mérite donc une réponse probante. Tout d'abord ce mouvement a été initié par les EC en réaction au décret sur le statut de votre profession mais aussi contre la "masterisation des concours" et je dirais aussi en réponse au mépris affiché par le président de la République lors de son fameux discours du 22 janvier dernier. Ensuite, les étudiants ont manifesté leur soutien aux EC ; ils se sont rallié à eux avec un "consensus" sur la plate-forme des revendications qui va au-delà des deux décrets évoqués précédemment mais qui intègre entre autre : le retrait du décret du contrat doctoral unique ; l'abrogation de la LRU ; l'arrêt du démantèlement des organismes de recherche (CNRS...)et le rétablissement des postes supprimés pour 2009 ; le retrait du plan licence et campus ; le retrait de la réforme du CROUS...etc.

Je crois avoir donné la plupart des revendications du mouvement. Par contre, permettez-moi d'évoquer un point éludé par l'ensemble de la communauté universitaire qui correspond aux accords signés avec le Vatican. Je suis indignée et scandalisée de voir le "silence collectif" des universitaires (mais pas seulement) face à ces accords puisqu'ils remettent en cause me semble-t-il le principe de laïcité pourtant érigé comme fondement de notre démocratie... Peut-être que vous pourriez éclairer ma lanterne sur ce point précis ?!

Sinon pour mon cas personnel, je suis mobilisée face aux diverses points que je viens simplement d'évoquer même s'il serait plus justifiable de les développer pour comprendre avec exactitude la teneur de mon engagement et donc de mon point de vue. Mais pour revenir plus précisément sur le décret concernant votre statut : à la première lecture "dudit" texte comme beaucoup j'ai trouvé qu'il était dangereux de laisser entre les seules mains du "président-manager" de l'université la modulation de vos services. Ce faisant, c'est un peu la porte ouverte au "clientélisme" et pour caricaturer je dirais au "népotisme" ! Par ailleurs, l'évaluation de votre métier et son critère unique de promotion est la recherche (en dehors de la grille des échelons). Quid de l'enseignement ?! Avec ce décret (même réécrit), c'est même une punition dans la mesure où le "mauvais chercheur" enseignera plus! Je ne vois pas quel est le corolaire entre le "mauvais chercheur" et le "bon-enseignant"...

Belle hypocrisie donc de la part de madame Pécresse vis-à-vis des étudiants où elle dit qu'il y a trop d'échec en licence et elle veut donc pallier ces échecs en introduisant un "tutorat individuel personnalisé"(plan licence) parallèlement en réduisant les effectifs pour 2009 (donc réduction des moyens) et pour couronner le tout ce sont les "mauvais chercheurs" qui vont nous enseigner ! C'est pathétique de "brasser de l'air" pour faire croire que le taux d'échec va diminuer au lieu de s'interroger sur les véritables causes sociales qui font que les étudiants échouent en premier cycle. Les problèmes de l'université sont réels, personne ne souhaite rester dans un "statu quo" ; mais il y a également d'énormes problèmes en amont... Et en ce sens, prenons un exemple parmi tant d'autres, je ne crois pas que la suppression de la carte scolaire va améliorer le niveau des élèves bien au contraire ; nous allons augmenter les inégalités scolaires et sociales et aussi détruire le dernier endroit où l'on peut encore parler de "mixité sociale" tout cela sous couvert de la méritocratie...

Pardonnez-moi, je suis partie loin... Il y aussi le problème des évaluations par un critère purement bibliométrique sans vraiment se préoccuper de la pertinence et de l'utilité (comme vous l'avez justement spécifié)des publications. Et donc théoriquement, le simple fait d'être cité dans un article pourrais être avantageux pour "glaner" le titre de "bon chercheur". Tout comme vous, je suis très réservée quant aux critères qu'utilise l'AERES pour classer les revues de sciences humaines et aux conséquences que cela engendre concernant la concurrence entre EC.

