Elle s'appelle Laurie. Elle me parle toujours d'une manière gênée et d'une voix à peine audible. Elle ne demande mon aide que lorsqu'aucune autre alternative ne se présente à elle. Chaque fois
que je me mets en face d'elle pour lui expliquer quelque chose, elle rougit. En deux mots, je crois que j'ai la côte ! Laurie n'est pas ce qu'on peut appeler une jolie fille. Surpoids, acnée mal
soignée, des lunettes et une frange qui empêchent véritablement de bien voir son visage, des vêtements amples qui ne renseignent pas du tout sur ses formes. Elle n'a que des copines, je ne la vois
jamais parler avec des garçons. Elle a l'air de ne pas se trouver assez jolie pour aller leur parler.
Comme je le disais récemment
ici ou
ici, chaque fois
qu'une fille me fait les yeux doux pour quelque raison que ce soit, c'est toujours une très jolie fille. Les jolies filles savent souvent qu'elles sont jolies, et savent également que c'est un
moyen de persuasion. Depuis leur jeune âge, un simple sourire a parfois convaincu papa de pas les gronder, un simple sourire leur a permis de se faire des amis garçons qui ont pu servir leur
intérêt, leur physique a toujours été une arme. Aussi, elles n'hésitent pas à s'en servir quand ça les arrange, et qui pourrait leur en vouloir. Chacun doit se battre avec les armes dont il
dispose. Une jeune fille rompue à l'art de la séduction sait très bien que si elle joue finement elle a tout à gagner. Pour ce qui est de la relation étudiant / enseignant, c'est la même chose. Un
sourire à un professeur ne coûte absolument rien, pas plus qu'un peu de "rentre-dedans". Si cela est fait innocemment personne ne pourra le reprocher. Et au pire, elles peuvent penser que si
l'enseignant se fait séduire, ça peut peut-être rapporter un point ou deux. On pense gagner d'un côté, on ne perd rien de l'autre, pourquoi s'en priver ?
J'ai vu un film il y a une quinzaine d'année, il me semble que c'était un Stephen Frears (si qqu'un se souvient du titre merci de me le laisser en commentaire), ou deux types discutent dans un bar
sur l'intelligence des femmes. L'argument est que les jolies filles sont nécessairement moins intelligentes que les autres. Avec un langage assez rustre (on est accoudé au comptoir) l'idée
développée est que depuis petites les jolies ont eu moins d'efforts intellectuels à faire car elles ont souvent tout obtenu par leur beauté, alors que les autres ont toujours du se battre et faire
preuve d'intelligence pour obtenir ce qu'elles voulaient. C'est une scène assez comique dans mon souvenir, mais c'est à revoir. Ce qui paraît évident dans la culture populaire, c'est que la beauté
(réelle ou perçue) joue sur le caractère et la confiance en soi. Dans un autre film (l'amour extra-large) les deux héros ont une discussion sur le sujet :
" Je n'aurai jamais cru qu'une fille aussi belle puisse posséder une telle personnalité...
- C'est surement un ex vilain canard.
- Quoi ?
- Elle a pas dû être très belle avant le secondaire. Donc sa personnalité a dû se développer par nécessité, c'est une loi de l'évolution !
- Tu sais quoi ? C'est pas con du tout ta théorie, elle est bien trop mignonne pour être aussi gentille !
- Ben en plus, parfois elles sont laides si longtemps qu'elles ne se rendent pas compte qu'elles sont devenues jolies. C'est que l'idée visuelle de la fille moche est gravée très fort en elle. Ta
copine est une vraie perle !"
A l'université, la théorie de nos deux compères trouve peut-être à s'appliquer. Ce que je remarque, c'est que dans les filières sélectives, plus on monte vers le haut (M2) et plus on a de
jolies filles. Toutes belles et intelligentes ? Certes. Je ne dis pas qu'elles ne sont pas intelligentes. Mais pourquoi serait-ce aussi systématique ? Et surtout, alors qu'on nous bassine que
l'obésité guette nos jeunes, dans les M2 qui ont un bon taux de placement en entreprise (donc les plus demandés) on a quasiment aucune fille qui soit clairement en surpoids. Pourquoi ?
