Vendredi 24 avril 2009 5 24 /04 /Avr /2009 07:38
Je sais je vous avais promis un billet plus léger (et aussi de ne pas faire de ce blog le lieu d'un discours engagé mais promis : une fois n'est pas coutume) mais ce matin en me levant, je consulte mon agrégateur et je vois que le blog affordance a publié un billet intitulé "l'université de demain". Dans ce billet l'auteur part sur l'idée que bientôt les frais d'inscriptions dans les universités pourraient être si élevés que l'accès (démocratique) à l'éducation dans le supérieur ne serait plus du tout garanti (dans son exemple 25 000eu de frais annuels), l'université ne répondant plus alors à sa mission de service public. Je tiens d'emblée à dire que je ne remets pas du tout en cause la perspective d'affordance ni le fond du billet sur l'arrivée des capitaux privés dans la formation de personnels dirigeants du service public (rien qu'en lisant cette phrase de toutes manières on voit bien le problème !). Je veux juste apporter un approfondissement sur un point : l'augmentation des frais d'inscription à l'université. J'ai répondu à ce billet en disant que la situation pourrait éventuellement être pire si elle venait de la gratuité des écoles. Je vais développer ici plus longuement (lien : le billet sur affordance suivi de mon commentaire).

Rappelons que le système universitaire français est normalement fondé sur un principe de la gratuité. Tout n'est hélas pas gratuit, et certains étudiants qui me lisent ont dépensé pour certains près d'un millier d'euros l'année pour couvrir les droits d'inscriptions de certaines universités. Ce qui est gratuit c'est l'enseignement. Ce qui n'est pas gratuit c'est l'accès à la bibliothèque, la sécurité sociale, les frais de scolarité, la médecine à l'université, l'accès parfois à certaines ressources et supports (compte internet, polycopiés de cours), le FSDIE (fonds de solidarité et de développement des initiatives étudiantes), etc. Mais les enseignements eux, les salaires des enseignants, sont payés par l'état (avec les impôts mais l'argent il faut bien le sortir de quelque part !) et non directement par les étudiants.

Depuis la LRU (loi relative aux libertés et responsabilités des universités), beaucoup s'interrogent sur le devenir des disciplines qui ne vont pas interesser les entreprises. Pour les disciplines non concernées par cette crainte (finance, marketing, économie, management, stratégie d'entreprise, nanotechnologies, médicaments, armement, etc) l'idée est que les entreprises du privé via les systèmes de chaires par exemple vont prendre en charge la plupart des frais. Mais pour beaucoup d'autres disciplines qui a priori paraissent moins interessantes pour l'entreprise (beaucoup de sciences humaines) c'est l'état qui devra toujours financer. Cependant la crainte est que l'état mette de moins en moins la main à la poche, et certains voient dans des propositions de loi des événements annonciateurs du désengagement de l'état ayant pour corollaire l'augmentation des frais d'inscription et l'abandon du principe de gratuité. Cela a été le cas par exemple pour la proposition de loi du 21/01/2009 "relative à la création du prêt étudiant garanti par l'état et à remboursement différé et conditionnel" (il faudra la renommer elle est un peu longue !). Dans cette proposition on aperçoit effectivement un discours assez étonnant sur le fait que la gratuité ne profite pas aux familles les plus défavorisées et que en France la dépense de l'état par étudiant "est passée de 5 414 euros en 2001 à 5 268 euros en 2005, ce qui prouve la nécessité de prévoir des formes complémentaires de financement de l'enseignement supérieur". Il est clair qu'avec un tel discours, on ne peut pas s'étonner de voir la réaction d'affordance ou d'autres sur la possibilité d'une explosion des frais d'inscription.

Mais si le danger venait d'ailleurs ?

Le système alternatif (et critiqué car il ne répond pas du tout à la mission de démocratisation de l'éducation) est le système "privé". On distingue principalement deux types d'établissements supérieurs : 1/ les écoles consulaires et le réseau de la "conférence des grandes écoles" (ESC, ESSEC, HEC, etc etc) et 2/ les établissements privés qui sont des entreprises privées que "n'importe qui" peut monter. Dans les premières, des aides de l'état sont apportées via le ministre de l'économie par exemple qui réverse une part des impôts collectés aux entreprises, dans les secondes, les frais peuvent être à 100% couverts par les étudiants (enfin par leurs parents souvent !). Les frais sont très variés. Cela peut aller de 4 000 à 5000 euros l'année pour les moins chères jusqu'à atteindre les environs de 15 000 euros pour une année de master dans une grande école.