Votre métier appelle deux fonctions : l'enseignement et la recherche, je ne crois pas que l'une doit être faite au détriment total de l'autre ( à ce propos, on oublie aussi votre "troisième fonction non rémunérée" qui correspond aux tâches administratives...). Je suis entièrement d'accord avec vous sur la réflexion que nous devrions avoir pour évaluer l'enseignement ou la pédagogie d'un EC. Il faudrait de ce fait définir des données de cadrage, une typologie pour éviter les limites que vous décrivez.

Pourquoi suis-je tellement contre ce décret ? Eh bien peut-être également parce que je crois que sur le long terme, ce décret vise à réduire et supprimer les maîtres de conférence aux profits de l'embauche par les universités des PRAG et des vacataires donc sous couvert d'une nouvelle vague de précarisation.

Enfin, j'avais cet espoir de poursuivre mes études en master et en doctorat ; mais ce rêve se transforme petit à petit en cauchemar... Je m'arrête là, j'aurais beaucoup d'autres choses à vous dire sur les autres points ou sur le processus de Bologne et la stratégie de Lisbonne, mais je m'abstiendrais. Désolée, d'avoir détourné l'article initial qui était intéressant.

Au plaisir de vous lire, et poursuivre pourquoi pas cette "correspondance", bonne continuation,

Mél

Mr le prof 14/04/2009 08:21


Pour clore ce débat, car encore une fois, ce blog n'est pas dédié à ce type de reflexion, je trouve interessant que certains étudiants soient sensibilisés aux vrais problemes. Dans mon université,
j'ai l'impression que ce n'est pas toujours le cas si j'en vois les revendications : "Non à l'université Pernod-Ricard !" (en pleine mobilisation contre le décret Pecresse, on sent bien une
certaine confusion dans la compréhesion du débat). Ou des choses de ce genre... Vous soulevez effectivement un point clé du décret qui touche les étudiants : augmenter les heures d'un
"mauvais" (sur les critères qui seront utilisés en espérant qu'ils soient les plus objectifs possibles) chercheur parait risqué. Un "bon" chercheur n'est pas forcément un bon enseignant. Mais en
revanche quelqu'un qui ne ferait pas de recherche du tout n'a vraiment aucune raison logique d'être un bon enseignant dans le supérieur (et de ce fait augmenter les heures d'enseignement sous
pretexte qu'il ne fait pas de recherche parait tres étonnant comme décision). Sur ce point je ferai un billet prochainement et c'est annoncé dans le billet sur les vacances : le temps de travail.
Donc je reviendrai sur ce point mais de manière non politique où j'expliquerai ce qu'est véritablement la préparation des cours à l'université.

Voilà, pour ce type de discussion, il y a des blogs spécialisés, je pense notamment à celui de mon collègue de la Roche s/ Yon : http://affordance.typepad.com/ Olivier Ertzscheid qui est très engagé dans ce débat et très mobilisé. Nous pourrons peut etre continuer cette discussion
sur son blog via les commentaires. A tres bientot et encore merci pour vos commentaires.


Le CPE 13/04/2009 23:20

Mouvements, grève, réforme... Ca change des vacances et des slips !

Mr le prof 14/04/2009 00:52


Tout à fait, c'est bien pour cela que je ne compte pas faire de billet sur ces thèmes. Comme je l'ai dit dans mon premier billet, le but est ici de présenter la vie d'un enseignant-chercheur au
quotidien, avec légereté, et non d'essayer de convaincre les gens sur une position politique. Je ne dis pas que ces mouvements sociaux ne me concernent pas. C'est juste qu'ils ne me semblent
pas avoir leur place dans le propos de ce blog.


Mél 13/04/2009 19:06

Bonsoir, monsieur,

Permettez-moi tout d'abord de saluer votre initiative ; il est intéressant de connaitre les sentiments, les appréciations d'un enseignant-chercheur (d'un prof pour ne faire aucune distinction...)concernant les cours, la vie universitaire...etc.

Ce blog est très récent et je comprends amplement que vous choississiez d'aménager votre temps libre actuel (puisque nous sommes en vacances) pour vos recherches. Néanmoins, je ne résiste pas à la tentation de vous posez une question : Que pensez-vous des réformes actuelles (décrets, pacte de recherche et LRU) concernant l'université et la recherche ?

