La fac et les profs

Jeudi 8 octobre 2009 4 08 /10 /Oct /2009 15:49

Mardi le site du journal Le Monde a publié un article intitulé « Malaise à l’université ». Cet article est une liste de témoignages, censée j’imagine, montrer la grande précarité dans laquelle se trouvent bien des docteurs qui ne parviennent pas à obtenir le sacro-saint statut de maître de conférences (MCF).


La procédure qui permet de devenir MCF est déjà un exercice de style assez compliqué, possédant ses propres règles. Je ne reviendrai pas là-dessus d’ici la prochaine campagne de recrutement en 2010. Pour une description de la procédure, j’ai déjà rédigé un billet (voir ici).


Cet article du Monde décrit donc, des situations de post-doc, de vacations, de salaire de 1700eu/mois à bac+10 (sic ! pour la personne qui a sorti ça, il faut savoir qu’on ne compte pas les redoublements et qu’un doctorat ne sera jamais plus qu’un bac+8, je connaissais un garçon comme ça qui comptait bac+3 sa 3ème première année de fac…), d’un docteur en science politique qui se trouve au RSA avec 500eu/mois. En bref, des situations réellement problématiques pour les intéressés.


Cependant, une fois passée la lecture de cet article et malgré mon empathie naturelle. Il vient ensuite des questions sur les choix qui ont conduits ces docteurs à l’impasse dans laquelle ils se trouvent. Attention, je ne dis pas, c’est bien fait pour eux, ils avaient qu’à y réfléchir. Loin de là. Le but de ce billet est davantage de préparer les étudiants qui souhaiteraient se lancer dans une thèse pour devenir ensuite MCF à prendre en considération un certain type de données qui est pourtant à la disposition de tous, et peut-être éviter un mauvais choix.


Alors bien entendu. Le principal point abordé est le salaire. Là, je ne m’étendrai pas car j’ai déjà fait un billet (voir ici). Mais il est étonnant que certains s’offusquent de leur salaire d’ATER. Avant de commencer une thèse on peut tout de même se renseigner sur les salaires ! Vous irez consulter le billet mais à la louche, un ATER plein temps gagne 1608eu/net par mois et un MCF gagne maintenant autour de 2000 net/mois en début de carrière. Vous voilà prévenus !

Mais ce qui ressort de ces témoignages, c’est la surprise ou le désespoir vis-à-vis du manque de postes. Et c’est vrai : des postes il n’y en a pas tant que cela. Mais quand même, je pense qu’on peut au moins tenter de s’orienter de manière à limiter les dégâts.


Le CNU met à la disposition de tout le monde des statistiques sur le nombre de docteurs ayant demandé à être qualifié au poste de MCF, le nombre de docteurs finalement qualifiés. Le nombre de docteurs qualifiés se présentant à la campagne de recrutement. Et finalement le nombre de poste ouverts dans les universités. Vous trouverez tous ces chiffres ici.

Ce que je retiens de ces chiffres – je sais que je vais énerver du monde en écrivant cela, mais ce n’est pas très important, c’est bien à cela que sert un blog je pense, à confronter des idées – c’est qu’on peut faire des efforts d’orientation de manière à avoir un poste.


Alors avant toute chose, il faut bien être d’accord sur un point : je me mets dans la peau de quelqu’un qui veut un poste à tout prix. En d’autres termes : la fin justifie les moyens. Mais je conçois que certains ne veulent absolument pas déroger à certaines règles de vie et ne voudront pas aller dans telle discipline non pas par manque de connaissance mais par conviction.

Je pense que lorsqu’on a fait 8 ans d’études (et 10 pour certains !) c’est effectivement une vraie gabegie que de se retrouver sans emploi et dans des situations précaires alors qu’on a œuvré pour avoir un emploi stable et intéressant. Comment passe t’on du statut d’élève brillant qui réussit ses études à trentenaire sans aucune expérience ne parvenant pas à décrocher un emploi qualifié ? Il y a tout une mécanique dont il faut absolument connaître l’existence. Encore une fois ce billet n’est pas là pour donner des leçons mais pour avertir les étudiants qui se lancent dans la thèse.


Le taux de qualification.


Tout d’abord avant toutes choses, une fois le doctorat en poche, il faut que le CNU qualifie le candidat, c'est-à-dire lui donne le droit de participer à la campagne de recrutement. Cette qualification est valable 4 ans. Toutes les sections ne sont pas égales quant aux taux de qualification. Si je regarde les extrêmes, d’un côté il y a des sections qui qualifient très peu :


Par exemple, sur la période 2005-2008, en quatre ans, la section 2 (droit public) a qualifié 205 docteurs sur les 926 qui en ont fait la demande. Soit un taux de 22,14%. Moins d’un candidat sur quatre est qualifié.  Vient ensuite la section 1 (droit privé – vous noterez que niveau qualification les juristes ne sont pas à la fête) avec 30,21% (345 qualifiés sur 1142 demandes) soit environ un candidat sur trois. Ce qui est comparable avec la section 71 (science de l’information et de la communication) 30,89% ou encore la section 10 (Littératures comparées) avec 31,34%

A l’extrême opposé, les sections qui qualifient tout le monde ou presque. C’est le cas de la section 30 (Milieux dilués et optique) qui en 4 ans a qualifié 828 docteurs sur les 961 qui en ont fait la demande (86,16%) ou la section 34 (Astronomie, Astrophysique) avec 81,20% (324 qualifiés sur 399).


