Ca sent l'été... au RA !

Publié le par Mr le prof

RA à la fac, ce n’est pas une divinité, en tout cas, pas pour la plupart des gens. En langage universitaire le RA c’est le Restaurant Administratif. D’ailleurs je devrais plutôt dire en langage fonctionnaire ! Car le RA, c’est le restaurant de tous les fonctionnaires qu’ils soient de la fac, des impôts ou d’ailleurs.


Il faut savoir qu’à la fac, quand on est enseignant-chercheur, on n’a pas accès aux sacro-saints tickets resto. Alors à défaut on va prier ailleurs. On a nos sources de réduction pour déjeuner pour pas trop cher : l’accès au restaurant universitaire (RU) et au restaurant administratif (RA).


Bien entendu, autour d’une université, cela ne manque pas de restos de tout poil : fast food, sandwicherie, crêperie, saladerie bio, trattoria, tout ce qu’on veut… Cependant, outre le prix quand on n’a pas de tickets resto, il y a rarement des places (car les étudiants sortent de salles avant nous et donc arrivent au resto avant), et du point de vue santé, on peut pas dire que ce soit très équilibré de se nourrir de crêpes de sandwich et de tartes à longueur de semaines. Aussi, au bout d’un certain temps, on en vient au RA. Je dois dire qu’au début on y va plutôt à reculons. Restaurant Administratif, c'est pas très sexy... D’ailleurs dans les premiers temps on peut éventuellement tenter le RU. On se dit qu’on est encore jeune et que c’est sympa de manger avec les étudiants. Et puis, finalement, on se rend compte qu’au RU on sépare les profs des étudiants. C’est bien entendu pas interdit d’aller manger avec les étudiants, mais bon en général on suit plutôt les collègues, il y a même des salles à part, qui sont bien cloisonnées de celles des étudiants. A l’arrivée, on a plutôt que des inconvénients (temps d'attente, peu de choix, etc). Alors on tente le RA. Mais d’abord il faut montrer patte blanche ! Il faut auparavant se présenter un jour à l’administration muni d’une fiche dûment remplie (nom, prénom, fonction, institution, indice de rémunération) ainsi que d’une feuille de salaire. Eh oui, pour y avoir accès, il faut être fonctionnaire. Le système est assez intéressant et on y trouve les bases du service public. Tout fonctionnaire est rémunéré selon un indice national. Par exemple quand on est maître de conférence premier échelon, pour le commun des mortels on démarre à 2070eu brut/mois. Mais en langage fonctionnaire on est rémunéré à l’indice 453 ! En fait, tous les fonctionnaires sont dans une grille qui ne bouge jamais. Les augmentations se font via la valeur du point d’indice qui est aux alentours de 4,6 euros. L’intéressant au RA c’est que le prix du repas est lui aussi indicé et quelqu’un qui gagne 453 paiera son repas moins cher qu’un autre fonctionnaire dont le salaire est calculé sur un indice de 1250.


Muni de sa carte de RA on peut désormais rentrer dans la cantine du fonctionnaire ! J’avoue que pour moi c’est un lieu magique. Je ne saurai pas vraiment expliquer mais je suis toujours fasciné. Du coup, dès que je peux y aller, je n’hésite pas. Sur le principe ça fonctionne comme un self. Il y a plusieurs choix d’entrées de plats et de desserts. Ca a donc le premier mérite de permettre de manger équilibré (et pas cher : je m’en tire à peu près pour 6,5 eu pour un repas complet). Mais c’est surtout un formidable point d’observation et ce même pour un non spécialiste de l'anthropologie ! Au RA, on se sentirait presque comme Levi-Strauss au milieu des indiens !

Il faut bien comprendre que c’est forcément grand car tous les fonctionnaires y ont accès. Donc quand on est dans une ville universitaire (en général une ville de taille conséquente) ça fait du monde. « A la louche » je dirai que le RA que je fréquente doit avoir environ 500 places assises (j'essaierai de connaitre le nombre exact). Ce qui fait qu’on croise du fonctionnaire ! 


