Lundi 20 juillet 2009 1 20 /07 /Juil /2009 20:50

Ce matin, j’ouvre mon courrier, il y avait mon bulletin de salaire du mois de juin dedans. Eh oui, j’ai beau dire que je suis un nostalgique du papier, pour me joindre c’est plus facile de m’envoyer un e-mail… ou alors un recommandé ! Quoiqu’il en soit, j’ouvre avec un peu de retard donc (l’enveloppe est datée du 07/07), mon bulletin de salaire, et là, surprise : un bonus de 2644,89 euros. Sur la même ligne à gauche : « Indemnités cours complémentaires ». Effectivement, cette année, une de mes collègues est partie en congé maternité, et comme nous avons quelques compétences communes, j’ai assuré une cinquantaine d’heures à sa place. Dans la colonne « à déduire » (les charges, impôts, etc.) : 0 ! Que de bonnes nouvelles donc ! 2644,89 euros brut qui se transforment en 2644.89 euros net. Je n’avais jamais autant fait d’heures supplémentaires (en général j’essaie d’harmoniser mon service sur le strict réglementaire), donc c’est la première fois que j’ai une telle rallonge dans mon salaire. Pourtant, cet argent, que j’ai honnêtement gagné me laisse un arrière-goût bizarre, le sentiment que quelque chose ne tourne pas très rond dans cette histoire !


Ce qu’on demande aux enseignant-chercheurs


Vous vous souvenez peut-être du billet que j’ai écrit il y a quelques temps sur l’évaluation des enseignant-chercheurs. J’essayais de résumer la situation actuelle dans laquelle nous a posé le gouvernement. Un organisme, l’AERES (Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur) est chargé d’évaluer les formations, les laboratoires, et les chercheurs. Vous avez sûrement entendu parler également de la fameuse LRU (Loi relative aux libertés et Responsabilités des Universités) et surtout de son décret d’application, appelé le décret Pécresse, qui a mis bien des universitaires dans la rue ce printemps, banderoles à la main. Tout ce « monde » (AERES, LRU, décret) pour ainsi dire ne fait qu’un pour poser les bases de l’évaluation des enseignant-chercheurs nouveau régime : un « bon » enseignant-chercheur est un chercheur qui publie dans des revues à comité de lecture. Un « bon » labo est un labo composé de bons enseignant-chercheurs, car dans cette logique, les universités doivent être classées sur leur performances, en fonction desquelles on leur attribuera des financement (système SYMPA – Système de répartition des Moyens à l’Activité et à la Performance - sur lequel je reviendrai un de ces quatre). En résumé, pour ceux qui auraient déjà mal à la tête, il faut que les enseignant-chercheurs publient ! Sinon ils verront la possibilité d’avoir des pressions de la part de leur président d’université voire de se faire gentiment sortir de leur labo, ou tout simplement on va leur couper toutes ressources pour bien faire leur travail (financement des recherches, remboursements des frais de congrès, etc etc), mais nous n’en sommes pas là.


Pour ma part, je me considère davantage chercheur qu’enseignant. Attention, je ne dis pas que je n’aime pas enseigner, mais mes deux cents heures me suffisent largement. Une journée en moyenne par semaine devant les étudiants, ça me convient très bien. La recherche, c’est pour cela que j’ai choisi cette voie. Je ne pense pas être un brillant chercheur, en tout cas je doute que mes travaux causent un jour une révolution scientifique mais je « produis ». J’écris des livres, des articles, je prêche la bonne parole dans des congrès, je fais partie d’une association de recherche dans laquelle je suis très investi. Vous vous en doutez, ça prend des heures, des jours, des mois. Ca « bouffe » tout, même les vacances. Tout ça pour ? Le plaisir ? La reconnaissance ? L’admiration des autres chercheurs (ou au moins leur respect) ? Un peu de tout ça c’est vrai. Mais sur les centaines d’heures que j’y ai passé cette année, je n’en ai pas retiré 2644,89 euros ! Si je regarde ce qui est valorisé par l’AERES : l’article dans la revue classée. Ce qu’on attend donc des chercheurs pour que la recherche Française arrive au sommet des classements faits par on ne sait pas trop qui mais qu’importe, si on veut donc que la recherche Française soit au firmament de la recherchem ondiale, il faut que chacun publie dans des revues classées.


