Du piston pour monsieur le maire ?

Publié le par Mr le prof

Ce matin j'ai rendu publiques mes listes de sélection pour mon diplome. Une bonne chose de faite ! Vous croyez que cela s'arrete là ? Que nenni ! Voilà que va commencer la justification incessante des refus et des mails en réponse à la sempiternelle question : "Pourquoi je n'ai pas été pris(e) ?" Je réponds toujours de manière aussi détaillée que possible de manière à ce que le candidat refusé garde tout de même une bonne image du diplome et de l'institution et qu'éventuellement il continue d'en parler en bien autour de lui !

Parfois j'ai aussi des courriers des proches du candidat : pourquoi mon enfant n'a pas été pris ? mon neveu, la fille de ma secretaire, mon cousin, etc etc. Mais cet apres-midi j'ai eu droit à une première : pourquoi un de mes administrés n'a pas été sélectionné ! Oui vous avez bien lu, le maire d'un village me demande de lui rendre des comptes sur ma sélection car un habitant de son village n'a pas été sélectionné ! En l'occurence l'habitant est un étudiant de 20 ans.

Cela m'a tout de suite fait penser aux Poèmes saturniens de Verlaine, et bien entendu à "Monsieur Prudhomme", et n'hésitons pas à sauter sur l'occasion pour mettre un peu de poésie dans ce blog !

Il est grave : il est maire et père de famille
Son faux col engloutit son oreille. Ses yeux
Dans un rêve sans fin flottent incoucieux,
Et le printemps en fleurs sur ses pantoufles brille.

Que lui fait l'astre d'or, que lui fait la charmille
Où l'oiseau chante à l'ombre, et que lui font les cieux,
Et les prés verts et les gazons silencieux ?
Monsieur Prudhomme songe à marier sa fille


Avec monsieur Machin, un jeune homme cossu.
Il est juste-milieu, botaniste et pansu.
Quant aux faiseurs de vers, ces vauriens, ces maroufles,


Ces fainéants barbus, mal peignés, il les a
Plus en horreur que son éternel coryza,
Et le printemps en fleurs brille sur ses pantoufles

P. Verlaine, 1863

Je n'ai pas eu l'occasion de voir en vrai le maire qui m'a appelé, mais il était grave lui aussi. Mais pas dans tous les sens que Verlaine attribuait à cet adjectif. Il était grave comme gravement déconnecté des réalités de ce monde ! Et ses yeux probablement flottant insoucieux, dans un rêve sans fin où le maire est maître du monde...

Entendons nous bien, il ne s'agit pas du maire de la ville dans laquelle se trouve l'université, ce qui pourrait éventuellement me mettre dans une situation inconfortable, non il s'agit d'un maire d'un bled paumé je sais même plus où, d'un village d'une cinquantaine d'habitants.

Il est grave ! Le plus sérieusement du monde, ce monsieur m'appelle pour me dire de placer son administré dans la liste des sélectionnés. Je sens bien qu'il considère les enseignants comme M Prudhomme considère les "faiseurs de vers", comme des fainéants qui n'ont surement rien d'autre à faire que d'embêter les pauvres gens en faisant des listes d'admission alors qu'il serait bien plus simple de prendre tout le monde (le monsieur prudhomme étant croisé ici avec Peppone)...

J'ai donc essayé d'expliquer les critères de sélection, le fait que le nombre de place est limité, qu'il y a beaucoup de candidats... rien n'y a fait. Au bout de dix minutes d'explications il me dit : "Je comprends bien, mais je sais comment ça marche les classements, il y a les critères mais on fait quand même ce qu'on veut, donc vous mettez mon administré dans la liste..." Vous vous doutez bien que nous ne sommes pas parvenus à nous entendre. J'ai quand même réussi à raccrocher sans qu'il me promette de venir en personne pour me faire changer d'avis.

Quoiqu'il en soit, je me dis que si tous les gens qu'on élit à des fonctions dirigeantes se bougeaient autant pour leurs administrés que ce petit maire de campagne le monde aurait un autre visage... Pas forcément en mieux car cela se ferait au détriment de beaucoup de choses, mais ça fait réflechir !

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Geeko 18/07/2009 10:55

Je profite de ce billet pour vous féliciter pour vos billets, toujours agréables à lire, intéressants et instructifs :).

Mais aussi pour vous demander s'il serait possible de désactiver le menu "artificiel" qui apparait à l'écran lorsque l'on fait un "click droit" sur un lien. Lorsque je veux ouvrir un lien dans un nouvel onglet (dans Firefox, Safari ou Opera par exemple, bref des browsers modernes...), afin de lire ce lien après avoir fini la lecture de votre billet, ce menu idiot et inutile apparait et il m'est alors impossible d'ouvrir un nouvel onglet. On est donc obligé de quitter votre site pour aller consulter le lien, puis revenir vers votre site. Ce qui est bien dommage :(.

Mais encore une fois bravo pour votre blog :) !!

genevieve ghiselli 01/07/2009 19:01

n'y aurait'il pas un lien familial entre le maire et l'étudiant ?
peut être voulait il seulement présenter son futur gendre comme diplomé de l'université de ..... ça fait bien auprès des électeurs.....
c'est une hypothèse parmi d'autres

Mr le prof 08/07/2009 08:24


C'est ce que je me suis dit également, c'est d'ailleurs pour cela que j'ai pensé à Verlaine. S'il le faut, c'est également son père (ou oncle, etc) qui pense qu'intervenir en tant que maire c'est
plus efficace...


Le CPE 27/06/2009 08:26

Le piston au quotidien.
Un gars qui appelle comme cela, je ne suis pas sur qu'il fasse de la même pour tous ses administrés.
Ca m'horripile ce genre de conduite.

Cabon 26/06/2009 09:17

La culture du piston a encore de beaux jours devant elle.
Très joli poème de Verlaine au demeurant
MC

BBK.mel 25/06/2009 21:54

Et ce sont les mêmes qui vont ensuite se plaindre parce qu'il y a des passe-droits dans l'administration ! Et qui se vanteront d'avoir pu agir sur tel ou tel pour obtenir quelque chose. Le règne de "faites ce que je dis, mais surtout pas ce que je fais."