De manière générale, les sections dites de « Science » (sections 25 à 69) qualifient plus facilement (65,47% soit 23 300 qualifiés en quatre ans sur 35 591 demandes) que les sections dites de « droit » (sections 1 à 6) qui sont à 38,21% avec beaucoup moins de dossiers (seulement 6 sections) : 2 029 qualifiés pour 5 310 demandes.

Alors bien entendu, quand je dis qu’on peut faire des ré-orientation. Cela reste limité. Quelqu’un qui en quatrième année de droit, ne peut pas partir en master recherche d’astrophysique ! Cependant un examen précis de matière voisine montre parfois des taux de qualification sensiblement différents. Mais la qualification n’est qu’un laisser-passer. Elle ne signifie pas que vous allez avoir un poste. En fait pour certaines sections la procédure de qualification laisse passer le nombre idéal de candidats vis-à-vis du nombre de postes, alors que d’autres qualifient sans se poser la question des postes qui seront ouverts. Mais avant cela, il faut s’arreter rapidement sur un détail : l’évaporation !


L’évaporation.


Ce que le ministère appelle l’évaporation, c’est la taux de docteurs qualifiés qui finalement ne se présentent pas à la campagne de recrutement. La raison ? Ils trouvent du travail plus intéressant et/ou mieux rémunéré ailleurs. Ils ont généralement poser leur dossier de qualification pour se couvrir et avoir un poste de MCF dans le cas où ils n’auraient pas eu le poste qu’ils convoitaient dans le privé. Les sections les plus « touchées » par ce phénomène sont sans grande surprise dans les sections « sciences » la section 37 (météorologie, 63,3% d’évaporation) puisque Météo France recrute un grand nombre des diplômés. Les sections 65, 66, 67, 68, 69 (Biologie, physiologie, neurosciences) produisent des docteurs qui vous vous en doutez sont assez courtisés par l’industrie de la santé (production de médicaments, vaccins, etc), un peu plus de 50% d’évaporation dans ces discipline


Dans les sections « lettres », l’évaporation est moins grande (22% en moyenne). La section 20 (Anthropologie, ethnologie, préhistoire) affiche une assez forte évaporation (41,9%).La section 15 (Langues et littératures arabes chinoises, japonaises, hébraïques) permet l’évaporation dans les métiers de la diplomatie et de l’interprétariat (39,2% d’évaporation). La section 24 (Aménagement de l’espace, urbanisme) qui permet une carrière dans le domaine public des collectivités locales et autres affiche un taux de 29,7%.


Enfin les sections de « droit » sont celles ou le taux d’évaporation est le plus faible en moyenne (16,2%) avec une exception pour la section 6 (sciences de gestion) qui affiche un taux d’évaporation de 26,9% principalement dû au recrutement dans les écoles privées (HEC, ESSEC, ESC) et dans les cabinets de conseil (comptabilité, finance, marketing). On trouvera que le taux d’évaporation de ces sections est bien faible compte tenu des fortes potentialités sur le marché du travail. En fait, pour l’avoir observé parmi les collègues de ces sections dans mon université, certains ont une activité de conseil qui n’est pas incompatible avec un poste de MCF. Du coup, quand on peut avoir le beurre et l’argent du beurre… autant se présenter au recrutement de MCF.


Le ratio candidats / postes offerts


Cela parait être LE ratio important. On a bien compris que tout le monde n’était pas qualifié, qu’il y avait certains candidats qui choisissaient de poursuivre leur carrière hors de l’université. Mais combien propose-t’on de postes à ceux qui restent dans la course (chiffres de la campagne 2008) ?


Avec 109,4% la section 6 (sciences de gestion) arrive en tête. Davantage de postes que de candidats. Les sections 1 (droit public) et 2 (droit privé) suivent avec respectivement des ratio de 97,5% et 84,62%. Les sections 1 et 2, celles-là même qui qualifient le moins… Du coup cela donne envie d’aller voir du côté des sections 30 et 34 (celles qui qualifient le plus). Et effectivement on a des taux assez faibles avec seulement 18,85% pour la 30 et 25,53% pour la 34.

Du coup, on voit bien que ce ratio candidats/postes est biaisé. Il dépend énormément de la politique de qualification par la section concernée. Aussi, finalement pour avoir une vision plus large des chances de recrutement, il faut combiner le taux de qualification avec le ratio candidats/postes.


Taux de qualification * candidats/postes


Cela donne donc tout simplement le pourcentage de postes offerts par rapport au nombre de personnes ayant demandé la qualification. On pourrait affiner en prenant en compte le taux d’évaporation mais je commence à fatiguer. Je pense qu’on va déjà avoir une bonne idée !


C’est encore la section 6 (gestion) qui arrive encore en tête avec 71,74% de postes par rapport au nombre de demandes de qualification. Arrive en 2eme position la section 11 (anglais) avec 48,22% soit près d’un poste pour deux candidats à la qualification. Seule une dizaine de sections proposent un taux supérieur à 30%, ce sont les sections 12 (langues germaniques et scandinaves), 35 (structure et évolution de la terre), 26 (mathématiques appliquées), 60 (mécanique), 5 (économie), 15 (arabe, chinois, japonais, hébreu), 14 (espagnol, italien, portugais et autres langues romanes), 1 (droit public), 63 (électronique).


A l’opposé, la section 72 (epistémologie, histoire des sciences) propose trois postes à 59 candidats (3,85%).