Le processus d’évaluation des revues


J’ai donc « fait » (ou presque pour l’instant) mon travail, j’ai rédigé un article, ce qui m’a pris beaucoup de temps (des centaines d’heures si je prends en compte la recherche depuis son départ, de l’idée, à la rédaction, en passant par la collecte de données, les analyses, les recherches documentaires, etc). Je l’ai envoyé dans une revue de rang A (ce sont les meilleures aux yeux de l’AERES). Le papier est réceptionné par le rédacteur en chef qui décide si oui ou non il va le faire évaluer. Une fois sa décision prise, il l’envoie à quatre personnes (parfois deux ou trois suivant le niveau de la revue) qu’on appelles des lecteurs, ou relecteurs, ou reviewers. Ils ne savent pas qui je suis, le papier est anonyme (comme ce blog) et je ne sais pas qui ils sont. C’est ce qu’on appelle l’évaluation en double aveugle. Chacun de ces lecteurs à le choix entre accepter, refuser ou demander des modifications plus ou moins lourdes (on parle de majeures et mineures). Le rédacteur en chef compile les avis pour donner une réponse à l’auteur :
4 lecteurs acceptent =  papier accepté (dans une revue de rang A, cela est quasi impossible)
1 refuse, 1 modif majeure, 2 modifs mineures : modifications majeures demandées
Etc, vous voyez le nombre de possibilités…


Donc je reçois l’avis qui me demande des modifications majeures. Je repars sur une refonte complète du papier. Et je renvoie. C’est ce qu’on appelle le deuxième tour. Le processus est le même, je ne sais pas qui sont les lecteurs (mais ce sont les même qu’en premier tour) et eux ne savent pas qui je suis (en théorie car une recherche google sur les thèmes de la recherche laisse peu d’alternatives). De nouveau, je reçois un avis quelques semaines après : deux majeures, deux mineures… Modifications majeures demandées donc… Je m’inquiète pas, pour une revue de rang A on peut aller parfois à 5 aller-retours.


Actuellement j’en suis donc à la troisième version. On verra bien (je vous dirais) comment ça va finir. Mais que le papier soit finalement publié ou pas, j’aurai combien à l’arrivée pour tout ce temps passé ? 0euros. Rien. Pas un rond ! Je ne suis pas en train de me plaindre, j'aime ce que je fais. Je constate juste un fait.


L’incohérence


Je dépanne une collègue une cinquantaine d’heures : 2644,89 euros ! On demande donc aux chercheurs de publier, mais s’ils ne le font pas et qu’ils donnent des heures supplémentaires, on les paie. Et pas qu’un peu ! Il y a des plafonds, mais je ne vois même pas comment on peut les atteindre, j’ai une collègue qui donne 300 heures supplémentaires ! Comptez bien, ça fait environ 18 000 euros par an. Alors bien entendu, elle les a fait ces heures, il faut bien les lui payer. Et je comprends bien que j'ai déjà un salaire qui me paie pour ma recherche. Je ne mets pas du tout cela en cause, j'ai des heures de cours à faire, j'ai de la recherche à faire. J'ai un salaire pour tout cela et la publication d'articles fait partie de mon travail.

Mais ce qui est assez dingue, c’est qu'alors que l'on pousse, par la pression les chercheurs à faire de la recherche, on les incite à faire des heures de cours supplémentaires de manière assez motivante. Comment ?


Notre gouvernement qui est prêt à nous mettre la pression d’un côté si jamais les publications ne sont pas faites, a tout mis en place à mon avis (en tout cas de ce que j’en vois) pour inciter les enseignant-chercheurs à faire plutôt des heures de cours supplémentaires. Je m’explique. Il y a deux ans (laissez la date en commentaire si vous la connaissez), notre cher Président a défiscalisé les heures supplémentaires. Du coup, cet argent est net d’impôt ! Donc vraiment, chaque heure supplémentaire (60eu brut à la fac) est très intéressante financièrement. Mais ce n’est pas tout ! En faisant des heures supplémentaires, on cotise pour la retraite ! Cela veut dire quoi ? Qu’un enseignant-chercheur qui ne fait pas de recherche, et qui fait des heures supplémentaires, aura une retraite plus élevée qu’un enseignant-chercheur qui publie et qui n’a pas le temps de faire des heures supplémentaires !