Ce que comprennent mal les étudiants (et souvent leurs parents) c'est qu'à l'université, les salaires des enseignants sont payés par l'état. Donc de manière inconsciente, beaucoup se disent :"si je paie 6000eu /an j'ai nécessairement quelque chose de mieux que j'aurai payé 300eu". Ce qui est bien entendu tout à fait erroné car ces 300eu ne représentent comme je le disais ci-dessus que des accès à la bibliothèque ou encore la sécurité sociale. Les écoles ont bien compris ce principe et il suffit de fréquenter un salon étudiant (INFOSUP, etc) pour s'en rendre compte. Les écoles mettent de gros moyens sur ces événements : grands stands, sacs plastiques à logo, plaquettes publicitaires de formation, et on dissimule page 56 du fascicule le fait que l'école n'est homologué par l'état qu'à bac+4 à la fin de cinq années d'études. On met l'information (donc on ne ment pas) mais dans un langage que le profane ne connait pas : "établissement ou formation homologuée de niveau II" (qui connait l'équivalence d'un niveau II ?). Ceci ne concerne pas le réseau des grandes écoles (CGE : Conférence des Grandes Ecoles) qui est conforme au niveau LMD et propose même parfois des doctorats.

Attirés par tant d'atours (locaux neufs en général et très bien entretenus (cf. la super photo de la plaquette), campus bien placés, étudiants en apparence triés sur le volet, enseignement de très haut niveau (oui c'est dit sur la plaquette en gros donc ca doit etre vrai), des études à vocations professionnelles, etc), nombreux sont les parents et étudiants qui se trouvent séduits. Donc, et on ne les blâme pas, quand les parents veulent le meilleur pour leurs enfants, et qu'ils en ont les moyens, il vont les placer dans les meilleures institutions. Le problème c'est que ce ne sont pas forcément les meilleures (mais c'est dit sur la plaquette) et quand bien même le niveau de certaines écoles est parfois très bon (il faut le reconnaître), il faut souligner un point très important, mais qui est une parenthèse par rapport au sujet qui nous interesse.

Parenthèse sur les liens entre université et écoles

Comment reconnaitre une bonne école (privée ou consulaire) ? En général, les étudiants se focalisent sur les salaires à la sortie, au temps d'attente avant d'être en CDI, etc. Beaucoup de magazines en font d'ailleurs leur profit en publiant chaque année des classements des meilleures écoles. Et puis, je ne sais pas qui a eu cette bonne idée le premier, sont apparus les labels. Le label c'est l'arme absolue. Le principe est simple et c'est le même que sur le jambon (AB, Label Rouge, etc). : le label est une garantie de qualité. Il est donné par un organisme tiers et est international. Il vous assure que votre enfant sera dans une école qui compte au niveau mondial. L'importance prise par les labels est pour une certaine part le corrolaire du fameux classement de shangaï qui nous dit que l'université Française est mal classée (je ne reviendrai pas sur ce classement de shangaï qui n'est pas du tout représentatif de la qualité de ce que peut être une université, je pense que tout à déjà été écrit sur le sujet). Le problème est que label d'écoles et classement de shangaï ne sont pas du tout la même chose. Donc insidieusement se forge l'idée suivante : l'université française est mal classée (classement de shangaï) et l'école privée du coin à le super label EQUIS qui me garantit que l'école répond à un cahier des charges fixé à un niveau international... Vu comme cela, si les parents ont les moyens de sortir 20 000 euros sur trois ans, le choix est vite fait (surtout qu'on vous dit que votre protégé gagnera 45 000eu brut annuel à la sortie de l'école, c'est donc juste un investissement très rentable). Alors qu'est ce qui se cache derrière ces labels ?

J'en ai parlé plus haut il y a d'abord les 'labels" d'état (les fameuses homologations niveau I, II, III, etc que personne ne comprend), il y avait aussi le fameux label CGE (Conférences des Grandes Ecoles) qui est un label qui garanti que l'était a bien homologué comme il fallait, et qu'un bac+5 dans l'école est un vrai bac+5 reconnu (je caricature mais c'est pas loin). Ces labels ne sont plus suffisants car beaucoup d'écoles font maintenant partie du label CGE. Comment attirer le client, pardon, l'étudiant ? Il faut de nouveaux labels pour dire qu'on est meilleur que les concurrents tout simplement.