Ce que je vais dire n'engage que moi et se base surtout sur l'observation des quelques milliers d'étudiants que j'ai vu passer en quelques années. Il faut relativiser, mais profitons pour lancer le
débat et si vous aussi êtes à l'université, n'hésitez pas à me dire si la situation est la même dans vos promotions. Bien entendu, je ne parle que des extrêmes (les très jolies, et à l'autre bout,
les moins jolies
ou du moins qui le pensent), la plupart des étudiantes ne sont pas concernées par ce qui va suivre. Je ne parle que des filles,
mais bien entendu ceci est vrai pour les garcons. Mais le fait que je suis moi-même un homme entraine que la relation de séduction qui peut apparaitre soit généralement à l'initiative des filles.
Si j'avais été une femme, j'aurai pu attaquer les lignes qui suivent en parlant des garçons.
Alors bien entendu, on va pouvoir dire qu'une personne qui n'arrive pas à se discipliner pour maigrir, n'a peut-être pas la discipline pour réussir ses études. Je crois hélas que c'est plus
compliqué. Si je prends l'exemple de Laurie et le contre-exemple de
Pauline, Laurie n'ose pas m'appeler quand elle a un
problème, elle préfère demander à ses amies car toute interaction avec une personne du sexe opposé la met mal à l'aise. Elle est timide, elle complexe, elle n'ose pas. Pauline, elle, n'hésite pas,
au moindre souci, elle s'arme de son beau sourire et me demande ou demande à quelqu'un qui sait (garçon ou fille). Elle est naturellement portée vers l'interaction sociale. Dans ce cas, le film
dont je parlais plus haut trouve ici son application. Depuis toujours, que ce soit à l'école, en boite de nuit, dans la rue, les interactions répétées ont formé cette jeune fille qui se trouve
vraiment à l'aise dans cette situation et sait en tirer partie. Laurie, elle, n'aura que les explications de ses copines proches.
Deuxième phénomène. Le travail de groupe. Dès la licence, dans les filières professionnelles il y a beaucoup de travail en groupe. L'entreprise est un lieu social, il est normal que ce paramètre
entre dans la formation. Du coup, pendant trois ans (L3, M1, et M2) les étudiants ont des notes sur des projets qu'ils rendent en équipe. Pauline n'a aucun souci pour trouver un groupe, et changer
de groupe régulièrement. Ceci va lui permettre d'affiner sa maitrise des interactions sociales en brassant un maximum de personnalités différentes et en étant confronté à des situations
différentes, des idées différentes à chaque fois. Laurie, elle, si on ne l'oblige pas formellement, reste toujours avec son noyau de copines. Elles ne sont pas bêtes, elles font du bon travail,
mais on voit bien qu'elles ne sont pas bien préparées à affronter beaucoup de situations. Elles se connaissent par coeur, elles ont une façon de travailler quasi automatisée, avec une répartition
des tâches qui est quasi toujours la même. Au fil des années, les notes qu'elles obtiennent sont moins bonnes que les autres.
A l'oral c'est la même chose. Imaginez le calvaire que peut être une présentation de 15mn devant un groupe de TD de 25 personnes pour une fille qui a du mal à adresser la parole à un garcon.
Inversement une jolie fille est moins stressée. Dans le premier cas, on a une étudiante dont la voix tremble et qui gère tellement son stress que le contenu est parfois mis au second plan car tout
le monde est focalisé sur les mimiques de stress. Dans le second cas, l'aisance et le physique sont mis au service du discours. C'est le principe de la force de vente dans le marketing. C'est
toujours agréable quand je vais chez le médecin et que dans la salle d'attente il y a une commerciale de labo qui attend son tour pour vendre ses produits au médecin. On parle des CV anonymes
dans le futur, j'ai du mal à croire que dans les fonctions commerciales on puisse se résigner à cela. Ceci sera d'ailleurs mon dernier point.
Nombreux sont les métiers qui demandent de bonnes capacités sociales. Une ouverture vers les autres, une capacité à séduire. Il est alors probable que les jolies filles aient ici aussi un avantage.