Finalement, quand on vous dit qu'il faut avoir la vocation pour faire de la recherche, il faut le croire !

 

Par Mr le prof - Publié dans : La recherche
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Commentaires

Et c'est pas prêt de s'arrêter...
V. Pécresse déclarait récemment qu'elle se plaçait plus dans une logique d'heures supplémentaires que de création de postes (doux euphémisme).
Moralité, plus d'enseignements, moins de recherche, moins de publications et donc moins de crédits pour les labos... (et certains politiques qui pourront dire « regardez, ils bossent pas : ils publient pas »)
Commentaire n°1 posté par kelux le 20/07/2009 à 22h23
c'est exactement cela j'ai l'impression
Réponse de Mr le prof le 21/07/2009 à 09h52
Cher Prof,
Je crois que la recherche appliquée (j'ignore ton domaine) est tributaire d'autres critères que dans l'industrie: Il s'y trouve la notion de "rentabilité" immédiate.
Je parlerai d'un ami en Chine: Il avait mis au point une microfiche holographique qui permettait de s'affranchir de la précision des positionnements et de la lentille de projection.
Ses recherches, une fois abouties, ont été "tuées dans l'oeuf" car, pendant ses travaux, le CD avait été inventé...
Cela n'aurait pas joué dans les laboratoires d'une université où le facteur temps est plus relatif!
Amitiés
Commentaire n°2 posté par Armand le 21/07/2009 à 08h32
Bien évidemment que c'est différent. Je ne parlais pas au niveau du labo. Un labo, c'est avant tout un ensemble de personnes. Si individuellement les personnes sont incitées à faire autre chose que de la recherche, cela ne peut pas fonctionner.
Réponse de Mr le prof le 21/07/2009 à 09h53
La modulation des services, contractualisée avec le président de l'université (ou ses représentants, lesquels d'ailleurs ?), n'a-t-elle pas précisément pour objectif de supprimer toute heure complémentaire payée ? Cet objectif est-il réellement abandonné avec la « réécriture » des décrets sur les services des enseignants-chercheurs ? Sans doute, non ! Puisque la seule innovation notoire est la possibilité de refuser individuellement cette modulation. Possibilité combien illusoire, si l'on veut un tant soit peu progresser dans la « carrière », et ne pas se mettre à dos les collègues ou saborder certains cursus auxquels on tient (particulièrement les masters, toujours plus ou moins sur la sellette dans les universités non programmées pour devenir des centres d'excellence).
Commentaire n°3 posté par Yves Madiran le 21/07/2009 à 09h22
La modulation de service est injuste, enfin telle qu'elle a été proposée dans le décret. C'est ce que je disais, on cherche à remettre les choses dans "l'ordre" sous la pression. Il faut bien comprendre que certains chercheurs (voir mon billet sur l'évaluation des enseignant-chercheurs), sont dans des disciplines, ou des universités, où il est très compliqué de publier dans des revues classées. Ce n'est pas pour autant qu'il ne font pas de recherche. Ils en font, sont très investi, ca leur prend tout leur temps également, mais pas de revues classées... Donc pour l'AERES, ca ne compte pas. Donc selon le décret, tant pis pour eux, ils feront + d'enseignement et seront payé pareil...

Ensuite vous avez raison sur les pressions subies d'un point de vue carrière, surtout avec l'autonomie des universités.