Des labels, il y en a un certain nombre (AASCB, AMBA, EPAS, EQUIS, etc). On distingue également les accréditations qui ne "labellisent" qu'un diplôme (e.g. EPAS) des labels qui labellisent toute l'institution (e.g. EQUIS). Est ce que c'est du flan ? Autrement dit est ce qu'on ne peut pas faire confiance à ces labels ? Pas du tout, c'est plutôt bien fait dans l'ensemble (même si certains labels paraissent douteux les "grands" labels comme EQUIS ne me paraissent pas poser de problème de qualité). Alors qu'est ce qui cloche ?

Je vais prendre pour exemple le label EQUIS qui est à mon avis le plus connu (en Europe mais qui s'étend en Asie et aux USA) et surtout qui a une vocation générale (AASCB ne labellise que les écoles de gestion management). EQUIS (European Quality Improvement System) est un label qui sanctionne la qualité d'une école. Pour l'obtenir il faut répondre à un cahier des charges dont les principaux points sont entre autres le nombre d'enseignant-chercheurs dans l'équipe pédagogique, le rapport nombre d'étudiants par enseignant-chercheurs, et le nombre de publications scientifiques par enseignant-chercheur.

Comment ? Des enseignant-chercheurs dans les écoles ? Moi qui croyait que la plupart des enseignants de ce type d'établissement étaient des anciens diplômés de ladite école ou encore des professionnels ayant bien réussi (et anciens étudiants de l'école). Pour obtenir les fameux labels, il faut faire de la recherche, et quelqu'un qui a fait un bac+5, normalement, il ne sait pas faire. Il n'a pas la compétence. C'est bien pour ca qu'on se tape un master recherche + un doctorat ! Pour apprendre !

De plus en plus d'écoles recrutent des enseignant-chercheurs. Il est clair que pour un premier emploi l'offre est en principe très attrayante. Le salaire est en général le double pour des conditions de travail supérieures à beaucoup d'universités (traduction des travaux pris en charge pour publication à l'étranger, déplacement payés pour tous les congrès qu'on veut, même si on ne communique pas, et même si c'est à l'autre bout du monde, des promotions de taille généralement raisonnable, des avantages en "nature" pour améliorer les conditions de travail : iphone, macbook, tables graphiques, bureau hi-tech, etc). Qu'est ce que je fais encore à la fac moi ? Beaucoup heureusement résistent à l'appel du confort. Certains (la majorité) par conviction : il faut absolument sauver un service public et permettre aux étudiants d'accéder à des diplomes supérieurs sans avoir à débourser 6000eu / an, d'autres pour diverses raisons (pas de sécurité de l'emploi, et oui c'est du privé, on peut se faire virer à 50 ans quand on est plus un chercheur actif). De ce fait, l'air de rien, les écoles (sauf les grandes, le fameux carré des grandes écoles : HEC, ESSEC, ESCP, Lyon EM) même si elle proposent des conditions très attrayantes, ont beaucoup de mal à recruter des chercheurs. Alors qu'est ce qu'elles font ? D'une certaine manière elles les achètent. Je sais que ca paraît surprenant comme ca, mais c'est le cas. Une quantité non négligeable d'enseignant-chercheurs appartenant à l'université et donc fonctionnaires ont également un pied dans les écoles. C'est pas interdit. Et ce n'est pas nouveau. Depuis longtemps les grandes écoles ont puisé dans les ressources de l'université. Prenez n'importe laquelle des grandes écoles bien classées et labellisées. Allez sur leur site internet, allez dans la rubrique l'équipe pédagogique, ou encore notre équipe de recherche. Tiens ! Beaucoup des personnes mentionnées sont des MCF et des PR. Ils ont donc la sécurité de l'emploi et donnent quelques cours dans l'école, et surtout lorsqu'ils publient, ils augmentent le nombre de publications de l'école qui ainsi peut obtenir un label EQUIS puisque ses enseignants sont effectivement des chercheurs (pour certains : les MCF et les PR rattachés, vous remarquerez que les enseignants titulaires de l'école sont en général moins actifs même si ce n'est pas une fatalité, surtout pour les premières du classement qui ont les moyens de convaincre de très bon éléments de renoncer à l'université). Voilà, j'espère que sur ce point tout le monde a compris : pour la plupart des écoles, quand le niveau est bon, c'est qu'il y a une bonne fac pas loin qui leur envoie des MCF et des PR.

