Le bac 2009 - Session 2

Publié le par Mr le prof

Aujourd'hui c'était le jour du second groupe d'épreuves, communément appelé repêchage. Le rôle du président est le même que lors du premier groupe d'épreuves. Les différences sont qu'il y a d'une part moins d'élèves (normalement) et d'autre part qu'on connait d'ores et déjà le lycée et les enseignants qui composent le jury.

J'arrive relativement de bonne heure (le jury étant en général à la fin de la demi journée) puisqu'il était 10h30 quand je suis entré dans le bâtiment. Des élèves attendaient leur tour, d'autres sortaient des épreuves. Contrairement au première groupe où l'on ne voit que des photos et des notes sur des livrets scolaires, les mélanie X, alexandre Y, pauline Z prenaient enfin une véritable dimension, et je suis un peu resté à observer ces élèves qui attendaient. Je m'étais habillé plutot décontracté aujourd'hui (pantalon en toile, chemise, baskets), donc aucun ne se doutait que j'étais le président de leur jury. Ce n'était pas du tout de l'observation dans le but de me faire un avis pour le jury, mais davantage d'essayer de me réconforter en me disant que tout cela n'a pas bien changé depuis que j'ai moi-même passé le bac, et que ce n'était pas si longtemps que cela...

Après cette séquence nostalgie, direction l'administration. Les secretaires sont sur le pied de guerre ! On récupère les notes à mesure qu'elles arrivent des enseignants. D'après ce que j'ai compris (mais à vérifier) un enseignant n'a pas le droit de recevoir plus de 13 élèves par demi-journée. Bien entendu il peut en avoir moins. Par exemple, une prof de philo n'en avait que deux. Donc une fois qu'elle a passé les deux, elle se rend à l'administration et donne ses notes. Et les secretaires saisissent donc ces notes dès qu'un enseignant a achevé les oraux pour la demi-journée. L'enseignant une fois terminé, doit attendre que tous les autres enseignants de son jury aient eux-mêmes terminé pour qu'on puisse imprimer les procès-verbaux et tenir le jury. Dans le cas de notre prof de philo ca peut correspondre à plusieurs heures d'attente puisqu'elle a du finir vers 9h30 et le jury a démarré vers 11h45. Donc direction la salle des profs.

Je rentre dans cette salle des profs ! On a pas de salle des profs à la fac ! Et quand j'étais lycéen je me demandais bien ce qu'il pouvait se passer comme interactions dans cette salle. Donc c'est pour moi un lieu mythique la salle des profs ! En fait, depuis que je suis président de jury, je n'étais jamais arrivé en avance, donc je ne m'étais jamais retrouvé à devoir attendre... donc je n'étais jamais allé en salle des profs ! Donc il y a des des tables, des chaises, ainsi qu'un coin "détente" avec des fauteuils un peu plus confortables même si vieillots (pour l'époque je dirai "fin René Coty - début Charles de Gaulle" pour citer P. Desproges). Je m'installe à une table qui doit probablement servir de table à déjeuner habituellement, il y a un prof de maths fort sympathique avec qui on discute un peu de sa façon d'enseigner les mathématiques, puis des différences de conditions entre l'université et le lycée. Autour de la table basse, l'ambiance est assez détendue d'ailleurs, les enseignants plaisantent sur les coquilles de la matinée :

"Il y en a un qui ne savait pas dans quelle ville étaient les twin towers !
- olala ! Moi une a été incapable de me parler de la V° république, au delà du bac, en tant que citoyenne, c'est une honte !"

Une fois qu'on a fait le tour de cela, on ressasse les "meilleures" histoires des années passées :

"Je me souviens d'une année, je surveillais le bac d'histoire-geo, ils avaient une carte à remplir, les Etats Unis. Ben pendant l'épreuve je me suis rendu compte que dans la salle, il y avait accroché au mur une carte des Etats-Unis !!!
- C'est dingue ! Je pense que de toutes manières, des problèmes il doit y en avoir, y compris dans les envois de copies, avec toutes ces copies, tous ces étudiants, il doit bien y en avoir qui se perdent !"


Puis ça parle des notations de la matinée, et je me rends compte d'une chose, c'est que ce que je dis parfois au sujet du comportement des étudiants dans leur rapport (de séduction) avec les enseignants se trouve déjà, dès le lycée pour les oraux du bac. Certains avouent qu'ils ont noté un peu large parce que l'étudiant(e) était sympathique, souriant(e), ou mignonne. Mais de manière générale, je me rends compte qu'au second groupe, ça note vraiment plus large.

"Elle avait eu 4 à l'écrit. Il a fallu que je le pousse un peu, que je l'aide, mais finalement elle y est arrivé ! Elle y a mis de la bonne volonté. Je lui ai mis 10 !
- Oui moi j'en ai eu une en candidat libre, elle s'était ramassée à l'écrit, à l'oral je lui ai mis 12, si ca peut l'aider à avoir le bac, c'est bien..."


Et nous attendons le prof d'anglais qui n'a toujours pas fini de passer les élèves, on est au complet, il ne manque que lui. Certains commencent à me demander si on peut pas commencer sans lui. Je leur explique que pour une raison qui m'échappe (mais qui doit surement trouver une justification dans un document administratif), il faut que toutes les notes soient saisies, qu'on les imprime, qu'on conduise le jury, et qu'ensuite on fasse éventuellement des modifications et qu'on re-imprime. Alors qu'effectivement, on pourrait tout faire de manière informelle dans un premier temps pour savoir s'il faut relever ou pas, et ensuite n'imprimer qu'une fois... L'éducation nationale et le développement durable, c'est pas encore pour demain, mais bon, c'est recyclable le papier ! Donc il faut attendre d'être au complet. Et finalement notre prof d'anglais arrive. Les secretaires filent imprimer pendant qu'on s'installe dans la salle de délibération. Il y a peu de dossiers à traiter (15). Les notes arrivent et avec elles les dossiers scolaires, les tampons encreurs, etc (voir le billet précédent pour la liste complète du kit complet du Président du Jury).