Alors qu’est ce qu’on fait ? Est-ce que tout le monde doit s’inscrire en sciences de gestion ? L’avantage c’est que cela semble presque possible ! Vous êtes un matheux (maths ou stats) ? Feuilletez les sommaires de la revue « Journal of Finance », je pense que vous trouverez vite votre bonheur. Vous êtes plutôt passionné par l’anthropologie, l’ethnologie, la psychologie, la sémiotique ? Feuilletez « Journal of Consumer Research » et vous verrez comment ces matières sont appliquées non pas sur l’Homme mais sur le Consommateur. Votre truc c’est la musique ? la peinture ? la littérature ? « International Journal of Arts Management » vous montrera qu’effectivement, les arts aussi ca se « gère » !


Mais soucis : (1) si tout le monde part en sciences de gestion, on va se retrouver avec le même problème. Il n’y aura pas assez de place pour tout le monde… et (2) peut-être que l’aspect matérialiste ou mercantile de la chose peut vous gêner…


Pas trop de solutions donc, mais maintenant, j’espère que vous savez mieux où vous mettez les pieds.


Comme j’imagine que beaucoup ne sont pas d’accord avec cette vision, je vous dirai comme les jeun’z sur leurs blogs : lachez vos comm !!!

Par M le Prof - Publié dans : La fac et les profs
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Lundi 28 septembre 2009 1 28 /09 /Sep /2009 12:28

Pas de billets la semaine dernière pour cause d'immersion dans les dédales de la rentrée universitaire : plannings, composition des groupes de TD, etc. Je prie donc les fidèles lecteurs de ce blog de m'excuser. Pour me faire pardonner un billet dans la droite ligne de l'intention de ce blog : vous présenter l'envers du décor de l'université.


Avant de lire ces lignes, je tiens à préciser que toute ressemblance avec des comportements ou personnes de la vie réelle est purement fortuite et que si jamais par hasard, un membre de mon labo m'ayant reconnu vient à lire ce billet, qu'il ne pense surtout pas que je vise quelqu'un en particulier ! Ceci est juste une espèce de "tutorial" pour Doodle. C'est tout !

Enfin, je ne voudrai pas que l'on pense que les comportements que je décris ci-après sont légion. Je pense qu'en grande majorité, l'activité de recherche est soutenue par des personnes très motivée (et heureusement !), mais il arrive que certains jouent moins le jeu. Le souci, c'est que ce sont ceux-là qu'on remarque toujours... Bonne lecture...


Réunions !


La semaine dernière donc, la rentrée avec la vie qui reprend à l'université à tous les niveaux. Administratif : vérification des listes d'inscrits, composition des groupes de TD, liste des intervenants, etc etc. Pédagogique : reprise des cours, constitution de mon planning, réservation de salles, etc. Et recherche : retour de commentaires sur des articles et communication, réunion d'équipe...

La réunion d'équipe c'est un peu une figure imposée sur laquelle je reviendrai car ce dont j'ai envie de parler aujourd'hui c'est sur l'utilisation de l'outil informatique pour - normalement - simplifier un des soucis inhérents et récurrents de la réunionite : quand est ce qu'on fait la réunion ?


Pendant des années, j'ai assisté à des discussions interminables en fin de réunion :


chef : on la met jeudi 23 ?
bruno: eh non je suis pas là le 23
chef : ah bon.. le 25 ?
kevin : je suis pas là
marie : moi non plus...
chef : le 02 ?
tous : ben non il y a le super congrès de Londres, on est plein à y aller !



Et ainsi de suite, jusqu'à ce que finalement soit (1) on trouve une date assez lointaine, (2) on reporte la discussion en disant qu'on traitera cela par e-mail et ca débouche sur une date lointaine. Alors je suis conscient que cela ne doit pas se passer comme cela dans toutes les équipes, mais j'ai fréquenté trois labos, avec des spécialités assez différentes (sciences dures, humaines puis sociales). C'était partout pareil ! Résultat, alors qu'il me semble qu'une ou deux réunions par mois seraient nécessaires pour maintenir cohésion et efforts, on peine certaines années à en faire une par trimestre...


Et puis est arrivé Doodle !


Doodle pour ceux qui ne connaissent pas, c'est un outil, qui utilisé dans le cadre de planification de réunion, semble être l'outil absolu pour régler les problèmes dont je viens de parler. En deux mots, la personne à l'origine de la réunion fait une liste de moments possibles pour la réunion, et chaque chercheur déclare pour chacun de ces moments s'il peut (1) ou s'il ne peut pas (0). Une fois que chaque membre de l'équipe s'est déclaré. On fait le compte et on prend le jour qui totalise le plus de présents.

Exemple :


  lundi mardi mercredi
Chef 1 1 1
Simon 0 1 1
Lucie 1 1 0
Kevin 0 1 0
Marie 0 1 1
Bruno 1 0 1
Total 3 5 4


La réunion sera donc fixée au mardi car dans ce cas il y aura 5 membres de l'équipe présents. (les prénoms ont été choisis uniquement parce qu'ils font 5 lettres ce qui facilite l'alignement)


Doodle parfois c'est pas gentil !