Tout d’abord on croise des collègues bien entendu. Et pour ceux qui pensent qu’à l’université on ne peut pas socialiser, l’heure du repas est toujours un bon moment pour faire connaissance avec les collègues, y compris ceux des départements voisins. Mais surtout on croise les autres ! Les fonctionnaires, les vrais ! C’est pas que je ne me considère pas comme tel, mais il y a toujours dans l’imaginaire collectif, la vieille image du fonctionnaire. Celui dont on dit qu’il arrive toujours 5mn en retard et qu’il part 15mn avant. Ou encore le fonctionnaire qui est la main d’une bureaucratie bornée et quasi-inhumaine. Une quasi machine lui-même, totalement fondu dans sa fonction. L’archétype, celui que les gens qui ne sont pas fonctionnaires n’aiment pas au point de faire de ce mot une quasi insulte. Ou encore le petit fonctionnaire, celui qui est au service de la machine, prisonnier du monstre, coincé dans un carcan qu’il n’ose pas exploser, comme le pauvre Sam Lowry dans Brazil de T. Gilliam. En fait, au RA, on est finalement loin des clichés. Bien entendu, on peut trouver tous ces stéréotypes, mais pas plus que si l'on fréquente le restaurant d’une grande entreprise privée. Ce sont des profils humains, pas nécessairement de fonctionnaires.

Ce qui est beaucoup plus intéressant c’est le mélange. Du fait que les postes de fonctionnaires sont accessibles par concours nationaux, et assez rarement par une voie de recrutement avec entretien, il peut y avoir des profils très différents qui se retrouvent à travailler ensemble. En entreprise, quand on recrute, souvent c’est sur un profil, on monte une équipe, on construit une culture d’entreprise. Ici on prend tout le monde du moment que le concours est réussi. Et on observe ainsi des couples tout à fait improbables qui sont le fruit de cette mixité de profils. On comprend alors que pour certains, le quotidien doit pouvoir être très difficile à gérer dans ses aspects sociaux.


Au RA on entre aussi un peu dans la vie des gens. Par exemple le mercredi, il y a toujours des enfants. Eh non ils ne sont pas fonctionnaires, mais un fonctionnaire peut inviter qui il veut. Le repas est alors débité sur sa carte à un prix standard qui doit être autour de 8euros. Le mercredi donc, c’est le jour des enfants. On voit les différences d’éducation. Certains sont à l’eau alors que d’autres sont au soda et ont deux desserts ! Mais ce n’est peut-être pas que l’éducation… C’est peut-être que pour eux, le mercredi c’est fête ! On mange au RA ! En général ce sont des enfants d’une dizaine d’années maxi. Trop vieux pour être chez une nounou ou à la crèche et trop jeunes pour être seuls à la maison. Ils viennent manger avec papa ou maman en attendant sûrement l’heure d’ouverture de leur association sportive ou culturelle…


Autre point qui me fascine, c’est l’impact de la cuisine sur la qualité de service auprès des usagers de tous les services publics. Je m’explique. Comme tout le monde le sait, l’administration est plutôt parcimonieuse sur l’entretien des bâtiments administratifs et il est rare de trouver des bâtiments neufs, bien aérés, climatisés etc. Donc je me dis toujours quand je vois que le plat du jour est un cassoulet, ou un chili con carne, ou n’importe quoi du genre… Ca va sentir bon aux impôts aujourd’hui ! C’est pas le jour pour aller déposer une déclaration !


En ce moment, on prépare l’été. On vous le dit à la télé. Il y a même des marques de céréales qui font des publicités pour vous motiver à tenir votre « pari bikini ». Au RA, on le prépare aussi et j’observe de plus en plus sur les plateaux de ces dames apparaître les menus salades délaissés tout l’hiver, avec une bouteille d’eau minérale et une tranche d’ananas pour dessert. Cependant j’ai l’impression que la tendance est moins forte que l’an dernier à la même époque. Effet de la météo ? De la crise ? Peut-être que les personnes qui comptent se retrouver cet été sur la plage sont moins nombreuses… Il faudrait peut-être créer un proverbe à l’instar de celui de l’indien qui nous dit que l’hiver sera rigoureux quand l’homme blanc rentre du bois pour nous dire que l’été sera chaud quand la fonctionnaire mange beaucoup de salades…

Publié dans La fac et les profs

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Armand 28/05/2009 16:14

Cher Prof,
Les mess d'entreprises (je considère les universités comme des entreprises) sont très différents l'un de l'autre.
En Belgique, certaines universités pratiquent la ségrégation entre les étudiants, les profs attitrés et les assistants, par exemple. Les prix s'en ressentent d'ailleurs.
Dans l'industrie (grosses boîtes) et ministères, certains "étrangers" sont admis sous condition.
Chaque mess a ses traditions d'hospitalité.
Je préférais souvent manger dans des friteries!
J'ai déjà mangé presque partout et n'ai jamais été malade, mais j'ai les intestins solides et ai appris à me méfier des plats en sauce!
Amitiés

Mr le prof 28/05/2009 17:29



C'est quand même un peu différent dans le cas du RA. Ici ce qui me plait, c'est qu'on cotoie plein de gens qu'on ne connait pas, qui ne sont pas universitaires mais fonctionnaires "de tout poil"