La grippe porcine, mexicaine, H1N1, A, enfin vous voyez laquelle... à la fac !
Juste avant les vacances, l'université a décidé de me mettre un coup de froid dans le dos. Avec cette chaleur c'est plutôt bienvenu, mais ça fait peur ! Dans un communiqué envoyé par le président de mon université on nous demande de nous préparer à la fermeture éventuelle de l'université à l'automne pour cause de pandémie de grippe porcine, mexicaine, A/H1N1, enfin bref, vous voyez de laquelle il s'agit, celle dont tout le monde parle à la télé !
Avant d'entrer dans le vif du sujet, j'aimerais m'arrêter sur son nom. Les producteurs de porc ont fait du lobbying, à juste titre, pour que cette grippe ne s'appelle pas porcine et fasse ainsi chuter les ventes de viande de porc. Echaudés qu'ils étaient par la grippe aviaire qui a entrainé un certain marasme sur le commerce du poulet ! Les mexicains, eux, se sont inquiétés pour le tourisme. Là en revanche je suis plus réservé sur le bien fondé de ce forcing. A court terme, j'imagine que cela a dû dédramatiser la situation et que dans les aéroports et les lieux publics on a dû moins s'alarmer à la présence d'un sombrero ! Quoi des clichés ? Ben oui ! La grippe, en la laissant mexicaine, ça aurait pu faire partie de l'image du pays, je parle sur le long terme. Et de manière moins dramatique. Si on regarde la fameuse pandémie de grippe H1N1 de 1918 qui nous venait de Chine. Les espagnols ont réussi à se "l'approprier" en publiant librement dessus (on était à l'époque en temps de guerre et les autres pays européens étaient très occupés comme vous vous en doutez). Du coup, même 90 ans après, on parle d'un des plus grands fléaux de l'ère moderne comme de la "grippe espagnole". Ca vous empêche d'aller vous y faire bronzer ? Ca fait partie des "produits" locaux, au même titre que les tapas ou la branlette (espagnole que les notaires avec leur cravate ont également essayé de s'approprier). Oui je sais de bon matin je suis d'une vulgarité sans nom (quand on veut être poli on parle de mazophallation, avouez que c'est bien moins imagé) mais c'est quand même pas moi qui ait inventé tout ça ! Je suis juste un observateur. Je m'excuse quand même auprès des personnes sensibles.
Je reçois donc, disais-je avant d'être interrompu par moi-même, un mail qui annonce la possibilité d'une fermeture de l'université pour plusieurs semaines ! Comme tout le monde, la grippe A, j'en entends parler aux infos, je la vois passer en titre sur les journaux, mais pas plus que le tsunami ou le chikungunya, cela parait si lointain quand on vit comme moi en permanence dans un tout petit monde. Apprendre que MON université risque de fermer plusieurs semaines, j'ai déjà presque l'impression de l'avoir contractée ! D'un coup, ça fait clairement toucher du doigt le problème, qui vient d'entrer dans ma sphère. Je prends donc mon téléphone, j'appelle des collègues d'autres universités, ils ont également reçus des messages de ce type, certains ont même eu des prévisions pour une fermeture dès la fin septembre !
Bon d'accord il nous a tous fait peur, mais que faire ? Le message nous demande de nous préparer à assurer notre mission pendant cette fermeture qui pourrait durer plusieurs semaine. En deux mots, il s'agit de préparer un maximum de documents qui peuvent être mis en téléchargement sur des plateformes d'enseignement à distance (Moodle, etc.).
Il est clair que la mission de service public que nous poursuivons se doit d'être maintenue, mais cette transition d'un enseignement en face à face, vers un enseignement médiatisé me paraît très lourde de conséquences. Pour les enseignants, les personnels administratifs comme pour les étudiants. Donc pour toute l'université. Cela pour quelques semaines de blocage. On a bien vu cette année que les universités pouvaient être bloquées des semaines à cause de mouvements sociaux, sans que les étudiants soient finalement en péril. Donc j'imagine bien que cette solution de mettre des cours en ligne va susciter bien des débats d'ici peu de temps...
