Big Teacher is Watching You !

Publié le par Mr le prof

Comme vous l'avez peut-être lu ces derniers jours, une femme s'est fait renvoyer de son emploi pour avoir insulté son patron et expliqué que son emploi ne lui plaisait pas du tout, le tout sur son statut Facebook. Le patron en question - étant son "ami" sur Facebook,- met donc en commentaire de son statut qu'elle est renvoyée... (je résume). Beaucoup d'internautes ont mis en doute la véracité de cette affaire et je ne donnerai pas mon avis puisque ceci ne concerne pas l'université. En revanche, cela me donne l'occasion d'aborder ce point particulier de la relation entre les étudiants et les enseignants dès lors qu'elle se fait par le moyen d'un dispositif informatique (au sens large). J'ai déjà abordé le fait que les étudiantes étaient beaucoup moins inhibées dès lors qu'elles s'adressaient à moi par le courrier électronique, mais j'aimerai profiter de l'actualité pour revenir sur les réseaux sociaux.


Je suis moi-même, en tant que personne identifiée et non sous l'anonymat de "M le Prof", dans la liste des "amis" d'un bon nombre de mes étudiants actuels ou anciens et il est clair qu'au bout d'un certains temps les étudiants "oublient" que je suis leur "ami" puisque pour ma part je ne leur donne pas l'accès à mes statuts. Donc vu qu'ils ne me voient pas... ils n'y pensent pas. C'est pour cela que moi aussi, je suis parfois témoin de "Sophie pense qu'elle devrait abandonner son année" ou "Julien en a marre de ces partiels inutiles", etc. Je n'ai jamais vu de statut insultant pour l'instant, mais dans tous les cas je me garde bien de réagir. Le jour où je le ferai, ça rappellera aux étudiants que je suis un spectateur autorisé et ils pourraient me censurer. Or quand même Facebook, en ce qui me concerne, c'est un très bon indicateur de l'ambiance d'une promotion via les statuts justement et les réactions que les étudiants font aux statuts des autres. On voit qui est proche, les clans, les tensions, les profs et les matières qui passent bien, ceux qui passent moins bien, etc. Tout cela pour dire que l'histoire de la fille qui s'est fait licencier, même si elle est fausse, est quand même crédible et que je conçois aisément que cela puisse arriver.


Là où les choses prennent une autre tournure, c'est lors de soutenances, quand les étudiants ont un oral à faire et que pour X raisons leur ordinateur ne fonctionne pas ou qu'ils n'en ont tout simplement pas, ou qu'ils ne m'ont pas rendu leur rapport, etc. Dans tous ces cas, je me retrouve à introduire la clé USB d'un(e) étudiant(e) dans mon ordinateur portable. Comme mon explorateur par défaut se lance en mode miniature, s'il y a la moindre photo sur la clé, elle apparaît sur mon écran. Et cette année j'étais en soutenance, une jeune fille me tend sa clé pour que je récupère le fichier pdf de son travail, l'explorateur s'ouvre et... une jolie série de photos du type "je fais mon book des fois que je rate mes études", mais habillée sur toute les photos donc pas de problèmes. Mais quand même ! Je trouve que les étudiants ne sont pas très prudents avec les informations qu'ils laissent sur ces clés et qu'ils déposent dans mon pc et du coup j'imagine dans d'autres (j'ai un bon antivirus, car à tremper comme ça leur clé dans n'importe quel port...).


Mais le pire moment de solitude que j'ai eu avec ce type d'événement s'est passé en janvier 2008. C'était un matin dans une salle assez mal équipée. J'avais récupéré un video projecteur portable et j'avais mon ordinateur. C'était une promo assez petite, des M2, une vingtaine d'étudiants environ. Je démarre mon cours et au bout de trente minutes mon ordinateur s'éteint et ne s'est plus jamais rallumé... L'alimentation morte, rien à faire sur le moment. J'étais assez embêté car durant l'année (contrairement aux vacances), je suis zéro papier. Donc je n'avais vraiment rien à leur montrer et la salle était équipée d'un tableau noir avec craie. Et ça il faudra que je fasse un billet là dessus un jour, mais j'ai horreur de la craie, je ne supporte pas ça, hors de question que je l'utilise. Heureusement en M2 beaucoup d'étudiants ont des ordinateurs, je demande donc si l'un d'entre eux aurait l'amabilité de me prêter le sien le temps du cours (j'avais moi aussi ma présentation sur une clé).

Une charmante étudiante me dit qu'elle peut me prêter le sien. Très bien. Je le prends. Je le mets face à moi sur mon bureau. Je l'allume, et là, en fond d'écran, une photo de la demoiselle en maillot de bain très mini, dans une pose assez provocante. Je précise que l'ordinateur n'est pas branché sur le video projecteur, il n'y a que moi qui vois le fond d'écran. Je la regarde, elle me regarde avec un petit sourire, l'air de rien... Je me demande à ce moment là si elle l'a fait juste pour que moi je le vois, ou espérait-elle que je le branche d'entrée au video projecteur et que ce soit la surprise pour tout le monde au moment où l'ordinateur s'allume... Finalement, j'ai mis ma clé dans son port et j'ai lancé ma présentation en plein écran. Ensuite, j'ai branché le video projecteur, donc du coup personne n'a rien vu. C'est resté entre nous et ni elle ni moi n'en avons parlé à la fin du cours quand je lui ai rendu son pc. Consciente de ce qu'elle faisait ou pas ? De manière intentionnelle ou tout simplement parce que pour elle une photo d'elle en maillot ne représentait pas un problème ? Apres tout, les jeunes sont de nos jours élevés à coups de loft story, secret story, etc où l'on rend totalement banale la situation d'exposition de son intimité... Enfin quoiqu'il en soit, je ne l'ai pas su et je ne le saurai pas. Mystère ! On a beau tout voir, on ne comprend pas tout pour autant...