Mais au delà de tout ca, le billet traite d'un systeme incitatif pour amener les gens à faire des heures de cours supplémentaires plutot que de la recherche. Et ça je trouve que c'est dommage. Je comprends bien l'intéret si on se place uniquement dans l'enseignement. Si on défiscalise les heures faites sur place, on a moins de chance de voir les enseignants partir à la concurrence pour aller chercher quelques heures mieux payées (écoles consulaires, privées, grandes écoles, etc.). Mais du point de vue de la recherche, c'est vraiment contreproductif.
Réponse de Mr le prof le 21/07/2009 à 10h03
Bien entendu, on ne peut qu'être d'accord avec vos analyses. Pour la recherche,les langues, littératures et civilisations étrangères, notamment, ne risquent pas d'être bien évaluées par l'AERES. Surtout dans les langues minoritaires (d'un point de vue français !)où les évaluateurs nommés ne sont pas compétents. Et où les possibilités de publication sont restreintes. Il ne faut pas oublier non plus, dans les obstacles à la recherche, les mille et une tracasseries des tâches administratives (dont vous avez peut-être déjà parlé, je ne découvre votre blog que récemment) qui ne risquent pas de décroître... Mais, l'analyse étant une chose, reste la question essentielle : « que faire ? ». Recommencer comme au dernier semestre semble exclu, et un nombre significatif de mandarins bien placés dans la gouvernance ont déjà vu, semble-t-il, tous les avantages qu'ils vont pouvoir ou qu'ils peuvent déjà retirer du système qui se met en place à toute vitesse...
Commentaire n°4 posté par Yves Madiran le 21/07/2009 à 10h28

Je vous souhaite la bienvenue alors !

J'ai effectivement commencé à aborder les tâches administratives, vous trouverez le billet ici :
Si le dossier m'était compté...

Je ne suis pas politicien, et ce que je vais dire doit surement être naïf, mais il me semble que si on incite financièrement les gens à choisir l'enseignement plutot que la recherche, on pourrait utiliser ce même argent (défiscalisation, cotisation retraite des heures sup) pour inciter les activités de recherche qui vont au-delà de ce qui est demandé par l'AERES. Je pense à mes collègues du privé qui ont une somme fixe par publication selon qu'elle est classée A, B ou C. Mais comme vous le dites, cela devrait d'abord passer par une évaluation claire de ce qui est attendu de chaque chercheur selon sa discipline et le contexte de son labo. Et là, je pense qu'on est pas arrivé...


Il est évident que les heures de cours sont très simples à controler : soit l'enseignant est devant les étudiants, soit il n'y est pas... et ensuite il n'y a qu'à compter les heures.


Pour le chercheur, le résultat n'a rien à voir avec l'investissement. On peut passer des centaines d'heures à faire de la recherche sans pour autant réussir à publier. Ceci la rend très complexe à évaluer. Car si on paie au temps et non au résultat, on court également le risque que tout un tas de personnes disent : moi je fais de la recherche mais je n'ai hélas pas de résultat... alors qu'ils n'ont rien fait. Du coup on pourrait controler les soumissions plutot que les publications, prendre en compte les congrès s'ils sont sélectifs, les ouvrages (de recherche, en tout cas pas les manuels pédagogiques). Mais tout ceci poserait encore et toujours le problème du controle : qui lirait tous les papiers soumis pour savoir si le chercheur travaille effectivement ? Les mieux placées seraient les revues elles mêmes, mais ce n'est absolument pas leur rôle. Je trouve qu'on les a déjà bien détournées de leur but premier en les classant et en utilisant les publication comme indicateur de performance des chercheurs et des labos.