Revenons à nos moutons !

Avec des moyens assez conséquents, les écoles parviennent quand même à avoir une image de qualité qui peut paraitre supérieure à celle de l'université. Feuilletez la plaquette d'une école, même non labellisée, même non homologuée, et vous aurez envie de vous y inscrire ! Beaucoup d'argent est dépensé sur la partie commerciale : attirer les nouveaux clients, pardon étudiants, décidemment je n'y arrive pas ! Les droits d'inscription, ca sert aussi à ça ! C'est pour cela que c'est cher.

Dans la consommation courante, la période de crise que nous venons de traverser a posé de nombreuses entreprises devant de vrais problématiques pour survivre. Et certains ont trouvé des réponses assez interessantes pour créer des comportements de consommation. On peut citer par exemple le deuxième produit offert. Je ne parle pas de 2 rouleaux de papier toilette gratuits dans un paquet de 6. Je parle de la troisième paire de lunette chez tchin-tchin affle--il-est-fou, ou de produits onéreux comme par exemple un deuxième véhicule (Cardoen) ! De l'autre côté il est assez facile pour l'entreprise de profiter des situations difficiles de certaines personnes, et dans le besoin (pour certains par cupidité aussi, faut pas non plus généraliser) sont prêts à accepter beaucoup de choses : coller des publicité sur leur voiture, accepter de la publicité pour héberger un site gratuitement ou encore avoir 15mn de communication en plus. Le gratuit ça plait. Et c'est bien normal. Et quand on en fait un avantage concurrentiel ca peut être très interessant pour l'entreprise. Regardez google. C'est à peu près gratuit. En tout cas pour le client, pardon, l'utilisateur, utiliser le moteur de recherche google, c'est gratuit, Gmail ? gratuit ! RSS reader ? gratuit ! Google map ? Gratuit ! Google earth ? Gratuit ! Pourtant on me dit par là que Google est une entreprise des plus rentables et dont les dirigeants et créateurs sont multimilliardaires ! Magie ? Non : marketing. Chaque fois que vous utilisez les outils google gratuitement, consciemment ou non vous êtes au contact d'information commerciale, et cette information les annonceurs, la paie. Très cher. Cela suffit à financer la machine. Vous voyez ou je veux en venir ?

Les grandes écoles ont déjà de bonnes ressources, et ca va visiblement aller en augmentant. Si elles arrivent à persuader les meilleurs étudiants de venir chez elles, il est clair que les entreprises préfèreront recruter là plutôt qu'à la fac. C'est donc la guerre. Pour l'instant l'université peut encore se battre grâce aux prix. Car la qualité, pour l'étudiant ou ses parents, c'est quelque chose de flou et si un label dit que c'est bien, c'est que c'est bien ! Ce n'est donc pas sur la qualité que l'on pourra s'affronter car cette bataille se livre à coup de plaquettes publicitaires. Pour la guerre des prix, c'est tout aussi problématique car rien n'empeche en théorie les écoles de créer des formations gratuites. Financées par ailleurs par les entreprises avec lesquelles elles auront des accords pour envoyer en priorité les étudiants en stage, pour avoir du matériel sponsorisé dans l'école (ordinateurs portables, téléphones, ou même tenues de sport, coupe-vent, etc etc). D'autant que toutes les formations n'ont pas besoin d'être gratuites. On peut garder les meilleures, les plus demandées à un prix élevé, et ouvrir gratuitement des formations.

Là vous vous demandez : pourquoi les écoles feraient ça ? Quel serait leur intérêt ? Ont-elles l'objectif de tuer la fac ? Je vous réponds : pas du tout. Cette "attaque" ne serait en aucun cas dirigé vers l'université. Ce serait tuer la poule aux oeufs d'or (des fonctionnaires travaillent pour vous à l'heure ou à la publication et perçoivent l'essentiel de leur salaire ailleurs). Mais les écoles sont en concurrence entre elles. La concurrence est très rude. Et à l'instar de toutes les entreprises qui utilisent la gratuité pour attirer le client, les écoles peuvent utiliser cette arme comme avantage concurrentiel. La déflagration sur l'université ne serait qu'un dommage collatéral...