Ceci est un premier point qui est très intéressant. C'est le nombre qui l'emporte ! Dans les réunions, et dans l'exemple que j'ai donné en haut, quand Bruno dit "je ne suis pas là". C'est très délicat pour le "chef" de dire. "Ben ce n'est pas grave, on fera sans toi car tous les autres sont là". Et effectivement si le "chef" répondait cela, Bruno pourrait dire : "oui bien sûr mais si on avait pris un autre jour, c'est peut être uniquement Kevin qui n'aurait pas été là. Alors pourquoi moi et pas lui ?". Car effectivement pour bien faire, il faudrait que le chef aille se mettre au tableau et pour être démocratique fasse ce que fait doodle, à savoir un comptage par jour... Ce n'est jamais fait, en tout cas je n'ai jamais vu. Du coup, Doodle va justifier pour tout le monde qu'on fasse la réunion sans Bruno parce qu'on voit que sur tous les moments possibles, c'est le jour où il n'y a pas Bruno qu'il y a le plus de monde. Tout le monde peut dormir tranquille.

Mais ceci n'est pas si simple...


Dans une grande équipe, il y a parfois des inimitiés et on peut assister parfois à des stratégies. Admettons - mais ceci est purement théorique - que pour X raisons (Bruno a publié sur le sujet de Marie sans lui en parler ou sans lui proposer de travailler avec, ou encore Bruno, responsable de formation a pris des heures à marie pour les donner à Lucie, etc etc)... Pour X raisons donc, Marie n'apprécie vraiment pas Bruno. Autre élément, Kevin est un ami fidèle de Marie dont il partage le bureau. Lucie est plutot amie avec Bruno et le chef. Simon pour sa part est plutot neutre. Ce qu'il peut se passer c'est ça :


le chef propose lundi mardi mercredi et se met présent partout puis que c'est lui qui propose

Chef 1 1 1

Puis il envoie un mail à toute l'équipe

Bruno se positionne d'après ses disponibilités

Bruno 1 0 1

Lucie se positionne d'après les siennes

Lucie 1 1 0

Et finalement on a Kevin et Marie qui arrivent et qui se mettent - exprès - disponibles uniquement le jour où Bruno ne peut pas

Marie 0 1 0
Kevin 0 1 0

Quoique fasse Simon, la réunion aura lieu le jour où Bruno n'est pas là !


C'est pas gentil ça hein ? C'est pourtant que cela fonctionne parfois... Alors heureusement je ne l'ai vu que dans une équipe. Mais quand même !


Mais Doodle c'est aussi ludique !


Doodle ca peut aussi être un vrai jeu, si on a un peu d'humour et d'espièglerie (oui oui comme au pays de Candy) et surtout que la recherche c'est pas trop votre truc et que c'est mieux de faire plein d'heures sup pour se payer de super week end. Chacun a ses habitudes dans la semaine. Il y en a qui aiment bien avec leur lundi matin de libre, d'autres aiment bien se préparer mentalement à leur week end dès le vendredi, et enfin, tous ceux qui ont des enfants en age d'avoir des activités sportives ou culturelles qui nécessitent un chauffeur, ceux là aiment bien disparaitre le mercredi...

Mais comment faire pour que cela ne se voit pas ? La solution : compter sur les autres. En fait, l'idée c'est de se positionner le premier sur doodle.


Admettons qu'on ait juste le choix sur des journées complètes (ca va simplifier). Le chef fait un doodle avec lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi


Admettons (je dis bien admettons ! et encore une fois je ne vise personne ceci est juste une illustration) que la recherche, ben il n'y a rien à faire... j'ai fait une croix dessus. J'y croyais au début, mais on a refusé quelques uns de mes travaux dans les fameuses revues classées, et je n'ai pas eu le courage de me remettre en question. J'ai donc abandonné... Mais en même temps sur ma feuille de salaire il y a écrit "enseignant-chercheur", alors quand même, je peux pas dire à mes collègues "débrouillez vous sans moi, je ne suis pas chercheur finalement", surtout qu'avec tout ce qu'on dit à la télé, il ne faudrait pas que je me retrouve à être payé moins ! Donc je vais à cette satanée réunion pour qu'on me voit ! Cependant, hors de question de renoncer à mon lundi matin et à mon vendredi apres-midi. Ca compte week end. Le mercredi j'ai les enfants au sport... Donc il ne me reste que mardi et jeudi. En outre mardi j'ai 11h de cours... Ne reste que jeudi


Vous remarquez que si je ne mets que je suis dispo uniquement jeudi, ca va se voir ! Donc l'idée est de se positionner avant tout le monde. Je me mets disponible tous les jours sauf mardi. Quelle drôle d'idée allez vous me dire... Et bien non, par expérience je sais que dans l'équipe (admettons que nous sommes 10 ca fait un chiffre rond), il y en a au moins trois qui amènent les gamins au sport ou ailleurs le mercredi apres midi et qui décollent dès qu'ils peuvent. Donc je peux me mettre dispo le mercredi, il y en a 3 qui sont pas là, ca pourra pas être le mercredi. C'est pareil pour le lundi et le vendredi. Il y en aura toujours qui se mettront non disponible le lundi et le vendredi. Essayez c'est magique... Peut-être que ce sont des jours où il y a davantage de cours ou de problèmes administratifs. En tout cas. Les lundi, mercredi et vendredi, vous pouvez compter sur les autres pour les faire sauter. Résultat vous n'avez de choix véritable qu'entre le jeudi et le mardi. Donc autant se mettre dispo partout sauf le mardi. Même si la réunion tombe finalement le mardi et que vous ne pouvez pas y aller, on se dira que c'est vraiment le hasard que vous n'ayez pas pu participer à cette réunion...