Réponse de Mr le prof le 21/07/2009 à 10h49
Le problème est qu'apparemment, on ne nous demande pas notre avis. Sans être un politicien, vos idées (comme toutes les idées qui recherchent une concrétisation) sont éminemment politiques, n'est-ce pas ? Mais où trouverait-on l'espace, dans notre société et plus encore à l'université, propre à la mise en œuvre de ces idées ? N'y a-t-il pas d'ailleurs une sorte de perversité dans le système social actuel : « discutez, bonnes gens, sur vos blogs ; nous, on s'occupe du reste... » Bon, mais je caricature, sans doute... Et une noosphère, c'est mieux que rien...
Commentaire n°5 posté par Yves Madiran le 21/07/2009 à 11h03
Comme on dit : vous prêchez un convaincu. Je suis absolument d'accord sur la place du blog qui à moins d'avoir une audience extraordinaire (ce qui n'est pas le cas du mien) ne reste qu'un espace d'échanges d'idées et d'épanchement pour beaucoup. C'est bien pour cette raison que j'ai choisi de ne pas en faire le lieu d'un discours engagé. Sauvons la recherche, sauvons l'université, université en lutte, sont déjà là et je pense que créer des blogs engagés par ailleurs ne ferait que disséminer l'effort de lutte qui se doit d'être concentré. C'est juste qu'hier quand j'ai ouvert mon bulletin de salaire, j'ai eu envie d'en faire un billet toujours dans la volonté pédagogique d'expliquer aux gens comment se passe la vie d'un universitaire, plutot que de lancer un débat. Mais bon, on est à la frontière ici.
Réponse de Mr le prof le 21/07/2009 à 11h39
J'ai rarement reçu des articles à "review-ver" anonyme.
Il y a toujours le nom des auteurs même pour les revues de catégorie A.
Commentaire n°6 posté par Fab le 21/07/2009 à 11h04
Ah tiens, c'est bien la premiere fois que j'entends ça. Dans ma discipline, mais également dans toutes les disciplines où j'ai des amis (et ça en fait pas mal) le processus de reviewing est en double aveugle, même pour les petites revues non classées ou les congrès. Seul le rédacteur en chef connait l'indentité de l'auteur et des lecteurs. La premiere page qui contient les coordonnées de l'auteur est supprimée, et il est demandé à l'auteur de ne pas faire référence à ses travaux dans le corps du texte ou dans la bibliographie (ce qui ne va pas toujours dans le sens de l'anonymat si l'auteur en question est une référence dans la discipline concernée, l'absence de ses travaux en bibliographie suffit à l'identifier !). Quant à l'auteur il recoit les commentaires de "Lecteur 1", "lecteur 2", etc sans aucune autre indication sur leur identité.
Réponse de Mr le prof le 21/07/2009 à 11h43
Pour l'histoire du 0 euro, tu aurai même pu aller plus loin. :)
Une fois publié, tu ne recois bien sur aucun salaire. Les "relecteurs" dont tu parles non plus. Par contre, tu perds tes droits, et la revue se vend chère. C'est même parfois tu qui achète ton article, que tu as fait gratuitement. Les éditeurs sont à mon avis les plus gros profiteurs du système.
Commentaire n°7 posté par tartiflette le 21/07/2009 à 11h40
Alors sur le premier point, je ne parle pas du salaire car, normalement l'enseignant-chercheur est payé pour faire de la recherche. Donc quelque part, je trouve normal de publier et de ne pas être payé, puisque je suis payé tous les mois, alors que je ne donne qu'une journée de cours par semaine en moyenne. Donc mon salaire comprend la préparation des cours et la recherche. En revanche, ce que je critique, c'est l'incitation à faire plutot des heures de cours plutot que de la recherche, alors que soit-disant le ministère veut qu'on produise plus d'articles dans des revues classées.

Pour le deuxième point, je ne peux pas parler en général, mais ce n'est pas vrai partout. Par exemple, je fais partie du comité de rédaction d'une revue de Rang A (AERES). Cette revue n'est pas bénéficiaire. Certes elle vend des numéros aux bibliothèques et à des chercheurs abonnés, des article à l'unité dans des bases de données, mais s'il n'y avait pas les cotisations d'une association à coté pour injecter, ainsi que des subventions du CNRS, cette revue serait un gouffre financier. Alors surement que d'autres revues sont très bénéficiaires, mais il faut faire attention à ne pas généraliser.
Réponse de Mr le prof le 21/07/2009 à 11h56
Dans mon domaine, ce n'est pas le cas. Nous avons clairement les coordonnées des auteurs ce qui je trouve n'est pas normal.
J'en discutais récemment avec un collègue qui travaille en Angleterre et on trouvait ça révoltant car on est persuadé d'avoir eu des articles rejetés de la part de "concurrents".
Commentaire n°8 posté par Fab le 21/07/2009 à 11h51
Sans indiscretion, se serait possible de donner le nom d'une revue de rang A dont le processus d'évaluation n'est pas anonyme ?
Réponse de Mr le prof le 21/07/2009 à 12h03
Les exemples qui me viennent en tête sont des revues de l'ACS. J'ai récemment eu un Langmuir à "review-ver" avec les noms des auteurs. J'ai aussi été contacté par un collègue en train de relire un de mes articles pour que je lui apporte directement une précision sur mon article.