L'étudiant pourra alors avoir le choix entre une formation pas gratuite à l'université (frais d'inscription minimum qui même s'ils n'atteignent jamais les 25 000eu seront toujours au moins de quelques centaines d'euros) et une formation gratuite en école (financée par des annonceurs + des systèmes de bourses + du travail fait dans le cadre de l'école via les junior entreprises par exemple). Que va choisir notre étudiant vous croyez ? D'un coté de belles plaquette publicitaires qui vont lui promettre un avenir de golden boy, ou de l'autre côté le service public qui a du mal à juste entretenir ses locaux (voir photos) ? Je vous laisse y réfléchir et/ou réagir. Ce coup-ci promis : un billet plus léger le prochain coup !
Par Mr le prof - Publié dans : Général
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Commentaires

Le débat sur la différence grandes écoles / Facs est intéressant.Je crois que les deux entités ne jouent pas dans la même catégorie : les premières forment des professionnels opérationnels, les deuxièmes des chercheurs, des penseurs. L'objectif final n'est pas le même. Quant à l'aspect financier, il tend à se réduire entre les deux formes d'écoles ; oui, les grandes écoles sont chères, mais elles tentent de plus en plus, pour compléter leurs recrutements d'élèves, de faciliter les paiements (accords avec des banques, possibilités de bourses...). Quant aux facs, même si je connais moins bien le domaine, elles réclament de plus en plus d'investissements parallèles. Au final, l'écart se réduit, même si les finances ne sont pas destinées aux mêmes finalités.
Commentaire n°1 posté par BBK.mel le 24/04/2009 à 14h51
C'est vrai que dans certaines matières, elles ne jouent pas dans la même catégorie, et il y aura des domaines où il n'y aura je pense jamais d'affrontement. Je ne pense pas que les écoles se mettent à vraiment avoir un réseau autour des lettres classiques ou des langues anciennes... Par contre, à l'inverse, l'université forme des acteurs opérationnels via les M2 pro ou les licences pro. Dans ce cadre là les écoles et les facs sont dans la même catégorie. Les IAE dont je parlais sur le blog d'affordance sont l'exemple même d'une partie de l'université résolument tournée vers l'entreprise, qui forme des gestionnaires de tous poils (finance, comptabilité, ressources humaines, marketing, etc) pour des postes qui sont les mêmes que ceux auxquels forment les écoles. De ce fait, pour le financement, il n'est pas étonnant de voir que les IAE mettent souvent en place des systemes de chaires et ceci bien avant la LRU pour faire entrer des capitaux privés et des "accords" particuliers entre université et entreprise : d'un coté la fac va assurer des travaux de recherche dont l'entreprise aura la primeur, en échange, elle va recruter et prendre en stage des étudiants de la fac et envoyer en priorité ses cadres en formation continue dans la fac.
Réponse de Mr le prof le 28/04/2009 à 07h30
Merci du lien vers mon blog. La question des locaux universitaires est en effet cruciale : ce n'est plus, désormais, une simple question de confort, c'est une question d'hygiène élémentaire.
Commentaire n°2 posté par B.C. le 25/04/2009 à 09h30
C'est là que l'on peut "apprécier" la fin du reigne de l'égalité. J'ai la chance d'être dans une université qui a visiblement les moyens d'entretenir les locaux (je ne sais pas d'où sors l'argent). Mais nous sommes souvent en travaux pour rénover différentes zones, et je n'ai jamais vu une vitre cassée.
Réponse de Mr le prof le 28/04/2009 à 07h12
Bonjour, je vois que vous n'avez pas su résister à l'appel de votre "éthique de conviction" et de votre "éthique de responsabilité" !! (Et je m'en réjouie...! :). J'adhère totalement à votre "cynisme" sur les moyens dont disposent les grandes écoles afin d'attirer les clients...euh les étudiants !! Et comment celles-ci recherchent à fidéliser les clients...oups les étudiants...!! Il est évident que les grandes écoles pourraient dans un avenir proche utiliser cette stratégie de "dumping" afin de proposer des formations gratuites et effectivement, cette attaque touchera les universités indirectement mais elles auront dû mal à s'en relever... Pour ma part, je suis fière d'étudier dans une université, car les enseignements que j'y reçois sont de de qualité, avec des EC qui résistent à l'appel de la cupidité...euh de l'argent et qui défendent en plus des valeurs nobles qui sont dégradées en ce moment par la politique de ce gouvernement. Par contre, personne ne peut nier la dégradation des locaux des campus universitaires : chez nous où nous disposons de deux grands campus l'un est magnifique, situé près des berges du Rhône avec des enseignements de sciences économiques, de droit...etc. Et de l'autre un campus quelque peu délaissé, dans l'est lyonnais avec toutes les sciences humaines : socio, anthropo, lettres, psycho...etc.Par exemple, dans certains amphithéâtres, iln'y a pas de lumière, pas de chauffage, et pas de micro en état de fonctionner correctement... et je vous assure qu'en hiver, pour étudier des théories sociologiques c'est assez perturbant... Et dire que l'un des articles de la LRU propose aux présidents des universités de jouir de la propriété des locaux (en réalisant une demande) alors qu'ils dépendent normalement de l'Etat... Qui voudrait s'endetter de la sorte... Bonne journée !! Mél
Commentaire n°3 posté par Mél le 25/04/2009 à 13h56
Bonjour
excellent blog. Un commentaire rapide sur le sujet Fac vs écoles : au moins, les élèves des grandes écoles n'ont pas à subir -eux- d'interminables grèves, ni de se soucier si les exam auront lieu ou pas ou si on va leur donner leur année sans la valider par un examen final (comme il a été évoqué un moment à l'université de Toulouse). Non ils ont des cours dans un environnement sérieux et serein. Les évènements actuels dans les universités en grève ont de quoi dégouter les futurs étudiants et aux futurs parents je dis : économisez pour mettre vos enfants dans une école pour qu'ils n'aient pas à subir les aléas de la situation sociale et politique!!
a+ :)
Commentaire n°4 posté par marshmallows le 30/04/2009 à 23h50
Je ne prendrai pas de parti dans ce débat mais on peut avoir deux points de vue :