D'une part, beaucoup d'enseignants refusent que le contenu de leur cours soit diffusable. Pour diverses raisons. A l'université il n'y a pas de programme imposé comme au lycée. C'est l'enseignant qui construit son cours, il y passe des journées, voire des semaines, et parfois en profite pour enseigner ses propres théories. Du coup, il peut y avoir la crainte que des enseignants d'autres universités arrivent à récupérer les cours et s'en inspirer, faisant perdre à la formation son originalité. Autre raison, l'auteur est en train d'écrire un ouvrage, ou compte le faire sur la base de son cours. Le disséminer même de manière partielle peut avoir une influence sur la décision de l'éditeur de le publier ou pas, car nécessairement, les premiers acheteurs sont souvent les étudiants, donc s'ils ont déjà un bon résumé... pourquoi acheter le livre ? Ensuite par expérience, certains remarquent qu'un étudiant ayant le contenu sous forme électronique fais moins l'effort de venir en cours, et au final est moins performant lors des examens, mais ceci pose d'autres questions sur la manière d'enseigner. Par exemple, pour ma part, je donne souvent mon cours en intégralité aux étudiants, avec des documents supplémentaires à lire. Je ne le fais que pour les M2 car en L3 ce n'est pas gérable. Mais en M2, si les étudiants arrivent en ayant lu le cours et de la documentation, on passe tout simplement les heures à discuter, à approfondir, à mettre en perspective tout ce qui a été lu, et l'organiser de manière à le transformer en savoir opérationnel. Mais je concois qu'à la fois toutes les disciplines ne s'y prêtent pas, et que tous les enseignants puissent ne pas se retrouver dans cette manière d'enseigner. C'est pour cela que j'anticipe un accueil plutot réservé de la part de beaucoup de collègues sur ces propositions de diffuser du cours en ligne de manière systématique.
Deuxième point, pour les étudiants, il y a une certaine rupture. Je parlais dans mon dernier billet de l'éloignement que les technologies de l'information et de la communication avaient provoqué entre les chercheurs et le papier. On est passé de la lecture sur papier, avec notation dans la marge et coup de fluo jaune pour surligner, à lecture à l'écran, annotations dans un logiciel spécifique et surlignage dans le fichier. Ce n'est pas grand chose, mais il a fallu s'y habituer, et je sais que je ne suis pas le seul à avoir la nostalgie du contact avec cette matière. Mais la rupture est plus forte que cela, il ne s'agit pas de remplacer du papier par des fichiers, il s'agit aussi d'avoir l'occasion de laisser les étudiants travailler en totale autonomie, en totale solitude aussi... Ca me fait penser à l'Ere du vide (Essais sur l'individualisme contemporain) de Lipovetsky sur le désert postmoderne, l'effondrement et la désaffection des institutions. Je ne vais pas m'égarer dans des considérations philosophiques car ce n'est pas l'objectif de ce blog, mais si je fais référence à Lipovetsky c'est parce qu'il a brillament (à mon goût en tout cas) suggéré que l'autonomie et l'émancipation qui pouvaient être une source de développement et de bien être dans un premier temps se transforment, quand elles sont cumulées à une désagrégation des institutions et des traditions, en une peur, voire une angoisse face à l'avenir. Donc pour simplifier, car je commence à me faire mal à la tête, la possibilité d'un désert social pour nos étudiants, même si c'est un mécanisme propre à notre époque et qui semble inexorablement en marche, pourrait bien être accentué avec la banalisation des cours à distance et avec lui probablement la remise en cause de l'université en tant qu'institution. La grippe H1N1 comme fléau hypermoderne en tout cas comme nouveau pas vers la désagregation de l'université ? Certains dirons que nous n'avons pas besoin de la grippe et que les décisions récentes du ministère vont déjà dans le sens de cette désagrégation. Mais j'ai dit que je ne ferai pas de ce blog le lieu d'un discours engagé.