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Mél 14/08/2009 14:14

Bonjour,

Il est arrivé pareil mésaventure à un ex-salarié de Renault (me semble-t-il) qui avait critiqué son entreprise et son chef sur le site "copain d'avant". Cet article est extrêmement amusant !! Cela m'a rappelé une anecdote qui s'est produite durant ma première année.

Exposé de PEI (Problèmes Economiques Internationaux). Un groupe se place devant le tableau, ordinateur branché sur le projecteur ; et le « power point » se lance correctement. Jusque-là tout va bien, le sujet (sur la globalisation financière) est maîtrisé et intéressant même si l'assistance reste amorphe (sauf notre chargé de TD). Etant donné qu'une de mes amies passe à l'oral (et qui est la propriétaire de l'ordinateur utilisé), je reste très attentive. Et puis, c’est le drame… pendant une explication, le « screensaver » se met en route sur le portable ! Et l’ensemble des étudiants voit des photos de famille, d’enfance et de fête (genre alcool à volonté, clops, état de délabrement d’individus…etc). C’est l’explosion de rire dans la salle (notre chargé de TD compréhensif y va de sa petite plaisanterie). Finalement, seuls les étudiants (mes amis) étant pris en flagrant délit de « léthargie post-fête » ont appréhendé le concept du «grand moment de solitude » !! Ouf, pour moi, j’ai été épargnée !! . Après 10 minutes, tout reprend, l’exposé se termine sans incident. Cet intermède aura (en tout cas) réveillé l’auditoire !

Pour revenir sur le titre du billet et le premier paragraphe, il serait intéressant de voir l’évolution de la « cyber-société » avec l’émergence des réseaux sociaux comme Facebook. Est-ce que le licenciement de cette personne est justifiable ? Du point de vue de la loi et de son contrat de travail cela semble « logique » mais y a-t-il concrètement une interdiction de critiquer son travail dans le droit du travail ? Si la personne expose une remarque qui porte sur la fabrication d’un produit alors il peut y avoir une faute professionnelle dû à une clause de confidentialité. De la même manière, une faute peut se révéler si la personne tient des propos désobligeants vis-à-vis de son chef ou patron. Mais si cette personne donne simplement son opinion sur la stratégie de l’entreprise en montrant par exemple les limites d’une trop forte spécialisation/diversification ; est-ce répréhensible ? Ne pourrait-on pas s’interroger sur le manque de communication ascendante/descendante au sein même de l’entreprise concernée, une limite à une structure donnée, un mauvais climat social…etc ? Devrait-on légiférer sur l’utilisation des réseaux sociaux face au droit du travail ?

Pour polémiquer, est-ce que nous sommes en train de perdre une forme d’expression libre ? Est-ce qu’un réseau social doit se doter d’une « auto-censure » ? Sommes-nous constamment épié par nos supérieurs/dirigeants/concurrents ? Pour rappel, la loi Hadopi qui a fait longuement débat dans l’hémicycle parlait à un moment d’avoir un droit de regard sur les e-mails que tous les utilisateurs du web pourraient envoyer. Idée abandonnée… Mais que doit-on penser de cette « surveillance relative » ? Sous l’égide de la prévention, que reste-il de nos idées, de nos émois ? Bien évidemment que les utilisateurs de ces réseaux devraient faire un peu plus attention ou faire preuve d’un peu plus de civisme, les insultes ou les allégations mensongères sont déjà répréhensibles par la loi. Mais, notre société évolue (dangereusement ?) vers une société de prévention-surveillance, dématérialisée, et ou paradoxalement presque tout devient marchandisation (même le savoir…).

Bonne journée,

Cordialement,

Mél

Armand 14/08/2009 11:36

Cher Prof,
Une chose que tu ignores probablement est que, dans l'enseignement moyen en tout cas, il est considéré que la tenue d'un blog est incompatible avec le devoir de réserve.
Ainsi, si les plus jolies étudiantes peuvent se permettre de montrer leurs plus charmants atours dans leur carnet, il n'en va pas de même pour leurs professeurs!
Comme pour toute information (surtout quand elle émane d'un anonyme étranger comme moi) je te suggère de la vérifier, évidemment.
Amitiés

Mr le prof 14/08/2009 13:39


Je ne l'ignore pas, d'ailleurs ce devoir de réserve s'étend à l'ensemble de la fonction publique. La tenue d'un blog est tout à fait compatible avec ce devoir de réserve à partir du moment où ledit
blog respecte cette réserve justement.

Ensuite, je n'ai jamais dit que je mettais des photos de moi sur des clés ou sur un blog et que les étudiants y avaient accès. C'est tout le contraire, ce sont les étudiant(e)s qui par négligence
ou consciemment finissent d'une manière ou d'une autre par me faire parvenir des photos d'elles (clé USB, fond d'écran, et profil facebook dans le billet).


BBK.mel 12/08/2009 21:30

J'ai accès aux adresses msn de mes élèves, ainsi souvent qu'à leur adresses skyblogs, sans parler de facebook. Il est clair que c'est une source d'info : j'arrivais comme cela à débrouiller de temps en temps quelques écheveaux. Mais hors de question de leur donner l'adresse de mon blog, évidemment.

Mr le prof 13/08/2009 09:10


C'est ce qu'en économie on appelle l'asymétrie d'information