1 - les grèves incessantes ont un impact très négatif sur l'université (ce qui est déjà vrai à court terme) et servent finalement les intérêts du privé. Donc tôt ou tard si les bons étudiants vont dans le privé (pour éviter les grèves) et les mauvais restent dans le public, il va se créer un "cercle vicieux" où même s'il n'y a plus de blocage, les étudiants voudront tous aller dans le privé car le niveau y sera perçu comme meilleur, les universités du coup délaissées verront peu à peu disparaitre tous leurs financement et donc leurs formations. Sur l'effet négatif des grèves sur l'université voir l'article du Point au titre évocateur : l'université qui veut se suicider (cliquer ici pour voir l'article) !

2 - les grèves sont le seul moyen de sauver sur le long terme une qualité de service public déjà bien entamée et sont donc nécessaires pour empecher la disparition de l'université.

Chacun se fera son opinion
Réponse de Mr le prof le 01/05/2009 à 07h10
Bonsoir, Chacun se fera son opinion effectivement... La situation de Toulouse se voit dans beaucoup d'autres universités actuellement dont la mienne. Cette grève est longue et lancinante. Nonobstant, à la différence de l'année dernière, on peut observer un consensus puisque les EC et les personnels BIATOS sont également mobilisés avec les étudiants. Vous l'aurez compris, deux années (déjà) à l'université et autant de mouvement. Une seule cause commune aux deux mouvements : la LRU... Malheureusement, comme le souligne l'auteur du blog ; c'est le seul moyen (le droit de grève) qu'ont trouvé les EC et plus généralement la communauté universitaire pour essayer de se faire entendre. Si il y avait un autre moyen possible, je crois que l'ensemble de la communauté universitaire mobilisée serait preneuse !! Donc effectivement il y aura des conséquences néfastes sur les universités : la perte de notoriété, des accords avec des universités étrangères, des accords avec des entreprises pour les licences pro ou les masters pro, ou encore la perte des étudiants "fragiles" qui vont laisser tomber cette année et enfin la perte possible des "futurs entrants" : les lycéens. Mais pourrait-on également regarder les motivations qui poussent les EC, les BIATOS, les vacataires, les doctorants et les étudiants dans les rues depuis maintenant trois mois ?! Les risques à CT viennent d'être évoqués juste au-dessus, mais les risques à LT pour les universités et la recherche sont colossaux !! Nos diplômes en licence vont totalement perdre leur valeur, il y aura une "rarification" de certains apprentissages pour les sciences humaines ; les universités "petites" vont être totalement délaissées ; une concentration spatiale de la recherche dans des pôles d'excellence tout comme pour les universités ; la modulation des services sera quand même effectuée chez les EC ce qui implique plus de concurrence, la recherche de la publication à tout prix...etc. Peut-être qu'il est compréhensible que ce mouvement perdure pour être entendu par la ministre de l'ESR. De plus, faudrait-il préciser que les étudiants mobilisés sont aussi frustrés de ne pas avoir cours ! Par exemple, pour mon cas, en théories sociologiques je devais étudier normalement durant ce semestre : Rousseau, Montesquieu, Tocqueville, Simmel et Elias... Et je n'ai pas eu un seul cours (CM et TD) depuis le début du semestre ! Mais je soutiens mes EC, je pense qu'ils ont raison de se mobiliser malgré les risques évoqués préalablement. Nous disposons quand même des cours en ligne, donc c'est à chaque étudiant de se prendre en main et d'étudier par "lui-même". Bien évidemment, cela demande plus de travail, d'investissement personnel mais je dirais que c'est l'occasion d'acquérir une méthodologie de travail qui servira à chacun d'entre-nous. Et puis, cela permet de connaitre la "vraie" définition du mot "autonomie"... Je crois qu'il est possible d'être un peu autodidacte en