Les Liaisons (subséquemment) dangereuses

Publié le par M le Prof

Vendredi dernier : premier cours de l'année avec des M2 en formation continue. J'aime bien ce type de promotion, c'est plus "bigarré". On a des étudiants de tous les âges (ici en l'occurrence de 23 à 54 ans) et de tous horizons : certains sont "envoyés" par l'ANPE ou l'APEC, d'autres par leur entreprise pour les spécialiser. Il m'arrive parfois de tomber sur des connaissances car je suis originaire d'une ville (nous dirons Profville) qui n'est pas très éloignée de l'université qui m'emploie. Et cette année, je guettais donc pour savoir sur quel ancien camarade de lycée, d'armée, de fac, de sport, etc j'allais tomber. Et personne... Je fais mon cours et je les lâche. Tout le monde range ses affaires, y compris moi qui plie mon ordinateur.


Alors que je ferme mon cartable un étudiant vient me voir.


- Bonjour, vous êtes bien M. le Prof, originaire de Profville ?
- Tout à fait ! On se connaît ?
Je me suis dit ah tiens ! finalement il y en avait bien un que je n'avais pas vu !
- Pas exactement, en tout cas pas directement
- Ah bon ?
- Oui vous connaissez ma femme a priori, elle s'appelle Sophie B., elle vous envoie le bonjour !
- Olala Sophie B. !


Flashback


Sophie B. ! Ca ne me rajeunit pas... Cela avait été épisodiquement ma copine quand j'étais au lycée. Elle fréquentait un club de danse pas loin de chez moi et comme en général ses parents traînaient à venir la chercher à la sortie, elle venait chez moi les attendre. Du coup, cela avait été parfois l'occasion d'être un peu intimes, sans que toutefois cela ne fut jamais "officiel". Sauf un été où cela avait duré un petit mois... Puis nous nous étions perdus de vue car nous n’avions pas suivis du tout les mêmes études. Nous étions partis chacun dans une université différente et pas la même année (j'avais un an de plus donc j'avais quitté ma ville natale un an plus tôt qu'elle ce qui avait contribué à vraiment nous éloigner). Puis quand j'étais en licence (en L3 comme on dirait aujourd'hui !) j'étais tombé sur elle dans une soirée étudiante. On s'était aperçus qu'elle ne vivait pas très loin de mon appartement. Et pendant quelques semaines, le manège du lycée avait recommencé. Elle venait parfois chez moi, et j'allais parfois dans son appartement. Mais c'était une relation basée sur une attirance physique réciproque et sans grand chose de plus. Un jour elle m'a dit qu'elle voulait construire quelque chose avec un garçon et que ce serait plus simple pour elle si on ne se voyait plus. J'avais accepté cela sans peine car à part des moments agréables sous la couette on ne pouvait pas dire qu'on se trouvait beaucoup d'affinités.

Retour à vendredi !

Et voilà donc que j'avais devant moi son mari ! J'imaginais bien la scène pour en arriver là. Sûrement le midi à table :


"Chérie ce soir je rentre tard j'ai mon premier cours à la fac !
- Ok pas de souci, c'est un cours de quoi ?
- Je sais pas trop... le prof est un dénommé M le Prof...
- C'est vrai ? Je le connais ! Demande lui s'il est de Profville. Si c'est le cas envoie lui le bonjour, je pense qu'il se souviendra de moi.."


Enfin, cela s'était peut-être passé autrement... En tout cas, le fait est que je l'avais là devant moi qui m'envoyait le bonjour de sa femme sans savoir je suis sûr la nature de ma relation avec elle. Ou pas...