En attendant, "vivement" la rentrée (on est pas trop pressé de voir la fin des vacances quand même !) pour voir ce qui va réellement se passer... Et d'ici là, achetez un masque !
Avant d'entrer dans le vif du sujet, j'aimerais m'arrêter sur son nom. Les producteurs de porc ont fait du lobbying, à juste titre, pour que cette grippe ne s'appelle pas porcine et fasse ainsi chuter les ventes de viande de porc. Echaudés qu'ils étaient par la grippe aviaire qui a entrainé un certain marasme sur le commerce du poulet ! Les mexicains, eux, se sont inquiétés pour le tourisme. Là en revanche je suis plus réservé sur le bien fondé de ce forcing. A court terme, j'imagine que cela a dû dédramatiser la situation et que dans les aéroports et les lieux publics on a dû moins s'alarmer à la présence d'un sombrero ! Quoi des clichés ? Ben oui ! La grippe, en la laissant mexicaine, ça aurait pu faire partie de l'image du pays, je parle sur le long terme. Et de manière moins dramatique. Si on regarde la fameuse pandémie de grippe H1N1 de 1918 qui nous venait de Chine. Les espagnols ont réussi à se "l'approprier" en publiant librement dessus (on était à l'époque en temps de guerre et les autres pays européens étaient très occupés comme vous vous en doutez). Du coup, même 90 ans après, on parle d'un des plus grands fléaux de l'ère moderne comme de la "grippe espagnole". Ca vous empêche d'aller vous y faire bronzer ? Ca fait partie des "produits" locaux, au même titre que les tapas ou la branlette (espagnole que les notaires avec leur cravate ont également essayé de s'approprier). Oui je sais de bon matin je suis d'une vulgarité sans nom (quand on veut être poli on parle de mazophallation, avouez que c'est bien moins imagé) mais c'est quand même pas moi qui ait inventé tout ça ! Je suis juste un observateur. Je m'excuse quand même auprès des personnes sensibles.
Je reçois donc, disais-je avant d'être interrompu par moi-même, un mail qui annonce la possibilité d'une fermeture de l'université pour plusieurs semaines ! Comme tout le monde, la grippe A, j'en entends parler aux infos, je la vois passer en titre sur les journaux, mais pas plus que le tsunami ou le chikungunya, cela parait si lointain quand on vit comme moi en permanence dans un tout petit monde. Apprendre que MON université risque de fermer plusieurs semaines, j'ai déjà presque l'impression de l'avoir contractée ! D'un coup, ça fait clairement toucher du doigt le problème, qui vient d'entrer dans ma sphère. Je prends donc mon téléphone, j'appelle des collègues d'autres universités, ils ont également reçus des messages de ce type, certains ont même eu des prévisions pour une fermeture dès la fin septembre !
Bon d'accord il nous a tous fait peur, mais que faire ? Le message nous demande de nous préparer à assurer notre mission pendant cette fermeture qui pourrait durer plusieurs semaine. En deux mots, il s'agit de préparer un maximum de documents qui peuvent être mis en téléchargement sur des plateformes d'enseignement à distance (Moodle, etc.).
Il est clair que la mission de service public que nous poursuivons se doit d'être maintenue, mais cette transition d'un enseignement en face à face, vers un enseignement médiatisé me paraît très lourde de conséquences. Pour les enseignants, les personnels administratifs comme pour les étudiants. Donc pour toute l'université. Cela pour quelques semaines de blocage. On a bien vu cette année que les universités pouvaient être bloquées des semaines à cause de mouvements sociaux, sans que les étudiants soient finalement en péril. Donc j'imagine bien que cette solution de mettre des cours en ligne va susciter bien des débats d'ici peu de temps...