ce moment (même si, je vous l'accorde, c'est plus difficile pour certaines matières comme la microéconomie...etc) ! Par ailleurs, nos EC font des permanences et répondent à nos questions pour préparer au mieux les examens si examens il y a. Oui, tout le monde pense aux examens... ! Un mouvement long mais légitime...!! Peut-être faut-il dire également aux lecteurs assidus qu'on essaye d'apprendre autrement pendant un mouvement comme celui-ci. En effet, nous réalisons des travaux de réflexions autour du mouvement, du traitement de la presse par exemple ou en réalisant des "observations participantes". On apprend différemment. Finalement, depuis trois mois, pour beaucoup d'étudiants mobilisés, nous sommes tous les jours sur le "terrain" ! Par contre, je crois qu'il serait intéressant de soulever la question évoquée par l'auteur du dernier commentaire. Une approche sociologique, anthropologique voire de science politique serait très intéressante sur l'idée de ne pas vouloir subir ces mouvements sociaux ou la situation sociale. Pourquoi éluder les contraintes sociales ? Il est amusant de constater souvent que l'on fait l'apologie des grandes écoles néanmoins, il y a également des dysfonctionnements dans les grandes écoles, des clivages entre les étudiants ; des phénomènes de ségrégation ou d'agrégation...etc. (Pour ceux que cela intéresse, lisez un texte sur les rites scolaires et les rites festifs de B. Masse dans Sociétés contemporaines, n°47). Enfin, je dirais que nous ne serions pas dans une situation préoccupante si la ministre et le gouvernement avaient écouté les revendications du mouvement ! Quand, on voit encore la semaine dernière que le décret sur le statut des EC passe en force au Conseil d'Etat et que les quelques maquettes qui sont remontées seront évaluées par la DGES ; il ne faut pas s'étonner de la poursuite du mouvement des acteurs du monde universitaire et de sa radicalisation !! Cela fait beaucoup de mépris, beaucoup de provocations...et beaucoup de méconnaissance de la part de madame Pécresse...! C'est dommage d'en arriver à une telle situation... Personne ne s'en réjouit vraiment ! Bonne soirée, cordialement, Mél
Commentaire n°5 posté par Mél le 01/05/2009 à 19h33
Cher Prof,
Je me suis souvent demandé quelle était la finalité des études supérieures.
Est-ce former des gens selon leurs désirs: réaliser leurs rêves, même si ce rêve débouche sur le chômage, Ou est-ce former les gens selon les besoins de la société?
En Belgique, il y a pénurie d'Ingénieurs mais pléthore de profs d'éducation physique ou d'histoire, d'antiquaires brevetés, artistes en tous genre...
Est-ce bien raisonnable?
Il y a aussi des concurrences faussées (je pense aux vétérinaires français qui viennent étudier chez nous à cause du numerus clausus) et plein d'autres exceptions.
J'ai bien peur que les jeunes ne veuillent faire les études qui leur plaisent, quelles qu'en soient les conséquences.
Amitiés
"L'entêtement et le dégoût se suivent de près." (La Bruyère.)
Commentaire n°6 posté par Armand le 28/05/2009 à 16h39
C'est une vraie question. Je pense que c'est un des acquis de mai 68 de pouvoir développer des recherches sur tout ce qu'on veut et du coup y associer des formations. A partir de là on se pose moins la question de l'applicabilité de tout ça à l'industrie du pays. Personnellement je n'ai pas d'avis tranché sur "c'est bien ou pas ?". C'est une liberté. Et du coup, l'actuel décret sur la LRU vient clairement en contradiction. Par rapport à votre remarque, il est clair que cette liberté à pour corollaire d'envoyer beaucoup d'étudiants dans des voies sans aucune issue professionnelle ou très peu. Par exemple, quand je vois le nombre d'étudiants en histoire de l'art, je me dis qu'il va forcément y avoir des déceptions et que tous ne pourront pas être commissaire-priseur, etc etc
Réponse de Mr le prof le 28/05/2009 à 17h47
Bonjour,

Très bon blog !