En fait, je penser que c'était la norme jusqu'à aujourd'hui !!!
Commentaire n°9 posté par Fab le 21/07/2009 à 13h46

Je savais qu'il existait un systeme différent du "double aveugle" mais je ne pensais pas qu'il était aussi répandu. En fait je ne pense pas que le système double aveugle (auteur anonyme + lecteurs anonymes) soit fondamentalement meilleur. Ce système est d'ailleurs une quasi-supercherie tant il est facile pour tout lecteur de savoir qui est l'auteur pour peu que celui-ci ait déjà travaillé sur le thème. Souvent le papier envoyé à une revue a déjà été présenté en congrès ou déposé en cahier de recherche. Une simple recherche google suffit parfois à lever l'anonymat...


Je n'arrive pas à retrouver le lien, mais je me souviens d'une étude qui avait comparé les systèmes suivants :
- double aveugle
- auteur identifié, lecteurs anonymes
- auteur anonyme, lecteurs identifiés.

De mémoire, mais à vérifier, c'était le 3e système le meilleur, c'est celui qui entrainait les appréciations les plus constructives et surtout contenant le plus de justifications. Pour avoir été relu des dizaines de fois, et j'imagine que beaucoup de lecteurs de ce blog aussi, quand les relecteurs sont anonymes on a parfois des rapports très laconiques, qui refusent votre article sans aucune justification. Parfois on se demande même si le lecteur a lu le papier tellement il peut y avoir des contradictions entre le texte envoyé et le rapport.

Réponse de Mr le prof le 22/07/2009 à 17h52
Puisque la discussion dévie, légèrement, sur les revues, j'en profite.
Est-ce que quelqu'un sait s'il existe(ra) des listes de revues pour d'autres disciplines que celles en SHS, STAPS, droit, éco ou gestion ?
En regardant sur le site de l'AERES je ne trouve que celles-là...
Commentaire n°10 posté par kelux le 21/07/2009 à 21h31
En général les associations de recherche donnent souvent les listes de liens vers toutes les revues importantes d'une discipline. Sinon les "grandes" bases de données (EBSCO, PROQUEST, Sciencedirect, etc) donnent l'accès à toutes les revues (en revanche l'accès full text aux articles est payant, mais souvent votre bibliothèque est abonnée sans que vous le sachiez, renseignez vous).
Réponse de Mr le prof le 22/07/2009 à 17h56
Bonjour,
votre blog est trés instructif, j'ai récemment refusé de poursuivre en doctorat, en partie pour ces raisons... la passion n'etait pas assez forte!!! je suis admiratif de votre acharnement et de la passion que vous portez à votre domaine de connaisance...
Etes vous, vous meme reviewer?

bonne continuation

cobor
Commentaire n°11 posté par cobor le 21/07/2009 à 21h59
Je suis reviewer. De manière "titulaire" dans une revue de rang A, ainsi que dans quelques congrès, et de manière ad'hoc sur d'autres revues ou congrès lorsque le thème correspond à mon domaine de recherche et que le rédacteur en chef me connait...
Réponse de Mr le prof le 22/07/2009 à 17h57
Je connais des universites canadiennes qui remunerent la classe A: 2000 dollars. Je connais des universites polonaises qui ont des baremes tres precis sur chacune des revues et attribuent les fonds de recherche en fonction de vos publications et de ce bareme.

Deux autres choses a dire: la recherche c'est drole, passionnant et desinteresse.

Faire un peu plus d'enseignement -pas 300 heures sup tout de meme- n'a jamais nui a la recherche.
Commentaire n°12 posté par Georges Henry le 21/07/2009 à 22h19
Je pense que ce sont des initiatives intéressantes.