Leur physique dans ce contexte apparait comme une compétence. Je me doute que certains en train de lire ce texte sont en train de s'offusquer et je les comprends. Mais qu'ils aillent faire un tour
chez Abercrombie & Fitch par exemple (puisque cette marque assume pleinement ses critères d'embauche), et qu'ils se demandent ce qui a guidé le choix de l'embauche du personnel. Alors bien sûr
il n'y a pas que ça dans la vie, on peut trouver plein de travail par ailleurs. Mais cela n'empeche que dans la masse des emplois disponibles, tous ceux qui sont basés sur le physique sont autant
d'opportunités offertes en plus à ceux et celles qui ont un physique agréable. Ceci peut jouer dès la sélection dans les filières d'études A notes égales, on préfèrera prendre l'étudiant(e) qui a
les meilleures appréciations (étudiante agréable, participe activement, etc). Les complexées auront ainsi moins de chance d'intégrer des filières sélectives. En outre, un(e) étudiant(e)
ouvert(e) socialement aura plus de chance de trouver rapidement un emploi et ainsi grossir les statistiques de placement des étudiants (et ainsi augmenter la qualité du diplome). A lire :
Armadieu J.-F. (2005),
Le poids des apparences: Beauté, amour et gloire, Odile Jacob.
Si vous vous dites qu'il vaut mieux être un garçon, rendez vous au prochain billet...
Il est clair que dans les sections où j'enseigne, il y a de jolies filles en L1 et les filles sont majoritaires.
En M1, ce n'est plus trop le cas. Parité et les filles qui restent ne sont pas les plus jolies.
J'enseigne la physique/chimie.
Je me suis également souvent posée cette question. Je ne suis pas sûre que ce soit réellement une question de physique, ou de discipline. Dans mon parcours j'ai croisé des étudiantes au physique "pas particulièrement agréable" mais sûres d'elles. Et je pense que c'est surtout cela qui importe. L'assurance, la confiance en soi, ça ne se décrète pas en quelques années de fac, d'autant plus dans les filières hautement compétitives. Ca se travaille, se construit. Certes, un déclic peut avoir lieu. La confiance en soi s'acquiert en partie à partir du moment où l'on sent avoir acquis la confiance et l'attention des autres. Des enseignants particulièrement, dans le cadre universitaire. Et les enseignants prêtent souvent plus facilement attention aux jolies filles qu'aux autres, qui se sentent ainsi plutôt transparentes !
J'ai un regard sur le problème bien différent maintenant, depuis que j'enseigne, qu'auparavant, alors que j'étais plutôt introvertie et peut être un peu transparente moi aussi !
:)
Voilà pour ma petite remarque.
A bientôt :)
Je croyais que les profs ayant un blog n'enseignaient que peu les sciences exactes.
Je suis agréablement surpris (je t'ai lu chez BBK).
Je n'ai rien à voir avec le monde de l'enseignement...
Mais dans l'industrie aussi, être vêtu correctement (je ne parle pas de beauté) est un atout, tant pour les hommes que pour les femmes. Quand on rencontre une personne débraillée, on a automatiquement une mauvaise opinion à son sujet et il faut longtemps pour faire disparaître cette impression (peut-être injustifiée).
Une autre chose dont tu n'as pas parlé (et qui est encore plus essentielle que la présentation), est la façon d'écrire. Une lettre mal rédigée (syntaxe, orthographe, langage SMS...) est rarement lue attentivement.
C'est d'ailleurs pour cela que je visite les blogs d'enseignants: question de probabilités de mauvaises rencontres!
Pour que tu puisses me situer, j'ai été indépendant dans un domaine assez "pointu" (l'optique diffractive) et y ai côtoyé des étudiants. À l'époque, la reconnaissance optique des formes, les HOE's, la NDT et autres hologrammes étaient des curiosités. Je ne désire pas être reconnu, c'est pourquoi je ne serai pas plus explicite.
Amitiés
P.S. Je t'ai mis en "RSS". J'espère que tu m'apprécieras, malgré mon grand âge!
http://www.hesed.info/article-19444284.html
cad ce qu'il se passe après la fac :-)
En même temps, passer les étapes d'un cursus en fac (ou autre) suppose des oraux (en sus de cete confiance en soi qu'on peut montrer/utiliser en cours/td) donc la présence du physique et de l'habitus.