Concernant cet article, il me semble que votre analyse n'est valable que pour certains domaines d'études. En effet, selon vous, une des caractéristiques essentielles des "écoles" est leur prix élevé. Cela laisse de côté les écoles d'ingénieurs, qui ont pour la plupart des frais de scolarité modérés (environ 500 euros par an).
Commentaire n°7 posté par Visiteur le 19/06/2009 à 16h52
Oui tout à fait, quand je parle "d'écoles" je fais références aux écoles privées et non pas aux "grandes écoles" publiques (polytechnique, etc).
Réponse de Mr le prof le 20/06/2009 à 09h37
@marshmallows Toutes les facs ne sont pas en grève ! Décidement les médias à généraliser.

Sinon comme le premier commentaire, j'allais dire que les deux ne forment pas la même chose, l'un des chercheurs l'autre des "professionels" pour intégrer rapidement le privée.

Ensuite il y a aussi un problème de réputation. Les facs sont mal réputées et à tord (glandeur, la fac ca mène à rien c'est le dernier recours quand on ne sais pas quoi faire etc...) du coup les parents qui veulent le meilleur pour le bambins font tout pour leur éviter la fac, enfin quand ils ont les moyens et qu'ils sont aveuglés par les plaquettes de ces écoles.
Commentaire n°8 posté par Helran le 08/07/2009 à 10h23
Je ne suis pas d'accord sur la finalité. Tous les gens qui sont à l'université ne veulent pas faire de la recherche, et ce n'est pas leur seul débouché, heureusement. Il y a des formations qui ont de très bons taux de placement en terme d'embauche à la sortie.

Ensuite il est clair que pour beaucoup de parents, les mêmes que ceux qui préfèrent les lycées privés aux lycées publics, le privé c'est synonyme de moins de grève. Il faudrait que l'état l'entende et fasse en sorte qu'il y ait moins de contestations en évitant de faire passer des textes n'importe comment, ceci en défiance vis à vis des enseignant-chercheurs.
Réponse de Mr le prof le 09/07/2009 à 20h35
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Commentaire n°9 posté par ethics dissertation le 06/11/2009 à 11h40
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Commentaire n°10 posté par dissertation le 08/12/2009 à 11h15
Excellent post !
Juste un petit mot pour préciser que je suis d'accord avec l'auteur de ce blog. A savoir : Université= chercheur et Ecole privée= opérationnel... C'est FAUX !
Il suffit de regarder le nombre grandissant de formation professionnelle au sein des Universités françaises, ainsi que le nombre (également grandissant) des intervenants professionnels dans ces dites formations.
Je suis en Master 1 'Professionnel' et -sans vouloir faire de généralité- je suis parfois plus opérationnelle qu'un étudiant sorti d'une école privée... > Attention, pas d'amalgame : je ne parle pas des grandes écoles telle que EM Lyon ou HEC. Celles-ci n'ont -pour moi- pas d'équivalent.
Mais dire que les Universités se cantonnent à la recherche est faux, surtout au vu de tous les "efforts" qu'elles font pour proposer des formations riches, autant sur le plan opérationnel que stratégique.
Commentaire n°11 posté par Lou le 04/08/2010 à 11h06
L'idée de payer des frais d'inscriptions, mettons 4000€ par an présente certains avantages.
1/Elle n'élimine pas les plus pauvres si l'on prévoit de les financer par un prêt à taux zéro avec une franchise de remboursement.
2/Elle permet de rationaliser les choix des étudiants. La France forme près de 40% des étudiants en psycholgie de l'UE. Si les études deviennent payante elle en formera moins et de meilleurs.
3/ par les économies budgétaires qu'elle permettra elle contribuera à transformer une dette publique (intolérable) en dette privée (gérable)
Commentaire n°12 posté par alain le 07/09/2011 à 15h25

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