Le problème - et ceux qui se demandent pourquoi j'ai mis ce titre à mon billet vont enfin savoir pourquoi ! - c'est que si tout le monde fait le même calcul, cela ne peut pas fonctionner. Cela ne marche que si on anticipe les actions des autres, et que eux agissent "naturellement" sans essayer d'anticiper les actions des autres également. Si vous ne connaissez pas l'histoire du Roi Salomon, la voici en deux mots. Deux femmes se disputent pour avoir la garde d'un enfant. Ne parvenant pas à s'entendre, elles vont demander au Roi de résoudre le conflit. Le Roi, dans sa grande sagesse, dit "amenez moi une épée, je le coupe en deux, chacune part avec la moitié". Une des deux femmes horrifiée dit "non le pauvre, je préfère qu'il reste en vie, même s'il n'est pas avec moi". Le Roi, reconnaissant là les qualités d'une mère, lui donne l'enfant. On voit que si la deuxième femme avait compris la subtilité de la réponse de Salomon, elle aurait surement dit la même chose que la première. Si toutes les deux avaient dit la même chose, cela aurait été compliqué. Pour Doodle, c'est pareil, si tout le monde fait le calcul que j'ai fait plus haut... Il n'y aura plus que des réunions le lundi, le mercredi ou le vendredi !


Prochain billet une anecdote assez étonnante qui m'est arrivée vendredi dernier et qui me laisse encore perplexe aujourd'hui !

Par M le Prof - Publié dans : La fac et les profs
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Mardi 8 septembre 2009 2 08 /09 /Sep /2009 07:30
Petite réaction à chaud suite à un article hier soir dans le Figaro. J'ai dit plusieurs fois que je ne ferai pas de ce blog le lieu d'un discours engagé, ce n'est pas pour autant que je ne réagis pas à l'information surtout quand elle induit le grand public en erreur (comme je l'avais déjà fait pour l'article sur le classement des universités).

Le Figaro donc, et on remarquera le titre volontairement racoleur, nous sort aujourd'hu un article intitulé "Pitte: On ne travaille pas assez à l'université". On apprend que Jean-Robert Pitte est professeur en géographie et ancien président de Paris IV. Il est en outre l'auteur d'un ouvrage intitulé "Stop à l'arnaque du bac". C'est pour dire ! A priori le Figaro a interviewé la personne la plus qualifiée pour parler de la situation...

Enfin quel que soit le statut d'observateur de JR Pitte je me méfie aussi des journalistes qui parfois, coupent des phrases ou les re-organisent comme bon leur semble. On va donc laisser le bénéfice du doute à tous ces gens et s'en tenir uniquement à ce qui est dit dans le papier.

On parle d'emblée des prépas qui "piquent les meilleurs bacheliers" à l'université. A priori, c'est pas faux, donc pas de raison de s'offusquer même si j'aurai bien aimé avoir quelques chiffres par série de bac pour que le lecteur se rende bien compte de l'étendue du phénomène. Ce qui me gêne n'est donc pas là, mais dans les soi-disant raisons qui poussent les "meilleurs bacheliers" à y aller : "Les professeurs y font leur boulot, les étudiants aussi. Tout le monde est motivé. On ne travaille pas assez à l'université même si celle-ci compte de grands professeurs. Enfin, les classes préparatoires aux grandes écoles et surtout les écoles, ensuite, fonctionnent dans l'idée de former les jeunes à trouver un job, ce qui n'est pas le cas des universités".

Les professeurs y font leur boulot.

Dit comme cela, et comme cause de fuite des bons éléments, cela sous-entend donc qu'à l'université les profs ne font pas leur boulot... Il faudrait alors savoir de quel boulot on parle. Alors le premier point est que lorsqu'on parle de classes préparatoires et de grandes écoles on ne sait pas très bien de quoi on parle... Public (X, Centrale, ENS, etc) ?  Privé ? Plus loin dans l'article on apprend que la vision est plutôt particulière puisque le seul exemple d'école que l'on a est HEC (grande école de commerce consulaire, je reviendrai plus tard sur la nuance). Alors donc si on prend juste cet exemple, qui m'arrange car j'ai deux amis qui travaillent à HEC, on fait moins le boulot à l'université que chez HEC.

La seule vraie question est ici vous vous en doutez : quel boulot ? Je vais donc prendre l'exemple simple de l'enseignant chercheur lambda : le maitre de conférences. Le maître de conférences (MCF) assure un service d'enseignement de 192h (TD), fait de la recherche et assure tout un tas de tâches administratives (bénévolement). Je n'ai jamais vu un collègue d'HEC se déplacer sur les salons de type INFOSUP ou autre pour assurer des permanences pour discuter avec les étudiants et parents. Je n'ai jamais vu un collègue d'HEC assurer les emplois du temps d'une formation dont il serait le responsable, faire la sélection des dossiers de ses étudiants, assurer toute l'administration du diplome tout simplement. Ensuite niveau heures de cours (je ne vais pas avancer des chiffres mais j'essaierai d'en avoir dans la journée) je n'ai jamais vu non plus un collegue d'HEC être en "sur-service" et devoir faire 250 ou 300 heures de cours par an (chose qui arrive très souvent à l'université quand s'ouvre une nouvelle formation, le temps de recruter, ou pour remplacer un congé maternité, etc). Donc encore et toujours... la recherche ! Car oui, là je le dis, mes collègues d'HEC publient davantage que moi ! Mais est ce que ce n'est pas la moindre des choses ? Ils font moins d'heures de cours, ils ne font aucune tâche administrative, de grandes entreprises leurs amènent les thématiques de recherche, des moyens et le terrain. Ils n'ont quasiment qu'à diriger la recherche, et rédiger. Ils ont même accès à des budgets pour faire traduire les articles ce qui leur ouvre donc toutes les revues internationales possibles. Alors finalement, heureusement qu'ils publient davantage ! Mais sous entendre que l'université ne fait pas le boulot alors que les enseignant-chercheurs croulent sous les taches administratives (sans lesquelles l'université ne pourrait pas fonctionner) et les heures de cours... c'est aller un peu loin !