D'une part, beaucoup d'enseignants refusent que le contenu de leur cours soit diffusable. Pour diverses raisons. A l'université il n'y a pas de programme imposé comme au lycée. C'est l'enseignant qui construit son cours, il y passe des journées, voire des semaines, et parfois en profite pour enseigner ses propres théories. Du coup, il peut y avoir la crainte que des enseignants d'autres universités arrivent à récupérer les cours et s'en inspirer, faisant perdre à la formation son originalité. Autre raison, l'auteur est en train d'écrire un ouvrage, ou compte le faire sur la base de son cours. Le disséminer même de manière partielle peut avoir une influence sur la décision de l'éditeur de le publier ou pas, car nécessairement, les premiers acheteurs sont souvent les étudiants, donc s'ils ont déjà un bon résumé... pourquoi acheter le livre ? Ensuite par expérience, certains remarquent qu'un étudiant ayant le contenu sous forme électronique fais moins l'effort de venir en cours, et au final est moins performant lors des examens, mais ceci pose d'autres questions sur la manière d'enseigner. Par exemple, pour ma part, je donne souvent mon cours en intégralité aux étudiants, avec des documents supplémentaires à lire. Je ne le fais que pour les M2 car en L3 ce n'est pas gérable. Mais en M2, si les étudiants arrivent en ayant lu le cours et de la documentation, on passe tout simplement les heures à discuter, à approfondir, à mettre en perspective tout ce qui a été lu, et l'organiser de manière à le transformer en savoir opérationnel. Mais je concois qu'à la fois toutes les disciplines ne s'y prêtent pas, et que tous les enseignants puissent ne pas se retrouver dans cette manière d'enseigner. C'est pour cela que j'anticipe un accueil plutot réservé de la part de beaucoup de collègues sur ces propositions de diffuser du cours en ligne de manière systématique.
Deuxième point, pour les étudiants, il y a une certaine rupture. Je parlais dans mon dernier billet de l'éloignement que les technologies de l'information et de la communication avaient provoqué entre les chercheurs et le papier. On est passé de la lecture sur papier, avec notation dans la marge et coup de fluo jaune pour surligner, à lecture à l'écran, annotations dans un logiciel spécifique et surlignage dans le fichier. Ce n'est pas grand chose, mais il a fallu s'y habituer, et je sais que je ne suis pas le seul à avoir la nostalgie du contact avec cette matière. Mais la rupture est plus forte que cela, il ne s'agit pas de remplacer du papier par des fichiers, il s'agit aussi d'avoir l'occasion de laisser les étudiants travailler en totale autonomie, en totale solitude aussi... Ca me fait penser à l'Ere du vide (Essais sur l'individualisme contemporain) de Lipovetsky sur le désert postmoderne, l'effondrement et la désaffection des institutions. Je ne vais pas m'égarer dans des considérations philosophiques car ce n'est pas l'objectif de ce blog, mais si je fais référence à Lipovetsky c'est parce qu'il a brillament (à mon goût en tout cas) suggéré que l'autonomie et l'émancipation qui pouvaient être une source de développement et de bien être dans un premier temps se transforment, quand elles sont cumulées à une désagrégation des institutions et des traditions, en une peur, voire une angoisse face à l'avenir. Donc pour simplifier, car je commence à me faire mal à la tête, la possibilité d'un désert social pour nos étudiants, même si c'est un mécanisme propre à notre époque et qui semble inexorablement en marche, pourrait bien être accentué avec la banalisation des cours à distance et avec lui probablement la remise en cause de l'université en tant qu'institution. La grippe H1N1 comme fléau hypermoderne en tout cas comme nouveau pas vers la désagregation de l'université ? Certains dirons que nous n'avons pas besoin de la grippe et que les décisions récentes du ministère vont déjà dans le sens de cette désagrégation. Mais j'ai dit que je ne ferai pas de ce blog le lieu d'un discours engagé.
En attendant, "vivement" la rentrée (on est pas trop pressé de voir la fin des vacances quand même !) pour voir ce qui va réellement se passer... Et d'ici là, achetez un masque !
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