Encore une fois, je ne dis pas qu'il ne faut pas faire d'enseignement. Y compris des heures sup, car souvent il faut bien mettre "la main à la pâte" pour dépanner : congé maternité, départ en retraite, mutation, groupe de TD supplémentaire qui s'ouvre sous l'augmentation imprévue de l'effectif, etc. Ce que je critique, c'est juste qu'on rend plus motivant le fait de faire des heures supplémentaire plutot que de la recherche supplémentaire ! Ce qui est quand même en totale contradiction avec les voeux (affichés publiquement je précise, car finalement le véritable objectif, on le connait pas trop) du ministère.
Réponse de Mr le prof le 22/07/2009 à 18h00
Blogs are so interactive where we get lots of informative on any topics nice job keep it up !!
Commentaire n°13 posté par dissertations le 22/07/2009 à 17h05
Thank you for your support and interest in my blog.
Réponse de Mr le prof le 22/07/2009 à 18h04
Je veux bien croire que le système "auteur anonyme et lecteurs identifiés" soit le plus efficace.
C'est tellement facile de se cacher sous l'anonymat (cf internet et les forum) et de descendre en flamme une publi survolée (publi refusée dans une revue à 1.5 par 1 reviewer et acceptée dans une à 5 par 3 reviewers sans modification majeure...)
Commentaire n°14 posté par Fab le 22/07/2009 à 18h05
Leur sadisme va encore plus loin. On pousse les gens à faire des heures sup, à se désinvestir de la recherche, et une fois que les gens n'ont plus de résultats probants en recherche (parce que c'est une lutte de tous les instants de s'en sortir en recherche), on leur dit, tss tss, vous pouvez bien faire des heures sups mais on ne vous les payera plus
Commentaire n°15 posté par maitre de conf lambda le 22/07/2009 à 18h18
le système des heures supp est uniquement consacré aux heures d'enseignement ? comment fonctionnent les "35h" pour un chercheur ?
j'ai passé six semaines dans un stage à l'Agro de Paris en Nutri, mon chercheur responsable n'était que chercheur, mais faisait des journées très longues, entre autres pour la préparation d'un séminaire d'été. quid des heures passées dessus?
Commentaire n°16 posté par luc le 23/07/2009 à 01h43
C'est tout le probleme de l'évaluation des enseignant-chercheurs. La présence en cours est facilement comptabilisée et sur une année il y a un nombre fixe à faire à équivalent td : 192h/an pour un maitre de conférences, 128/an pour un professeur des universités. Donc, si l'on compte 35h semaine, ces heures de cours ne représentent qu'environ 5 semaines et demi pour un maitre de conférences et 3,5. Sachant que dans une année il y a 52 semaines, auxquelles on enlève les congés, il reste pas mal de temps. Ce temps est supposé être réparti entre la préparation de cours et la recherche. Si on considère le travail d'enseignement de l'enseignant chercheur comme un transfert de connaissance, la recherche et la préparation des cours sont deux choses très complémentaires (en théorie car en pratique on donne des cours en dehors de son domaine de recherche). Donc, quoiqu'il en soit, l'activité de recherche est rémunérée. Le problème, c'est que contrairement aux heures d'enseignement qui sont facilement controlable, on ne peut pas savoir combien d'heures par semaine un chercheur fait de la recherche. Du coup, on lui demande de la performance, peu importe combien de temps il a passé, mais sur 4 ans on lui demande de publier X articles dans des revues classées (le chiffre X change selon les disciplines).
Réponse de Mr le prof le 23/07/2009 à 07h19
Je suis bien d'accord avec le thème central du billet. Je voulais juste faire remarquer : vous avez effectué 1/3 de service supplémentaire, et on vous a payé... 1 mois de salaire.

Et si vous n'avez pas payé de charges salariales, il est probable que l'Université n'a pas payé de charges patronales non plus. Donc le coût pour l'employeur est proche de la moitié de ce qu'il aurait payé la collègue que vous remplaciez pendant un mois. 1/24e du coût annuel pour 1/3 du travail, on comprends mieux que le Ministère aime bien les heures supplémentaires (même rémunérées).
Commentaire n°17 posté par N. Holzschuch le 23/07/2009 à 11h58
En ce qui concerne le reviewing anonyme:
En informatique, la majorité des publications se font en compte-rendus ("proceedings") de conférences à comité de lecture, les journaux étant en général très lents (j'ai un papier en souffrance depuis 4 ans). Il existe des classements officieux des conférences et revues, mais à ma connaissance l'AERES n'a pas de classement des conférences et revues d'informatique.