Par ailleurs, dans notre civilisation qui valorise la sexiness des filles, et de plus en plus ces dernières années, ça tombe sous le sens que celles qui le peuvent et ont un cadre moral suffisamment élastique pour, s'en servent.
Ce qu'on peut regretter c'est justement que ça devienne une norme de fonctionnement pour elles et que donc ça clive un groupe (le groupe des femmes)avec la bénédiction du système social.
Et le jour où leur sexiness ne jouera plus...ces filles se prendront une monumentale claque.
Ce qui m'avait frappé (pour notre sujet) dans l'ouvrage de JF Amadieu, c'était l'exemple qu'il donnait au sujet de la bienveillance des enseignants en matière de notation vis-à-vis des jolies filles. En gros, on ne surnote pas forcément une jolie fille, mais on est beaucoup plus indulgent avec elle. L'étude sur laquelle il s'appuyait datait du début des années 1970 (je dis ça de tête), mais elle semble encore valable – en tout cas, elle m'a questionné sur mes propres pratiques, et j'essaie depuis lors d'être plus attentif...
Je m'étais demandé ce qu'il en était en ce qui concerne les garçons : la féminisation du corps enseignant a-t-elle eu une incidence en cette matière ? Les enseignantEs sont-elles aussi sensibles au charme de l'autre sexe que leurs collègues masculins, et, surtout, cette sensibilité se ressent-elle dans leur notation ? Les beaux garçons (qui se considèrent comme tels) mettent-ils en œuvre des processus de séduction de leurs enseignantEs ? Inversement, comment les enseignantEs considèrent-elles les jolies filles ? Leur apparence personnelle joue-t-elle un rôle (pour faire court : comment une enseignante au physique désavantageux percevra-t-elle une jolie fille ? Cette perception aura-t-elle une conséquence sur la notation ? La jolie fille mettra-t-elle en œuvre une stratégie différente pour obtenir ce qu'elle souhaite ?) ? Si des études existent sur ces questions, je suis tout ouïe ! ;-) Et je suis dans l'attente du prochain billet (comme d'habitude).
J'en vient à me poser une question. Y'a-t-il corélation entre pouvoir de la beauté et peur de vieillir. En effet, dans notre société, le vieillissement des femmes semblent plus porteur (au niveau marketing, publicitaire de produit permettant jeunesse retrouvée) que celui des hommes. En cela, le vieillissement diminue le capitale séduction. En écrivant cela, je donne l'impression que seule les femmes bénéficient de cet effet séduction. Il doit surement en être autant pour les hommes, mais ça semble moins marqué et surtout moins de réflexions y sont consacrées
++. Michel
J'ai envie de jeter un pavé dans votre douce mare: les femmes en Lettres et Sciences humaines sont les plus belles de notre campus
^^
Impressionnant.
Je n'ai pour ma part jamais entendu parler de tels comportements, même à l'égard de collègues séduisantes qui officient devant des classes masculines à 85%.
Reste que je n'ai pas entendu parler de tels évènements en fac de sciences non plus. Je vais me renseigner auprès des collègues féminines.
http://www.youtube.com/watch?v=cGiPS9F-Nyw
J'ai aussi constaté une différence dans le physique de mes camarades: pas ou peu de "moches" ni de "grosses" en master.
A mon avis, la raison vient du milieu social. Le milieu social d'origine influence le niveau d'étude.
Grâce au réseau des parents et amis, à l'éducation reçue, à la culture dans laquelle on grandit, on est plus ou moins encouragé à suivre de longues études, et on a plus ou moins de facilité pour les réussir.
C'est cliché, c'est schématisé, mais les études vont dans ce sens: quand on est pauvre... on mange moins bien, on grossit d'avantage (taux d'obésité plus fort dans les milieux défavorisés), on a une moins bonne santé, on ne va pas acheter les produits chers en pharmacie pour lutter contre l'acné (pauvre Laurie), etc.
Et en étant issu d'un milieu populaire, arriver dans un niveau d'étude élevé, on peut se sentir complexé face à ses camarades et on arrive alors dans votre analyse (les filles complexées vont moins loin).
Voici donc ma théorie: ce n'est pas la beauté en elle-même qui joue, mais le milieu social qui, entre autre, l'a favorisée.