Peut-être que vous alliez faire un billet sur celles-ci, ou bien que vous évitiez le sujet... Auquel cas je vous mets dans l'embarras, désolée. Mais, puisque je suis pour ma part étudiante en deuxième année à Lyon 2 et que je suis mobilisée comme beaucoup d'EC et d'étudiants depuis plus de deux mois contre ces réformes ; je crois qu'il est intéressant et enrichissant d'avoir les avis (divergents ou non) d'EC d'autres universités !

En attendant votre réponse, bonne continuation,

Mél

Mr le prof 13/04/2009 20:45


Pas d'embarras, mais je ne comptais pas du tout faire de billet sur ce point. Comme je l'ai dit dans le premier post il s'agit juste d'un blog sur le quotidien "humain" de l'enseignant-chercheur.
Je ne rédigerai donc a priori jamais de billet qui soit politiquement engagé. En revanche, je peux répondre à des questions quand on m'en pose !

Vous parlez de trois choses différentes (pacte, décret, loi) et une réponse détaillée sur les trois serait nécessaire. Dans tous les cas, je comprends la mobilisation et je la soutiens sur
certains points. D'un autre côté je pense comme beaucoup qu'une réforme est nécessaire. Mais effectivement la manière dont elle a été d'abord tentée, c'est à dire dans la défiance vis à vis du
corps des EC (et en particulier l'idée que les carrières pouvaient être jugées en local sous l'autorité du président et les services modulés à cette même échelle locale) était inadmissible. Le
dialogue a été engagé je pense, on verra bien à quoi on aboutit finalement. Vous parlez de la mobilisation donc pour les EC c'était principalement le décret qui était concerné. Je vais donc
répondre sur ce point qui est très complexe. Oui il faut une évaluation mais aucune évaluation ne parait satisfaisante. Ce serait bien si on pouvait évaluer objectivement et j'aimerai bien qu'on y
arrive, mais voici trois points qui posent problème :

- évaluation par les publications uniquement : on transforme les revues dont le but est de diffuser les recherches en outil de promotion, chose pour laquelle elle ne sont pas faites. Je ne
rentrerai pas dans le détail, un très bon papier existe sur ce point : http://agora.hypotheses.org/2009/02/24/les-revues-de-sciences-humaines-et-sociales-doivent-elles-etre-classees/

- le h-index. Pour ma part il me va bien car le mien n'est pas trop mauvais (en comparaison des autres membres de mon labo) mais honnetement je ne le trouve pas très satisfaisant. Ici on risque
davantage de sanctionner la qualité du réseau d'un chercheur que sa véritable qualité scientifique. Ici aussi il existe un très bon papier pour relativiser l'interet des h-index, g-index, etc etc :
http://www.cirst.uqam.ca/Portals/0/docs/note_rech/2008_05.pdf

- enfin, même si ce n'était pas à l'ordre du jour sur le décret, vu ce qu'il se passe aux USA on y sera bientot confronté alors autant s'y préparer : les indices de satisfaction des étudiants. Là
aussi sur le fond c'est très bien, mais dans la pratique, tous les enseignants savent que si on est sympa, qu'on enseigne que des trucs marrants ou qui interessent davantage les étudiants (sans se
soucier de leur utilité), si on montre des films, si on note large... on a de bonnes évaluations. Donc du coup le risque c'est qu'on fasse du clientélisme ce qui aura pour conséquence de fortement
baisser le niveau des formations de service public (niveau de cours moins élevé et notation plus large).

Il y a donc de l'idée. Sur les trois points je pense qu'il faut aller dans ce sens : évaluation de la qualité des publications, évaluation de l'utilité (et de l'utilisation) de ces publications,
évaluation de la qualité de l'enseignement. Mais il faut vraiment engager une réflexion sur ce qu'il est possible de faire dans la pratique pour avoir une évaluation objective.

A mon tour maintenant de vous poser une question : quelles sont les raisons pour un étudiant de se mobiliser contre ce décret ?

Merci pour l'intérêt que vous portez à ce blog.