Je suis fréquemment sollicité pour être évaluateur pour des conférences et revues de "rang A" (dans les dits classements officieux), et c'est rarissime que les articles soient anonymes.

L'anonymisation des articles n'est pas facile. Fréquemment, les travaux portent sur l'amélioration d'une technique ou d'un logiciel déjà développée par les mêmes auteurs. Leur expression va reprendre les mêmes notations. On voit mal comment leur auteur ne serait pas identifiable même si ses auto-citations sont "blinded for blind review".

Le seul intérêt que je verrais au "blind review" est d'éviter que les comités éditoriaux ne se laissent abuser par une "grande signature" (qui souvent ne fait que signer un article écrit par des étudiants). Or, une fois où l'on m'a fait comprendre qu'on ne pouvait décemment pas jeter un travail d'un "ponte", la pression venait du chef du comité éditorial... qui de toute façon, même en "blind review", connaîtrait l'auteur.

La dernière fois que j'ai abordé le sujet avec Benjamin Pierce, il trouvait que le blind review posait plus de problèmes qu'il n'en résolvait.
Commentaire n°18 posté par DM le 24/07/2009 à 20h01
Bonjour,
J'aimerais ajouter une petite précision qui me semble importante quant au fait de privilégier l'enseignement en termes financiers. Il est évident qu'à court terme délaisser sa recherche pour faire des heures supplémentaires (à grand volume) est comptablement parlant intéressant. Cependant, ces personnes ont a priori assez peu de chances d'évoluer en terme de carrière notamment en passant PR. Ils fonct donc le choix initial de ne pas viser de poste de PR et de compenser (voire plus) en faisant des heures sup.
Néanmoins, il me semble anormal qu'on puisse faire moins de la moitié de sa recherche tout en continuant à percevoir la moitié de son salaire consacré à cette activité.
Merci pour ce blog que je trouve bien fait.
Commentaire n°19 posté par Doctorant en fin de cycle le 19/08/2009 à 10h36
Oui et non.

Oui si vous vous lancez dans les heures supp dès votre recrutement, mais c'est rarement le cas à moins qu'on vous y "oblige". En général quand on démarre la carrière on capitalise sur la thèse et on essaie de publier un maximum en vue de passer PR le plus rapidement possible. Si on ne le fait pas et qu'on choisit d'entrée les heures supp, effectivement peu de chance de passer PR, mais financièrement parlant, je connais des MCF qui avec les heures supp gagnent beaucoup plus qu'un PR classe exceptionnelle qui ne ferait que son service. Donc...

Non car dans mes collègues il y a donc des gens qui sont passés PR très rapidement (entre 30 et 35 ans) et qui une fois PR se lancent dans les heures complémentaires au détriment de la recherche car ils estiment avoir déjà donné
Réponse de Mr le prof le 20/08/2009 à 09h53
blog is quite informative and interesting for readers. Good Job
Commentaire n°20 posté par UK Essay Help le 08/09/2009 à 16h38
La dernière possibilité évoquée, c.a.d. un PR2 qui ne voit pas de perspective de passer PR1 et voit qu'avec la PEDR transformée en PES et un dossier moyen++, il n'y a plus aucune chance, a tout intérêt financier à faire un max d'heures sup.

Chez nous il est moralement établi et accepté qu'un PR doit avoir une responsabilité importante de structure "non rémunérée", côté recherche, enseignement, formation continue... un PR qui se défilerait serait l'objet de regards de travers en permanence, en particulier des jeunes MC qui trouveraient que la fiche de paie n'est pas méritée et le feraient sentir.
Commentaire n°21 posté par Marc le 16/10/2009 à 21h53
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Commentaire n°22 posté par Online Degree le 07/02/2011 à 13h43
Je tiens à ajouter que j'aime la forme de plaque du livre d'or que c'est la meilleure forme la plaque de partager les sentiments.
Commentaire n°23 posté par Online Directory listing le 29/10/2011 à 13h19

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