Les étudiants aussi

Là je trouve cette phrase totalement déplacée. J'interviens à l'université majoritairement. Mais comme je l'ai dit dans un billet récemment, je suis compétent sur un domaine assez pointu avec un forte demande en formation, il m'arrive donc parfois d'intervenir en grande école. Je donne du travail à faire, je n'ai pas remarqué qu'il y avait plus de retardataires lors des échéances que je donne dans un cas plutot que dans l'autre. Les étudiants font ce qu'on leur demande. Cette phrase "les étudiants aussi" était donc tout à fait inutile (comme la précédente et la suivante ceci dit).

Tout le monde est motivé

Continuons dans les clichés... C'est bien connu, le fonctionnaire (MCF) arrive 5mn en retard (quand il n'est pas en arret maladie) et part 15mn avant ! Il va à reculons au travail. Dans les grandes écoles, a priori c'est le contraire, tout le monde est super content de faire du bon travail et a grand plaisir à aller bosser... Heureusement qu'on nous dit que JR Pitte a été président d'une université car on pourrait vraiment se demander s'il y a déjà mis les pieds... ou inversement s'il a déjà mis les pieds dans une grande école. Là encore je ne vois pas du tout de différence d'ambiance ou de motivation. Au niveau des étudiants c'est pareil. Que ce soit en université ou grande école, il y en aucun qui saute au plafond de joie quand je leur annonce qu'ils ont un rapport à me rendre pour la semaine suivante. Alors peut-être qu'on ne parle pas des mêmes motivations...

Pour le lecteur il est important ici donc de comprendre qu'il y a grande école et grande école. HEC est une grande école (de commerce) consulaire dont les frais de scolarité pour les étudiants avoisinent les 7000 euros l'année. Si l'on prend une grande école publique, Centrale par exemple, les frais sont de moins de 500euros l'année. Donc pour une école comme HEC 7000eu par étudiant + de l'argent qui vient des entreprises on voit bien de quelle motivation on parle. Un enseignant chercheur d'HEC gagne entre 2 et 3 fois plus qu'un MCF (selon l'échelon). Payez autant les MCF, je pense que s'il y a un écart de motivation à la base (ce dont je doute), il va immédiatement s'estomper. "Tout le monde" ca veut dire également les étudiants. Prenez les étudiants de l'université, mettez leur un emprunt de 40 000eu sur le dos, ou sur celui de leurs parents (21 000 de frais de scolarité et le reste pour le logement, et la vie étudiante) et on va voir si leur motivation ne va pas augmenter également (dans le cas encore une fois où il y aurait une moindre motivation)...

Former les jeunes à trouver un job

Là aussi c'est bien connu. A l'université on crée des formations pour le plaisir d'envoyer les étudiants au chomage !

L'université est un service public. On attend de cette université qu'elle propose aux étudiants tous les diplomes possibles. Bien entendu qu'il y a des diplomes qui donnent plus facilement un travail que d'autres. Mais on ne peut pas obliger les étudiants à aller dans certaines filières. Chacun est libre de ses choix. Si tout le monde veut aller en lettres anciennes, on n'y peut rien. Le diplome de Master en lettres anciennes est fait pour donner du travail, tout comme un diplome de Master en Marketing dans une université de Gestion. Le problème n'est pas du tout là. Etant donné que ce sont les parents et les étudiants qui choisissent finalement les filières et les diplomes si une majorité d'étudiants choisit les lettres anciennes, c'est sur qu'à l'arrivée il y en aura moins qui trouveront du travail que s'ils avaient choisi marketing. Est ce que c'est parce que le diplome est mal conçu ? Non... Les deux diplomes sont à l'université, correspondent à des métiers. Et si on regarde l'année 2009 il y a surement plus de débouchés dans le marketing que dans les lettres anciennes. L'université fournit tout, mais elle n'est qu'un service. Ce n'est pas à nous de gérer les flux. Ou alors il faut que le ministère le permette. Mais vous imaginez bien que ce n'est pas possible. Comment le peuple français pourrait accepter qu'on décide pour lui des études que doivent faire ses enfants ? Car bien entendu que ce serait possible. Dès la classe de 1ere au lycée on pourrait commencer les orientations de manière à ce que les facs recoivent exactement le bon nombre d'étudiants de manière à avoir un placement optimal dans les entreprises à la sortie. Mais ce n'est pas ce qu'on appelle une démocratie.

Allez... le prochain billet sera plus apaisé !
Par M le Prof - Publié dans : La fac et les profs
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Vendredi 28 août 2009 5 28 /08 /Août /2009 09:00

Comme vous vous en êtes aperçu ici et , ma préoccupation actuelle se situe dans la rédaction d'un ouvrage pédagogique dont j'ai promis le manuscrit à l'éditeur pour le début du mois de septembre. Il faut que je tienne les dates car fin septembre j'ai des papiers à soumettre pour deux congrès, donc je ne pourrai pas travailler sur tout en même temps. Donc pour l'instant, priorité à l'ouvrage. Je me rappelle encore mon dernier entretien téléphonique avec l'éditeur au mois de juin. Je lui disais que j'allais y travailler cet été, et qu'en deux mois j'allais forcément achever cela rapidement. Deux mois... cela paraissait tellement long.