- Sophie B. ! Ca fait longtemps dites donc ! Je ne l’ai pas revu depuis une éternité. Qu'est ce qu'elle devient ?
- Nous avons trois enfants, et nous n’habitons pas très loin d'ici : en banlieue. Elle a arrêté de travailler pour le dernier, elle a pris un congé parental.
- Ben ça alors ! Ca rajeunit pas ! Je me rappelle la dernière fois que je l'ai vue. Elle habitait rue Jean Jaures ou rue foch je me souviens plus très bien.
- Oui c'est ça ! C'était chez moi, c'était notre premier appart, on s'était installés là juste après notre mariage le temps de trouver un peu plus grand.
- Ah d'accord !!!


Eh oui ! Quand on s'est revus à l'époque, elle était mariée. Elle ne me l'a jamais dit, elle m'amenait chez elle comme si de rien n'était. Et là j'avais son mari devant moi qui était déjà son mari à l'époque et probablement le fameux "garçon avec qui elle voulait construire quelque chose". Et elle m'envoyait le bonjour à travers lui en se doutant sûrement que j'allais enfin tout comprendre. Je n’en revenais pas. Mais pourtant à l'époque, jamais je n'ai eu l'impression qu'elle stressait de le voir débarquer. Je n'y restais en général que deux ou trois heures, mais quand même ! Souvent en soirée. Il fallait que j'en sache un peu plus :


- On aurait pu se croiser, j'étais allé boire un verre chez vous une fois je me souviens. Mais je n'ai pas le souvenir de vous avoir rencontré. Non ?
- Non j'étais rarement là, la semaine, mon entreprise dans laquelle j'étais déjà m'envoyait beaucoup en mission à l'étranger. On avait cet appartement surtout pour elle car il n'était pas trop loin de sa fac, mais moi j'étais plus souvent à l'hôtel qu'à l'appart.
- Ah ! Il me semblait bien ne pas vous avoir déjà rencontré car en général je me souviens bien des visages
 (Ca c'était sur ! si on s'était rencontrés quand j'étais chez lui on ne serait pas là entrain de se faire des mondanités !). Ben c'est super, ça me fait très plaisir d'avoir des nouvelles de Sophie. Vous lui passerez le bonjour également. Bonne soirée.


J'ai passé la soirée ahuri, effaré du culot de cette Sophie qui d'une part m'a emmené dans son lit a plusieurs reprises sans me dire qu'elle ne vivait pas seule et d'autre part des années après m'envoie le bonjour par le même homme qui partageait sa vie à l'époque...


Le lendemain, samedi, j'avais un e-mail de la fameuse Sophie B. qui me dit que c'est dingue qu'on se retrouve dans cette situation. Elle me dit qu'elle ne savait pas du tout que j'étais devenu prof de fac et qu'elle n'avait jamais eu aucune nouvelle de moi depuis toutes ces années. Et finalement me propose de déjeuner ensemble un de ces jours...


J'ai gentiment décliné.

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reconversion enseignant 11/11/2012 17:11

j'aime beaucoup votre billet. J'espère que vous reprendrez du service prochainement, car depuis 2009, c'est un peu plat ici :'(

Cerise 28/09/2012 14:32

Mais pourquoi avoir arreté ce blog?

Quel dommage...

Pollo-kun 22/04/2011 23:10


Devoir finir l'année en ayant cette idée dans la tête et le regard de l'étudiant qui se pose sur soi ne doit pas être très évident ...
Bonne continuation


OlivierNK 04/09/2010 02:13


C'est surtout le "gentiment" qu'on comprend mal. Ca laisse un arrière-goût de: "ok, c'est une grosse salope, mais n'insultons pas l'avenir et gardons éventuellement une poire pour la soif". Et
après ça, les leçons de morale passent moins bien.
En revanche, on aurait apprécié que la dite déclinaison fût un saccage irréversible, avec révélations, décillement du cocu et fin du congé parental dans une chaise à roulettes. L'histoire et votre
réputation en eussent été largement améliorées.
^^


lilousine 10/01/2010 03:12


Cette histoire fait bien rire!
J'aime beaucoup votre blog, j'ai cotoyé de nombreux profs de fac mais aucun n'avait votre simplicité et votre humour!