Ca démarre, la procédure est la même. Un secrétaire lit les notes (celles du premier groupe et celles obtenues le matin) ainsi que le nouveau nombre de point (sur 700) et éventuellement le nombre de point manquant encore. Je m'aperçois que les profs sont beaucoup plus enclins à relever les notes qu'en premier groupe. Premier étudiant, il manque plus de 20 points encore...

"Oh le pauvre, il était sympathique, il mériterait de l'avoir, il est passé avec moi ce matin, il est vraiment tout gentil !"

Un beau sourire ou une attitude sympathique pour avoir le bac ? Voilà le genre d'argument qui m'agace. Je comprends bien qu'ils sont tous gentils et tous mignons, surtout quand ils jouent une année en 20mn... mais si cela devait être le seul critère, ce serait pas la peine de faire des cours et des examens... Donc j'explique mon point de vue et je demande si l'un des deux enseignants veut encore ajouter 20 points ! Finalement la prof qui le trouvait gentil et qui était déjà passée de 4 à 9 (coef 3) se rend compte qu'il faut qu'elle lui mette au moins 16 pour qu'il ait son bac... Décidemment, il était gentil mais finalement pas assez ! L'élève est donc refusé. Je mets un coup de tampon et au suivant...

Le jury se passe rapidement, je signe et je tamponne à mesure... Bilan 8 admis 7 refusé. C'est pas trop mal, je pense que si je n'y étais pas allé et que j'avais été remplacé par ma gentille vice-présidente on aurait été plus près des 12 admis et 3 refusés. Je ne mets pas un point d'honneur à les refuser les pauvres, je les connais même pas. Mais un étudiant qui a remonté des points, à qui il en manque encore 20 ou 30... certes mois ça ne me coute rien de tamponner "admis" plutot que "refusé"... mais ce n'est pas ma vision des choses. Soit on fait disparaitre le bac et on sélectionne à la fac. Soit on garde le bac et on fait en sorte qu'il ait un minimum de valeur, ce qui signifie des refusés... Quoiqu'il en soit, si vous avez suivi les stats entre le premier et le deuxième groupe, je suis finalement, même en étant assez intransigeant, à 90% de réussite sur mon jury... Ca fait définitivement beaucoup, mais je quitte le lycée en me disant que j'ai fait mon travail et que j'ai eu raison d'y aller... Fin de cette parenthèse du bac et retour à la fac ! Les profs se disent tous bonnes vacances... Je ne croise pas un autre président, j'aurai pu lui dire "bon retour au boulot dans ton labo...".

Publié dans La fac et les profs

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sibelle 13/07/2009 00:13

un blog de prof! incroyable! je ne regrette pas d'avoir cliqué de ci de là ce soir pour decouvrir de nouveaux blogs et faire connaitre le mien! moi je n'ai pas mon bac... et j'en ferai quoi de toute façon? j'ai des "amis" qui se demandent s'ils vont poursuivre si de plus 3 ça passe à plus 5 comme entendu pour passer le capes... un peu moins de diplome un peu plus de pedagogie ça serait bien aussi... d'autant plus qu'à se niveau là il risque d'y avoir un sacré decalage entre les attentes du prof et la realité qui s'offre à lui, surtout s'il est muté en zone difficile, il risque de dechanter le pauvre, à moins que les salaires suivent?... bref! moi je suis vendeuse en pret à porter et le seul bac que je connaisse c'est le bac à linge! mdr! passez donc sur mon blog monsieur le prof ça me ferait plaisir, meme si nous sommes de deux mondes bien differents, on peut s'entendre virtuellement, qui sait? bisous!

Mr le prof 13/07/2009 07:48


Nous sommes tous du même monde. J'accepte avec plaisir l'invitation. Et longue vie à votre blog...


BBK.mel 12/07/2009 20:05

A trop "donner" le bac, on lui ôte son côté rituel de passage.

Mr le prof 12/07/2009 20:52


BBK, il pleut tant que ca au Kerala en cette période de mousson que vous venez vous perdre sur ce
blog pendant vos vacances ?


sdb 10/07/2009 16:10

ça a le mérite d'être précis sur la ligne principale.. Un instantané de ce qui se trouve derrière les murs.

Armand 10/07/2009 07:25

Cher Prof,
Donner des points fait plaisir à celui qui les reçoit, à sa famille et à ses amis. Mais cela contribue aussi à la dévaluation des diplômes, à la mauvaise réputation des écoles plus ou moins "laxistes" (et nuit donc à tous les étudiants plus brillants).
De plus, celui qui est accepté "limite" a de fortes chances de se faire éliminer en première année.
Dans l'industrie, les moins doués passent de toute façon à la trappe, après avoir coûté beaucoup d'argent à tout le monde. (Question subsidiaire: que coûte un étudiant en polytechnique au contribuable?)
Amitiés.

Mr le prof 10/07/2009 07:35


C'est tout à fait mon avis. Que ce soit le bac ou n'importe quel diplome universitaire, si on veut qu'il ait un minimum de valeur, il faut qu'il soit sélectif.

Pour ce que coute un étudiant, il faudrait peut etre envisager cela dans un rapport cout/benefice. Si par la suite, le diplomé représente une véritable valeur ajoutée pour la nation qui l'a
financé, cela ne me choque pas qu'il ait couté cher.