Pourtant septembre, c'est la semaine prochaine, et je dois avouer que je ne suis pas tout à fait dans les temps. Et je pense que les dix jours à venir vont être très studieux. Comme certains l'ont dit en commentaire du dernier billet, on peut avoir besoin de l'état d'urgence pour donner le meilleur de soi-même. Effectivement, je pense que nombre d'entre nous a été confronté à l'urgence d'une échéance qui se traduit finalement en nuit blanche et une capacité à finaliser le travail de manière satisfaisante en peu de temps. C'est vrai que cela marche. Je vois en particulier pour les articles de congrès justement où il y a assez peu de pages (une vingtaine). Mais pour un ouvrage de 300 pages, l'urgence ne suffit pas, il faut une certaine rigueur dans le travail. Ceci dit, si je suis un peu en retard, l'état d'avancement de ce projet par rapport à ce que j'aurai été capable de faire il y a quelques années me fait constater que je me suis amélioré. L'expérience ? Sûrement... mais peut-être pas celle que vous croyez.


Depuis que j'ai quitté la ville universitaire pour la campagne, je me retrouve avec un grand jardin à entretenir. Plutôt que faire appel à un professionnel, j'ai décidé dans mon élan postmoderne de retour aux sources de m'y mettre moi-même. Aussi, je me suis équipé : tondeuse, tronçonneuse, etc.


Tout d'abord, comme moyen de procrastiner c'est carrément idéal. On DOIT le faire, alors faisons le, quitte à faire passer des choses plus "stressantes" après. Aussi, quand j'ai un article à rédiger, à évaluer, un cours ou une conférence à préparer, un tour dans le jardin n'est jamais une source de remords. Deuxième avantage, quand on est sur la tondeuse à essayer d'être précis pour ne pas couper des arbustes ou des fleurs que l'on veut épargner, aidé par le bruit du moteur, on est totalement coupé du monde. Le moindre de vos soucis est pour quelques instants oublié, on est totalement absorbé dans l'action, on est quelqu'un d'autre, un homme qui contrôle la nature, c'est plus valorisant que d'être à la merci d'une échéance ! Et enfin on observe et on tire des leçons. Il y en a sûrement bien d'autres mais dans le cas qui m'intéresse, l'entretien du sol et des arbres m'a appris quelque chose : la nature n'a aucune échéance, elle ne fonctionne pas par à-coups comme nous pouvons le faire très souvent quand nous avons quelque chose à faire, chaque jour les ronces, les branches, l'herbe, les orties, tout avance de quelques millimètres. C'est imperceptible. Pourtant en peu de temps, on voit bien que ça pousse et on n’en revient pas de ces ronces qui peuvent rapidement faire un mètre ou deux de long. La nature travaille "peu" chaque jour mais de manière indéfectible. Et pour l'homme qui l'entretient, il faut s'accorder. Avec la nature on peut difficilement remettre au lendemain. Si on laisse trop pousser, on atteint un seuil où on se fait déborder. La tondeuse ne peut plus attaquer des herbes si hautes, on passe un temps dingue à couper quelques mètre carrés car la hauteur des herbes facilite l'humidité. Combiné à la quantité de sève qui est contenue dans les herbes hautes, ce qu'on coupe est humide et du coup ne se coupe pas "net", cela s'entoure dans les lames, c'est un vrai calvaire. Alors que si on coupe régulièrement, qu'on entretient court, c'est souvent très sec, et au pire trop court pour s'emmêler dans les lames de la tondeuse. C'est la même chose quand on ramasse les feuilles mortes. Si chaque jour que je sors de chez moi je ramasse la vingtaine de feuilles qui sont tombées, je peux le faire à la main en 30 secondes. Si je laisse faire, les feuilles s'amoncèlent et il faut sortir un outil pour les ramasser et ça prend du temps, ça devient une corvée... Je pourrais multiplier les exemples mais je pense que tout le monde a bien compris.

Mais travailler régulièrement, même si l'on en comprend tout l'intérêt, ce n'est pas si facile... Si on compte, pour un ouvrage de 300 pages, deux mois de "vacances" - 60 jours - ca fait 5 pages par jour, sachant que ce ne sont pas des pages A4 mais un peu plus réduites, en tenant compte que ce n'est pas un discours "scientifique" donc moins formaté, avec peu de références, c'était comme on dit... pas la mer à boire. Mais si je regarde aujourd'hui ce que j'ai rédigé, je ne me suis pas encore tenu au bon rythme et je vais quand même avoir une montée d'adrénaline la semaine prochaine et sûrement devoir rédiger plus de dix pages chaque jour... Je pourrais me dire que je ne suis pas encore assez implanté dans ma campagne et que toute ces observations de la nature ne sont pas encore assez ancrées en moi pour faire pleinement leur effet. Mais peut-être qu'à procrastiner, j'ai finalement passé trop de temps dans le jardin plutôt qu'à rédiger... C'est compliqué !

 

Par M le Prof - Publié dans : La fac et les profs
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Mercredi 26 août 2009 3 26 /08 /Août /2009 20:51

En plus de s’extasier ou au contraire de se lamenter du nombre de lecteurs assidus parmi les jeunes et les étudiants, on nous parle de plus en plus des raisons de lire. Lit-on par plaisir ? Parce qu’on est obligé ? Je suis toujours satisfait quand il y a une légère esquisse de modélisation dans les préoccupations publiques. On constate les phénomènes, on essaie de les expliquer, c’est toujours un début… Quoiqu’il en soit, moi en ce moment, je me pose des questions sur les raisons d’écrire… Chacun ses soucis vous me direz. Et moi j’en ai un à court terme, j’ai promis un manuscrit à mon éditeur pour début septembre. Et là, alors que j’ai l’impression que cet été vient à peine de commencer, tout le monde parle de rentrée !


Il y a toujours eu une dualité dans la production « culturelle », qu’elle soit artistique (littérature, musique, peinture, etc.) ou éducative : d’un coté l’expression de soi, l’art désintéressé qui à l’instar du Parnasse doit presque paraître inutile, sans aucun objet fonctionnel et de l’autre côté le simple appât du gain. Pas d’inquiétude je ne vais pas me lancer dans une tentative de résolution de cette ambiguïté comme Freud en nous expliquant que dans tous les cas, tout n’est que sublimation. Enfin sans être philosophe, on comprend bien qu’il puisse y avoir un juste milieu entre la raison financière et l’œuvre, chacune nourrissant l’autre. Mais tout ceci trouve mieux à s’appliquer pour la création artistique. Pour la production culturelle éducative quand on est enseignant-chercheur, c’est souvent juste parce qu’on est « obligé ». D’une part, il est vrai que ça fait tout simplement partie du métier. On passe l’année à produire du discours scientifique qui n’est pas forcément accessible (ni utile) au profane et qui s’adresse au reste de la communauté scientifique. Donc de temps en temps, il faut bien « traduire » tout cela pour les étudiants ou toute personne intéressée par le domaine. On parle de vulgarisation, ou de pédagogie selon le public. Dans tous les cas, il s’agit bien du cœur du métier d’enseignant-chercheur : le transfert de connaissance. Mais il y a également autre chose : la crédibilité. Très vite j’ai remarqué quand j’ai pris mes fonctions que mes collègues qui avaient écrit des livres « grand public » bénéficiaient d’une meilleure image auprès des étudiants. J’avais beau mettre tout mon art à faire un cours intéressant, vivant, je voyais bien dans les discussions que LA référence dans la matière était mon collègue, tout simplement parce qu’on voyait son livre à la FNAC ou sur Amazon…


Confronté à la rédaction d’ouvrage par « nécessité » on se retrouve un peu comme le doctorant devant sa thèse, la dernière année, en phase de rédaction. Alors le bon côté des choses c’est que cela rajeunit un peu, mais il y a tout un ensemble de choses qui reviennent qui sont un vieux réflexe peut être acquis pendant la thèse ou peut-être est-ce quelque chose de plus fondamentalement humain : la procrastination ! Pour ceux qui ont la chance de ne pas connaître ce mot pompeux, c’est tout simplement la tendance à remettre à plus tard ce qu’on a à faire. Tous les matins je me  mets à mon bureau entre 7h et 8h du matin, je ne pense pas avoir écrit un seul mot cet été avant 10 ou 11h. Souvent je démarre enfin à l'heure du repas... et il faut donc que je reporte après le déjeuner…


Procrastiner c’est un vrai travail. Il ne s’agit pas juste de se dire, je vais le faire plus tard, il s’agit aussi de faire autre chose à la place. Quelque chose de basique mais qui rapporte une gratification rapide voire immédiate. Je pense que tous les thésards ou ex-thésards savent de quoi je parle. Jamais mon bureau n’est aussi bien rangé que quand j’ai une tâche qui me stresse à réaliser. Je balaie, je fais la cuisine, je joue de la musique, je tonds le jardin… toute ces tâches sont simples, concrètes. On a beau dire, mais dans chacune de ces activités, on a un résultat, on voit ce qu’on vient de faire, on produit quelque chose dont on peut se satisfaire. Et cet alibi est inépuisable : l’herbe pousse toujours, il faut se nourrir, et on peut toujours nettoyer un peu mieux et quand bien même on parviendrait au rangement et au nettoyage parfait, la poussière est toujours notre alliée pour qu’on s’y remette ! Le blog c’est super aussi ! On fait un billet, on y met un titre, on attend que les commentaires viennent pour y répondre. Le soir on regarde les statistiques et on voit si le sujet a plu. Un livre, une thèse, c’est plus long, il faut savoir attendre. Tous les jours quelques pages, et puis un jour enfin, c’est fini, imprimé et posé devant soi. On a enfin un objet, quelque chose de concret qui est censé valoir pour tous ces moments passé à faire autre chose. Et quand on le voit on se dit que tout ce temps pour 300 pages… en faisant le calcul, même à deux pages par jour, c’est fait en 5 mois…


Alors pourquoi reporter ? Pourquoi reculer… J’avoue que je n’en sais rien. Je pense que nous avons tous cette tendance à préférer les gratifications immédiates plutot qu'oeuvrer plus longuement pour les obtenir plus tard (même si elles sont plus grandes)...Ce n'est pas que je manque d'inspiration, ou de contenu. Au contraire. Tout est bien clair dans ma tête, ce sont des choses que j'enseigne, qui sont structurées par des heures et des heures à les expliquer aux étudiants de tous niveaux. C'est tellement bien dans ma tête en fait… qu’il faut que je me rappelle à quel point c’est important que je le sorte de là pour le coucher sur du papier.


En attendant... C’est l’heure d’aller manger... Je travaillerai plus tard !

Par M le Prof - Publié dans : La fac et les profs
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